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Régions transfrontalières Les atouts de l’agglomération genevoise dans un monde qui bouge

Pierre Maudet

Pierre Maudet, dans son bureau le 10 juillet 2018: «Les problèmes soulevés par les élus français sont en général réels, reflétant une préoccupation partagée.»

(swissinfo.ch)

Président du gouvernement élu ce printemps, Pierre Maudet supervise le développement de l’agglomération genevoise et de la Genève internationale. Ce vieux routier de la politique locale esquisse la manière d’organiser la croissance de l’agglomération franco-suisse et les voies à suivre pour renforcer son rôle international. 

Genève a connu ce printemps une recomposition notable de sa représentation politique à l’occasion des élections cantonales d’avrilLien externe. Les formations de la droite conservatrice et souverainiste ont fortement reculé au profit des autres partis, à droite comme à gauche.

La politique dans le sang

Né le 6 mars 1978, Pierre MaudetLien externe préside à 15 ans le parlement des jeunes de la Ville de Genève.

De 2005 à 2015, il préside la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse. Dans le même temps, il préside durant 3 ans le parti radical genevois (droite).

Après avoir été élu au parlement de la ville de Genève, il entre en 2007 au gouvernement de la ville et occupe la fonction de maire en 2011.

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Porté en particulier par le Mouvement citoyen genevois, le rejet des travailleurs frontaliers ne semble plus faire recette. Ce qui permet au nouveau gouvernement du canton de pouvoir aller de l’avant dans son projet d’agglomération du Grand GenèveLien externe.

Candidat malheureux l’année dernière pour repourvoir le siège de l’un des sept Conseillers fédéraux du gouvernement collégial de la Suisse, Pierre Maudet s’est consolé à Genève en étant réélu au gouvernement cantonal dès le premier tour. Choisi par ses pairs pour être le président de l’exécutif durant cinq ans, Pierre Maudet se montre déterminé et confiant quant à l’avenir d’une région qui conjugue une forte activité économique avec les opportunités que lui offre les nombreuses organisations internationalesLien externe installées sur les rives du lac Léman.

swissinfo.ch: Les dernières élections cantonales ont levé une partie des hypothèques sur le développement ordonné du Grand Genève, soit le développement de l’agglomération genevoise au-delà de ses frontières politiques. Voici venu le temps des réalisations?

L’essentiel reste à faire. Mais le calendrier est maintenant beaucoup plus clair. L’inauguration du CEVALien externe qui s’appelle dorénavant le Léman ExpressLien externe est prévue pour fin 2019. C’est un rendez-vous qu’on ne peut pas rater, en termes bien-sûr de mobilité, mais aussi d’aménagement et d’économie. Cette ligne ferroviaire s’inscrit dans une autre façon de considérer la relation entre Genève et sa région et les flux engendrés essentiellement par les besoins économiques.

On constate également que la députation du MCG (parti anti-frontalier, ndr) a été divisée par deux au Grand Conseil.

Ce contexte montre que les Genevois et les Genevoises se rendent compte que le Grand Genève, ce bassin de vie, est une réalité, quelles que soient les perceptions qu’il inspire de part et d’autre de la frontière. Il s’agit maintenant d’y mettre bon ordre, de le cadrer et de lui donner sa vraie dimension.

Carte du Grand Genève

En jaune: le Grand Genève. La ligne rouge définit l'Espace transfrontalier genevois.

(OST)

Pourquoi les autorités ont-elles si peu anticipé le développement organique de cette région métropolitaine?

La capacité de pouvoir choisir, et non subir, un développement économique est une question qui se pose à toutes les agglomérations de la planète. Elle est mise à rude épreuve quand il n’y a pas de correspondance entre la frontière politique, le bassin d’activité économique et les contributeurs concernés.

Quand il n’y a pas de correspondance entre les cercles des bénéficiaires, des payeurs et des utilisateurs de prestations, toute une série de tensions apparaissent.

L’exemple de Genève est patent. Le fait de devoir renvoyer de l’autre côté de la frontière des gens qui font vivre économiquement la cité et qui ne trouvent pas à s’y loger accroit ce hiatus. Mais les faits sont têtus. Aujourd’hui à Genève, plus 5 500 logements sont en cours de construction.

Alors sans doute, les autorités n’ont pas considéré suffisamment tôt cette situation. Mais je ne suis guère intéressé à commenter le passé.

Pendant longtemps, bien peu d’élus genevois prenaient la peine de se rendre dans les communes françaises voisines. Est-ce que cet état d’esprit a changé?

Depuis les années 70 se sont mis en place des organismes comme le Conseil du LémanLien externe, le CRFGLien externe, maintenant le GLCTLien externe. La prise de conscience a eu lieu. Et des personnalités genevoises ou françaises se sont beaucoup impliquées pour la région ces 20 dernières années. Ont-elles été trop seules, je n’en sais rien. Ma perception aujourd’hui c’est que cette communauté de destin que nous partageons sur la base des frontières naturellesLien externe que sont la crète du Salève et la crète du Jura est comprise d’une majorité de gens.

