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190 millions de personnes en détresse


Un sommet humanitaire d’Istanbul boudé par les grandes puissances


Par Frédéric Burnand, Genève


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Recep Tayyip Erdogan, président turc, a rappelé que son pays accueillait trois millions de réfugiés, dont 2,7 millions de Syriens. Le secrétaire général des Nations unies a salué le rôle de la Turquie, "à l'avant-garde de l'action humanitaire".   (Keystone)

Recep Tayyip Erdogan, président turc, a rappelé que son pays accueillait trois millions de réfugiés, dont 2,7 millions de Syriens. Le secrétaire général des Nations unies a salué le rôle de la Turquie, "à l'avant-garde de l'action humanitaire".  

(Keystone)

Le secrétaire général de l’ONU a regretté l’absence des grandes puissances, à l’issue du premier sommet onusien consacré à l’action humanitaire. Sur la même ligne, la Suisse va poursuivre ses efforts pour mettre en place un organe de contrôle du respect du droit international humanitaire, dont les Conventions de Genève sont le cœur.

«J'ai convoqué ce Sommet parce que nous avons atteint un niveau de souffrance humaine sans précédent depuis la création des Nations Unies», a rappelé Ban Ki-moon, avant d’indiquer que 173 États membres, 55 chefs d'Etat et de gouvernement, environ 350 représentants du secteur privé et quelques milliers de personnes issues de la société civile et d'organisations non gouvernementales ont pris part à ce sommet.

En fin de mandat, le secrétaire général de l’ONU a toutefois regretté que certains dirigeants du monde n'aient pas fait le déplacement, en particulier ceux des pays du G7, à l'exception de la chancelière allemande Angela Merkel.

Ban Ki-moon a pointé les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, dont les divisions internes ont bloqué nombre de résolutions humanitaires: «L'absence de ces dirigeants à ce sommet ne leur fournit pas une excuse pour l'inaction. Ils ont une responsabilité unique en ce qui concerne (...) le soutien aux populations les plus vulnérables.» Rappelons que le Conseil de sécurité a comme principale raison d’être le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

L’Asie fait profil bas

Numéro 2 de l’agence suisse de coopération (DDC), l’ambassadeur Manuel Bessler confirme depuis Istanbul: «Il faut en effet voir qui n’a pas fait le voyage d’Istanbul, en particulier les Etats. Les pays européens et africains étaient nombreux, tout comme les pays du Pacifique, très concernés par le changement climatique.

Mais peu de pays d’Amérique du Sud et d’Asie ont envoyé des représentants de haut-niveau. La Chine n’a envoyé qu’une délégation technique, comme l’Inde. De même, les ONG du Sud étaient peu présente.» A l’exception bien-sûr de la Turquie, devenue un acteur clé dans la crise des réfugiés fuyant la guerre en Syrie, suite au deal controversé passé avec l’Union européenne pour retenir sur son sol les réfugiés, principalement syriens, dont plus de 3 millions y sont déjà réfugiés.

En choisissant Istanbul, le secrétaire général de l’ONU voulait pourtant décloisonner l’action humanitaire et l’ouvrir à de nouveaux gouvernements et acteurs de la société civile. C’est donc partiellement raté sur ce point.

Mais Ban Ki-moon s’est empressé d’ajouter: «Les communautés affectées par des crises, les organisations non gouvernementales, le secteur privé, les agences de l'ONU se sont rassemblés et ont exprimé leur soutien envers le Programme d'action pour l'humanité et ses cinq responsabilités fondamentales.»

Ces responsabilités sont larges. Il s’agit de prévenir et faire cesser les conflits; respecter les règles de la guerre; ne laisser personne de côté; travailler autrement pour mettre fin aux besoins; et investir dans l'humanité.

Partage d’expérience

Manuel Bessler se veut également optimiste: «Ce sommet n’était pas seulement un processus intergouvernemental. Il incluait les Etats membres, les agences humanitaires, celles de l’ONU, mais aussi les ONG et les personnes affectées de Syrie, d’Afghanistan, du Yémen.»

Et le responsable de l’aide d’urgence au sein de la DDC de souligner: «Tous ces acteurs présents ont eu la possibilité de se rencontrer, étoffer leur réseau, partager leurs expériences. C’était une opportunité énorme pour le networking, pour l’échange d’expertise. On peut naturellement se demander si ça valait la peine de monter un tel sommet pour faire seulement du networking. Mais cette conférence marque un début. Il faut bien sûr voir quelles seront les suites données aux engagements pris.»

Un organe pour vérifier le respect droit humanitaire

Dans cette perspective, la Suisse et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont pris l’initiative de pousser à la création d’un mécanisme indépendant permettant de vérifier le respect et les violations du Droit international humanitaire (DIH).

«Un tel mécanisme contribuerait à une meilleure protection des civils en cas de guerre. Cette idée a déjà été discutée au sein de la dernière conférence du mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève. Et nous avons rencontré pas mal de difficultés parce que certains Etats ne sont pas à l’aise avec cette proposition. Mais à Istanbul, Didier Burkhalter (chef de la diplomatie suisse, ndlr) a répété l’engagement de la Suisse et du CICR pour établir un tel mécanisme.»

L’autre priorité de la Suisse est de faire le lien entre l’aide d’urgence et l’aide au développement qui travaille à plus long terme. Et ce pour faire face aux crises qui se prolongent, comme en Syrie, en Afghanistan ou en Somalie.

«Au sein de la DDC, nous avons déjà ces deux formes d’actions sous le même toit. Et Didier Burkhalter veut une meilleure collaboration entre les deux secteurs.»  

Humanitaires et coopérants doivent collaborer

Reste que plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières absente du sommet, se méfient beaucoup d’un tel rapprochement et craignent pour leur indépendance.

«C’est vrai que cette collaboration est plus facile à dire qu’à faire, reconnaît Manuel Bessler. Les acteurs humanitaires travaillent de manière indépendante, avec un maximum d’impartialité. Les acteurs du développement, eux, doivent travailler avec le gouvernement.

Or, c’est souvent difficile de travailler avec un gouvernement: soit il n’existe pas, soit la collaboration est difficile comme avec la Syrie.»

Mais il faut quand même décloisonner l’urgence sanitaire et le développement, selon l’ambassadeur qui donne l’exemple de la Somalie: «Par exemple au nord de la Somalie (Somaliland et Puntland) le contexte est favorable avec des autorités proches d’un gouvernement. Par contre à Mogadiscio ou Kismayo au sud, les milices Chabab (affiliées à Al-Qaida, ndlr) contrôlent le terrain et nous ne pouvons pas travailler avec eux, puisque nous n’avons aucun terrain d’entente commun.»  

Pour contacter l’auteur @fredburnand

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