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Société civile


Des apps pour réunir résidents et migrants


Par Veronica DeVore à Berne et Zurich


Rien de tel qu'une partie de carte pour casser la glace.  (swissinfo.ch)

Rien de tel qu'une partie de carte pour casser la glace. 

(swissinfo.ch)

Quel est le meilleur moyen pour les nouveaux arrivants de trouver une place dans la société suisse? «Aidez-les à s'aider eux-mêmes», tel est l’esprit qui anime une série de projets dont le but est de favoriser l’intégration des migrants et qui bénéficie de soutiens dans les hautes sphères de la politique et de l’économie.

«Qui a déjà joué au Yass?», demande Simon Marti à une quarantaine de personnes réunies à Berne autour d'une grande table jonchée de cartes. Quelques mains se lèvent.

Des groupes Facebook ont permis de réunir ces demandeurs d'asile et des résidents suisses dans le cadre d’un projet appelé «@ktiv asyl». La formation en informatique est une pierre angulaire des réunions du groupe. Mais la tâche de ce soir est d'enseigner à tout le monde le Yass, un jeu de cartes populaire en Suisse.

Simon Marti affirme qu'après quelques réunions, les animateurs du groupe se sont rendu compte que jouer à un jeu est un bon moyen de réunir des gens de différents horizons. Le projet ne s'adresse pas seulement aux demandeurs d'asile, dit-il. Il est ouvert à tous ceux qui veulent trouver une communauté en Suisse.

Un autre soir, autour d'une autre table à Zurich, des personnalités du monde politique, du secteur privé et d’organismes de bienfaisance discutent de la pertinence d'une application pour mettre en relation des demandeurs d'emploi immigrés et des spécialistes en recherche d'emplois. A côté, un groupe mène une discussion animée à propos d’une compétition de start-up pour les immigrés.

Une personne veut changer la loi pour permettre aux étrangers de voter, une autre a une idée pour élargir l’accès à la formation professionnelle. Certains projets sont réalisables, d'autres sont probablement des rêves.

Les 15 projets discutés sont tous en finale d’un concours organisé par le think tank foraus. Ce forum de réflexion sur la politique étrangère promeut une nouvelle approche politique des questions d'immigration. Le concours était ouvert à toute personne souhaitant soumettre une idée via une plate-forme en ligne. Les finalistes ont été choisis parmi 101 propositions.

«La Suisse est une terre d'immigration. Nous devons trouver des solutions», lance Nicola Forster aux participants, après que tous les projets aient été discutés.

Actions de terrain

Selon Gianni d'Amato, directeur du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population (SFM), les responsables politiques suisses partagent largement cette approche, notamment face au nombre croissant de résidents sans passeport suisse. «Il y a quarante ans, il n'y avait pas de politique d'intégration. On ne s'attendait pas à ce que les gens restent, dit-il. Au cours des 20 dernières années, il y a eu un changement majeur, les décideurs acceptant cette réalité, même si elle est volatile.»

En témoigne la votation populaire du 9 février 2014 en faveur d’une limitation de l'immigration, la barre a été placée très haut pour ceux qui cherchent à s’intégrer en Suisse, selon le directeur du foraus : «Comme partout en Europe, se renforce l’idée que nous sommes les propriétaires et que nous voulons mesurer l'aptitude de chacun à s'adapter à notre société.»

L'approche du gouvernement en matière d'intégration privilégie les projets locaux et laisse les cantons prendre l'initiative. Le gouvernement soutient des projets comme «@ktiv asyl». Et ce dans l'espoir qu'ils feront le travail nécessaire sur le terrain pour aider les immigrants à trouver leurs propres chemins vers l'intégration. L’initiative de Simon Marti est l'un des 56 projets recevant un financement partiel de la Commission fédérale des migrations.

Selon Gianni d'Amato, les investissements dans des projets d'intégration menés sur le terrain sont déjà payants. Il fait actuellement partie d'une équipe qui juge des projets similaires en Allemagne, qu'il trouve beaucoup moins avancés que leurs homologues suisses : «Là, les gens aident les gens, mais ici, les projets permettent aux gens de s'aider eux-mêmes.»

Trois projets prometteurs

Retour à Zurich, Nicola Forster annonce les gagnants de la compétition du soir. Trois jeunes femmes montent sur scène en réalisant que les projets qu'elles ont soumis en ligne plusieurs mois auparavant commencent à se concrétiser.

L’un des projets consiste en un site internet qui rend visible la diversité de la Suisse pour servir d'outil pédagogique dans les écoles. Un autre propose un site de rencontre entre demandeurs d'emploi immigrés et spécialistes en recherche de travail bénévoles. Le troisième vise à aider les nouveaux arrivants à trouver un apprentissage dans les entreprises suisses.

«Je ne m'attendais pas à ce que cet événement prenne une telle envergure, explique Miriam Walser, qui a participé au projet de site de rencontres. Avoir la possibilité de le présenter devant une foule comme celle-ci était une énorme opportunité.» Toutefois, elle reconnaît qu'il reste encore beaucoup à faire avant que ces projets ne se réalisent. Le groupe de réflexion affirme qu'il continuera à développer les idées gagnantes avec le soutien de la Fondation Müller-Möhl et les principaux influenceurs du gouvernement et des entreprises.

Pas rien qu’un jeu

À Berne, les joueurs de Yass se sont séparés en groupes de quatre pour jouer. Au cours des prochaines semaines, ils se retrouveront pour se préparer à un grand tournoi organisé par «@ktiv asyl».

À l'arrière de la salle, devant une rangée d'ordinateurs portables rénovés que le groupe utilise pour la formation informatique, Madhani, un demandeur d'asile, se concentre sur les exercices de langue à l'écran. À l'heure actuelle, il n’a qu’un but en tête, apprendre l'allemand: «J'ai eu quelques cours au début, maintenant je me débrouille seul.» Madhani compte bien revenir chaque semaine jusqu’à atteindre son objectif.

'Together': une application swissinfo.ch

Comment puis-je apprendre une langue locale? Quelle est la meilleure façon d'interagir avec mes voisins? Ce ne sont là que quelques-unes des questions auxquelles les nouveaux arrivants pourraient être confrontés.

Sous la direction de swissinfo.ch, la SSR (l’audiovisuel public suisse) développe son propre projet d'intégration sous la forme d'une application appelée «Together». L'offre, qui sera lancée en 2017, répond aux questions des nouveaux arrivants sur la vie en Suisse grâce à un quiz, permettant aux utilisateurs de poser des questions, d'obtenir des réponses et des informations utiles sur la vie quotidienne dans le pays.

Vous pouvez vous inscrire via ce formulaire en ligne.


Traduit de l'anglais par Frédéric Burnand

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