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Inauguré le 5 septembre 1980, le tunnel routier du Gothard montre des signes d'usure. L'assainissement complet de la galerie engendrera sa fermeture durant plusieurs années.  (Gaetan bally / KEYSTONE)

Inauguré le 5 septembre 1980, le tunnel routier du Gothard montre des signes d'usure. L'assainissement complet de la galerie engendrera sa fermeture durant plusieurs années. 

(Gaetan bally / KEYSTONE)

Au terme d'une longue et rude guerre de tranchées entre partisans et opposants au projet, le peuple suisse a donné dimanche son feu vert au percement d'un second tunnel routier au Gothard. Le «oui» l'a emporté à une majorité confortable de 57% des voix. 

Les automobilistes qui empruntent le tunnel du Gothard ne croiseront dans le futur plus de véhicules et de poids lourds arrivant en sens inverse. A près de 57% des voix, les citoyens suisses ont en effet approuvé dimanche la construction d'un second tube reliant le canton du Tessin à celui d'Uri. Ils ont ainsi suivi l'avis du gouvernement et de la majorité du Parlement, qui plaidaient pour la construction d'une galerie unidirectionnelle supplémentaire en vue de l'assainissement complet de la galerie déjà existante. 

Seuls les cantons de Vaud (54% de «non») et Genève (55%), les plus éloignés géographiquement du Gothard et qui craignaient de voir d’autres projets d’infrastructures routières mis en péril par les investissements consentis pour la construction d’un second tube, ont refusé le projet. 

Tunnel routier le plus long des Alpes avec ses 16,9 kilomètres, le Gothard déchaîne régulièrement les passions en Suisse. Ce fut encore le cas lors de cette campagne référendaire. Politiciens, ingénieurs ferroviaires, médecins, maires, représentants d’associations économiques et environnementales: les voix en faveur ou en défaveur du doublement du tunnel routier du Gothard se sont multipliées ces derniers mois. Les deux camps se sont affrontés à coups de conférences de presse quasi hebdomadaires, d'affiches placardées dans toutes les gares du pays et de spots diffusés largement sur Internet et les réseaux sociaux. 

Par ailleurs, la question du Gothard a largement dépassé les idéologies partisanes. Des représentants de la gauche se sont ainsi prononcés en faveur du percement d’un second tube, invoquant des questions de sécurité. Et des membres de la droite libérale s’y sont opposés pour des raisons financières, se distanciant ainsi des positions de l’économie et des partis bourgeois.

Cohésion nationale et sécurité en jeu

Lors des votations précédentes, le souverain avait à chaque fois rejeté, indirectement, l'idée d'un tel doublement. Ce fut le cas en 1994, lorsque la majorité du peuple et des cantons avait accepté à la surprise générale l'initiative «Pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit (Initiative des Alpes)». Un refus confirmé dix ans plus tard, avec le «non» au contre-projet Avanti, qui avait précisément pour but de doubler les capacités du Saint-Gothard.

Un aspect important différenciait toutefois le scrutin de ce dimanche des précédents: la nécessité de trouver une solution dans la perspective de l’assainissement complet du tunnel, prévu à l’horizon 2025-2030. Après 35 ans d’activité qui ont vu le passage de près de 170 millions de véhicules, le tunnel présente des signes évidents d'usure et nécessite des travaux de rénovation majeurs. D’après l’Office fédéral des routes, une fermeture du tunnel – qui pourrait durer jusqu’à trois ans – est inévitable.

Omniprésente dans les médias durant la campagne, la ministre des Transports Doris Leuthard n’a eu cesse de répéter que le percement d’un second tube serait la seule manière d’assurer le maintien de la liaison Nord-Sud à travers le Gothard, l’un des axes de transit alpins les plus importants pour la Suisse et l’Europe. 

La crainte d'un isolement du Tessin du reste de la Confédération durant les travaux a été un argument décisif qui a fait pencher la balance en faveur du «oui», selon le politologue Claude Longchamp, directeur de l'institut gfs.bern. «Avec ce vote clair, le peuple a signalé qu’il souhaitait prendre en compte toutes les régions du pays dans le développement des infrastructures routières», a ainsi souligné Doris Leuthard devant la presse à Berne. Lorsque la construction du deuxième tube (aux alentours de 2027) et l'assainissement du tube existant (2030) seront achevés, la Suisse disposera de deux tunnels modernes et sûrs, a encore indiqué la ministre des Transports. 

