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Péril sur l’ONU? L’ombre inquiétante de Donald Trump sur la Genève internationale

L'ancien président des Etats-Unis Ronald Reagan (à gauche, sur le sofa) en compagnie du président de l'ex-URSS Mikhail Gorbachev (à droite, sur le sofa), photographiés en 1985 au Sommet de Genève.

L'ancien président des Etats-Unis Ronald Reagan (à gauche, sur le sofa) en compagnie du président de l'ex-URSS Mikhail Gorbachev (à droite, sur le sofa), photographiés en 1985 au Sommet de Genève.

(Keystone)

L’agitation de Donald Trump depuis son arrivée à la Maison blanche inquiète Genève. La ville s’interroge sur la politique que Washington adoptera face aux Nations Unies et aux autres organisations internationales. Alors que les nuages s’amoncèlent, swissinfo.ch revient sur les relations étroites tissées par l’histoire entre les Etats-Unis et la Genève internationale.

Les déclarations du président américain et de la nouvelle ambassadrice qu’il a nommée à l’ONU, Nikki HaleyLien externe, laissent entrevoir des temps difficiles, non seulement dans les relations entre les États-Unis et les Nations Unies, mais pour le multilatéralisme en général. Donald Trump est un partisan avoué de «l’Amérique d’abord». Il semble se méfier de la coopération internationale et mépriser l’ONU.

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(Les Nations Unies ont un tel potentiel mais pour le moment ne sont rien qu’un club où les gens se retrouvent, bavardent et s’amusent. C’est triste!)

La réduction de la contribution financière à plusieurs institutions est dans l’air et les États-Unis pourraient dénoncer certains traités multilatéraux.

Dans leur premier discours sous l'ère Trump devant le Conseil des droits de l'homme à Genève, les Etats-Unis ont souhaité mercredi une réforme de l'institution. «Alors que nous réfléchissons à nos futurs engagements, mon gouvernement considérera les actions du Conseil avec un regard vers des réformes», a déclaré la vice-secrétaire d'Etat adjointe Erin Barclay.

L'administration du président Donald Trump n'avait pas envoyé de responsable de premier plan. Elle pourrait aussi ne pas remplacer son ambassadeur auprès de cette enceinte, en raison notamment des critiques régulières  «injustes», selon elle, contre Israël, à nouveau dénoncées mercredi. Les Etats-Unis ont menacé de réduire de jusqu'à 40% leur contribution à l'ONU.

Tirer les leçons de l’histoire

L’entrée en matière de la nouvelle administration américaine suscite un certain malaise à Genève, une ville qui se présente comme un centre névralgique de la coopération internationale et de la gouvernance. Jussi HanhimäkiLien externe, professeur d’histoire internationale à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève, estime qu’il n’y a, pour le moment, pas de raisons de s’agiter, ajoutant que l’histoire fournit certains points de repère.

«Il y a des précédents, relève-t-il. Ce n’est pas la première fois que les États-Unis menacent de se désengager. L’ère Obama a été précédée par l’unilatéralisme des années George W. Bush et ses crises. Nous y avons survécu. Le monde ne s’est pas effondré. Il y a aussi eu des problèmes lors des années Reagan et les États-Unis ont déjà suspendu leur soutien à des organisations telles que l’UNESCO, l’agence de l’ONU pour la culture».

Tout le monde n’est pas aussi serein. Décrivant Trump comme un «tsunami», le politologue américano-suisse Daniel WarnerLien externe estime que la Genève internationale est aussi menacée. Dans ces temps incertains, il est important de se rappeler que les États-Unis et la Suisse, Genève y compris, sont des républiques sœurs avec une histoire commune et que leurs valeurs sont fortement intriquées.

En 2011, Daniel Warner a participé à l’édition d’un livre consacré à ces influences mutuelles. L’ouvrage prenait en considération aussi bien la Bible de Genève que l’activité philanthropique de personnalités telles que Bill Gates et de sa fondation (voir galerie ci-dessous).

La cité de Calvin a accueilli plusieurs épisodes déterminants de ce passé commun, en particulier à l’hôtel de ville, un des bâtiments historiques de la vieille ville. Dans sa cour principale, une discrète porte en bois ouvre sur la Salle de l’Alabama où, en 1872, un tribunal arbitral s’est réuni pour résoudre le conflit entre les États-Unis et la Grande-Bretagne sur les dommages que celle-ci a provoqués en soutenant les sudistes durant la Guerre de Sécession. Elle avait notamment livré des navires de guerre, dont l’Alabama. Huit ans plus tôt, c’est aussi dans cette salle que la première Convention de Genève avait été signée.

La Salle de l’Alabama

«Donc, au cœur de la vieille ville de Genève, la Salle de l’Alabama a vu naître l’arbitrage par des tiers, le droit international humanitaire et les Conventions de Genève», indique Daniel Warner, qui a été directeur adjoint de l’IHEID.