On peut estimer qu’il y a des déséquilibres de part et d’autre de la frontière. Comme on l’a vu lors de la campagne électorale, une partie de la population estime que la croissance galope et qu’on ne la maitrise pas. Pour répondre à ces préoccupations, je suis convaincu de la nécessité d’un débat politique, d’une pédagogie de la part des élus pour expliquer pourquoi on n’échappera pas aux dynamiques de cette région et pourquoi il faut anticiperLien externe pour ne pas subir.

Genève vu du ciel

Depuis la Station Spatiale Internationale (ISS), l'astronaute français Thomas Pesquet photographie Genève le 20 janvier 2017.

(Picasa)

Comment se passent les échanges entre les élus de part et d’autre de la frontière?

On ne part pas de rien. Les structures de rencontres existent. Les contacts sont bons et vont déboucher durant cette législature sur des éléments concrets. La prolongation du Tram 12 – une institution à GenèveLien externe - à l’intérieur de la commune française d’Annemasse est une réalité que l’on va vivre dans les années qui viennent. C’est le fruit de contacts personnels, d’une capacité de se battre ensemble pour décrocher des subventions auprès de la Confédération. Cette ligne incarne la vision commune d’une agglomération qui s’étend au-delà de la frontière.  

Maire de la commune française de Saint-Julien, Antoine VieillardLien externe joue la mouche du coche en critiquant régulièrement les autorités genevoises. Il dénonce une croissance excessive. Reflète-t-il le point de vue des communes françaises environnantes de Genève?

Les problèmes soulevés par les élus français sont en général réels, reflétant une préoccupation partagée. Le développement d’une région implique l’accueil de nombreuses familles supplémentaires et des besoins scolaires croissants. Ce qui nécessite une planification des deux côtés de la frontière. Il faut développer une vision commune, mais le faire si possible en évitant les gesticulations et les effets de manche. Je ne m’arrête pas aux considérations d’un élu local parmi de nombreux autres.

L’UE veut que les chômeurs frontaliers soient indemnisés par le pays où ils travaillent. Est-ce un gros écueil pour la région genevoise?

Il est clair que la perspective de devoir indemniser les chômeurs selon leur lieu de travail est un changement complet de paradigme. Mais nous sommes très loin de la mise en place de cette mesure, puisqu’il s’agit d’un débat entre 27 pays membres qui peut générer de nombreuses discussions internes, puisqu’on est toujours le frontalier de quelqu’un. Pour la France, il n’est pas si évident de prendre une position qui serait par hypothèse favorable à ce changement, sachant que la France a d’autres pays à ses frontières dans lesquels les conditions sont parfois nettement moins bonnes qu’en Suisse, s’agissant de l’assurance chômage. Il faut donc suivre ce débat et l’inclure dans les négociations sur le développement des relations bilatérales entre la Suisse et l’UE.

Genève vers 1830

Vue du Mont Blanc et du Léman prise de Pregny par Auguste André Bovet (autour de 1830). Au premier plan, une campagne où ont été construits au XXe siècle les sièges de l'ONU et de ses agences.

(Bibliothèque de Genève)

Concernant la Genève internationale, vous avez annoncé à nos confrères du TempsLien externe vouloir développer une diplomatie scientifique. Est-ce une réponse aux menaces qui pèsent sur le système multilatéral, en particulier l’ONU?

Même s’il y a des attaques régulières, la conviction de la Suisse et de Genève, comme ville hôte, est que le multilatéralisme a encore de beaux jours devant lui, peut-être encore davantage depuis que certain pays - le plus important d’entre eux, étant les Etats-UnisLien externe - se retirent de certain de ses organes. 

Alors pourquoi parler de diplomatie scientifique? Genève a une stratégie de diversification dans la nature des activités internationales qu’elle promeut. Dans un monde devenu très relativiste avec des idéologies qui regagnent du terrain, la science nous parait être un trait d’union entre les peuples. L’idée est par ce biais de trouver des thèmes qui rassemblent avec des savoir-faire déjà présents ici, comme le CERNLien externe, le secteur des biotechsLien externe, le secteur académique (universités, hautes-écoles, EPFLLien externe), les agences de l’ONU et de grands acteurs de l’économie. Il y a là un terreau extrêmement propice pour développer et promouvoir la place centrale de Genève pour répondre aux défis qui pèsent sur notre planète.

Genève a été un haut lieu de l’édition et de la presse. Aujourd’hui il n’en reste plus grand-chose. N’est-ce pas étonnant pour une place qui prétend toujours rayonner loin à la ronde ?

Il ne faut pas confondre le message et le support. Le numérique a balayé sur son passage les supports traditionnels. Le support papier est au bout de son modèle économique. Mais depuis 1997, les télévisions locales se sont développées, comme d’autres formes d’information de proximité, y compris avec des communes qui ont créé leurs propres canaux de diffusion audiovisuels. La façon de s’informer évolue.

Mais concernant la production d’idées, la capacité de générer le débat public, qu’il ne faut pas confondre avec les supports, Genève et son pôle internationalLien externe sont plus que jamais au carrefour des idées et des débats qui agitent le monde d'aujourd’hui.

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Crise dans la presse romande en 1972

La crise de la presse romande en 1972 (Temps présent/RTS)

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