Tenir les promesses

La loi fédérale sur le transit routier dans la région alpine, qui autorise ce doublement, a été acceptée par le parlement en 2014. Les débats hautement émotionnels sous la Coupole fédérale avaient donné un avant-goût de la campagne référendaire à venir. La majorité de centre-droit avait eu gain de cause en mettant notamment en avant les avantages en termes de sécurité qu'aurait la construction d’un tel ouvrage. En raison de la présence d’une seule galerie bidirectionnelle, le tunnel du Gothard est en effet classé parmi les plus dangereux en Europe.

Mais l’opposition n’a pas mis longtemps à s’organiser. En quelques semaines à peine, les 50'000 signatures nécessaires à l’organisation d’un référendum ont été récoltées. Réunis dans le comité «Non au doublement», l’Initiative des Alpes et l’Association transports et environnement (ATE) ont mené la fronde contre le projet gouvernemental. Leur principal argument? Un second tube n’est pas compatible avec la politique de transfert des marchandises de la route au rail. Il fera en outre concurrence au plus long tunnel ferroviaire du monde, la galerie de base du Saint-Gothard (Alptransit), dont l’inauguration est prévue au mois de juin.

Défaits dans les urnes, les écologistes, qui craignent une hausse du trafic de transit international, en particulier celui des poids lourds, en appellent désormais les politiciens à leurs responsabilités. «Ils doivent tenir leurs promesses, à savoir que cet ouvrage servira uniquement à assainir le tube existant et non à accroître les capacités de trafic», a indiqué Jon Pult, président de l'Initiative des Alpes, à l'issue du scrutin. «Je vais déposer prochainement une interpellation au Parlement pour que le Conseil fédéral s'engage à ne jamais ouvrir les deux voies par tube», a quant à elle déclaré la présidente des Verts Regula Rytz.

«Tout le monde sait que le tunnel de 1980 est une solution du passé, que plus personne ne construirait actuellement»

Les opposants proposaient comme alternative de charger le trafic motorisé sur les trains. Les poids lourds auraient transité via la nouvelle galerie d’Alptransit, tandis que les automobilistes auraient emprunté la vieille route de montagne qui franchit le col du Saint-Gothard. Une fois ces «chaussées roulantes» créées, il aurait été possible de procéder à la réhabilitation du tunnel routier sans interrompre le trafic Nord-Sud.

«Une solution du passé»

Mettre sur pied un système de trains-navettes aurait toutefois nécessité le sacrifice d’importantes surfaces de terrain pour la construction de gares de transbordement, un projet insensé jugeait-on du côté des partisans d’un doublement du Saint-Gothard. Certes moins onéreuse que la construction d’un second tube, dont le coût est estimé à 2 milliards de francs, cette solution n’offrait aucune valeur ajoutée à long terme, ont-ils par ailleurs abondamment souligné. 

Un argument qui semble avoir fait mouche auprès des citoyens helvétiques. «Tout le monde sait que le tunnel de 1980 est une solution du passé, que plus personne ne construirait actuellement. Déjà à l'époque, ce choix avait été motivé par des raisons économiques», a ainsi souligné le sénateur démocrate-chrétien tessinois Filippo Lombardi, partisan du doublement. 

Le «oui» glissé dans l'urne par une majorité de votants est «une décision raisonnable, qui montre que les Suisses ont compris la nécessité d'un assainissement de cet ouvrage», a renchéri Thierry Burkart, vice-président du Touring Club suisse (TCS) et député libéral-radical.  

La plus forte participation depuis plus de 20 ans

La Suisse a frôlé des records de participation dimanche. Près de 63% des électeurs se sont rendus aux urnes. Il faut remonter à 1992 pour qu'une votation ait davantage mobilisé. La population s'est fortement impliquée dans la campagne concernant le renvoi des criminels étrangers. D'autres sujets importants, comme le tunnel routier du Gothard, ainsi qu'une foule de votations et d'élections cantonales étaient parallèlement au menu. 

Le record des dernières décennies, détenu par le scrutin sur l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE) avec 78,7% de votants en 1992, n'est de loin pas battu. La dernière votation pour laquelle la participation s'est approchée de 60% remonte au 3 mars 2002: 58,4% des citoyens avaient alors voté sur l'adhésion de la Suisse à l'ONU. Les votations de l'an passé n'avaient attiré que 42% en mars et 43% en juin.

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