Associées à la neutralité suisse, ces idées et ces valeurs auront joué un rôle pour permettre au diplomate suisse William Rappart de convaincre le président américain Woodrow Wilson d’établir le siège de la Société des Nations (SDN)Lien externe à Genève. Elle s’y est installée en novembre 1920, en partie grâce à l’insistance du président américain.

Mais les États-Unis ne figuraient pas sur la liste des 41 pays membres présents à l’ouverture de la SDN, le Sénat ayant refusé qu’ils en fassent partie. «Toutefois, dans les années 20 et 30, les États-Unis ont entretenu une mission à Genève avec un statut d’observateur. Ils s’engageaient activement malgré leur isolationnisme proclamé», relève Jussi Hanhimäki.

Les États-Unis payent une bonne part de l’addition

Les États-Unis sont le plus grand contributeur des Nations Unies, assumant 22% des 5,4 milliards de dollars du budget ordinaire et 28% des 7,9 milliards de dollars destinés aux opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Ils sont aussi le plus important donateur pour de nombreuses organisations internationales basées à Genève telles que le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

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Bénéficiaire et critique

Bien que la SDN ait été impuissante à prévenir la Seconde Guerre mondiale, l’idée d’une coopération au travers d’une instance internationale n’était pas morte. «Paradoxalement, sans les Etats-Unis, l’ONU n’existerait pas», estime le professeur.

Les présidents américains Franklin D. Roosevelt et Harry S. Truman deviendront les principaux ‘architectes’ de ces Nations Unies nées dans les ruines de la guerre. « Les États-Unis ont pris la tête de l’ordre international. Au fond, ce sont eux qui ont mis le système en place», indique Jussi Hanhimäki. Ils en ont toujours été un des principaux bénéficiaires, même s’ils ont aussi toujours figuré parmi ses plus féroces critiques, relève-t-il encore.

«Les règles de base de l’ONU sont très favorables aux États-Unis. Ils payent davantage que d’autres pays, mais profitent d’une très grande influence. Ils n’accepteraient jamais de changer la configuration des membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) et du droit de veto. Ils sont très contents de maintenir le statu quo actuel, comme à l’OTAN d’ailleurs. Ils critiquent volontiers ces organisations jusqu’à ce qu’ils réalisent que toute modification des structures de financement aurait nécessairement un impact sur leur influence.»

Les États-Unis reconnaissent l’utilité du système des Nations Unies, mais la Genève internationale n’est pas une priorité à Washington, remarque encore Jussi Hanhimäki. Les organisations basées à Genève telles que le Haut commissariat pour les réfugiés (HCRLien externe) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMCLien externe) sont des instruments efficaces même s’ils font rarement la Une aux Etats-Unis.

Sommets et fondations

Après la Seconde Guerre mondiale et avec l’avènement de la Guerre froide, la neutralité suisse a permis à Genève de se profiler comme un lieu de rencontre privilégié pour discuter des questions de paix et de sécurité. La ville a accueilli de nombreuses rencontres décisives: Indochine (1954), Sommet de Genève (1955), préparation des Accords d’Helsinki (1973-75), sommet Reagan/Gorbatchev pour mettre fin à la course aux armements (1985), Bosnie (1991), Irak-Koweït (1991), Initiative de Genève sur le conflit israélo-palestinien (2003), programme nucléaire iranien (2013) et Syrie (2012, 2014 et 2016-17).

D’un autre côté, le soutien apporté par des personnalités et des organisations américaines a eu une importance significative pour la Genève internationale, en particulier au cours du siècle dernier. Le philanthrope John Davison Rockefeller Jr a fait un don de deux millions de dollars pour la construction d’une aile du Palais des Nations destinée à abriter une bibliothèque. La Fondation Ford, le Rotary International et la Fondation Carnegie pour la paix internationale ont aussi fortement appuyé les organisations basées dans cette ville. Aujourd’hui, le flambeau a été repris par la Fondation Bill & Melinda Gates, qui apporte notamment un soutien extrêmement actif à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Il faut se demander maintenant quelle empreinte Donald Trump laissera sur Genève.

Imprévisible

Pour Jussi Hanhimäki, une chose est certaine, même s’il est difficile de faire des prévisions précises: «À mes yeux, une bonne part de sa rhétorique est destinée au public américain. Pour le moment, il n’y a pas de raison de paniquer».

Daniel Warner hausse les épaules. Il est inquiet parce qu’il est convaincu que Donald Trump aura toujours des problèmes avec des concepts de politiques étrangères qui sont la raison d’être de Genève, que ce soit la coopération internationale, la neutralité ou l’idée de consensus. En outre, les contributions aux agences spécialisées de l’ONU pourraient être réduites. «Le problème est que l’histoire n’est pas une priorité sur l’agenda de Trump», ajoute-t-il. 

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(Traduction de l'anglais: Olivier Hüther), swissinfo.ch

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