Elections présidentielles La France réinvente sa démocratie




Emmanuel Macron, qui fait un peu figure d’«homme nouveau» de ces présidentielles 2017, a choisi de rester en dehors du système des primaires. 

Emmanuel Macron, qui fait un peu figure d’«homme nouveau» de ces présidentielles 2017, a choisi de rester en dehors du système des primaires. 

(Keystone)

Grâce aux primaires, les Français votent plus souvent qu’autrefois. Mais c’est en dehors des partis que surgissent les propositions démocratiques les plus innovantes. 

Les primaires font désormais partie du paysage politique français. Celles de la droite et du centre ont rassemblé en novembre dernier plus de 4 millions de votants lors des deux tours de scrutin, un record pour ce type de vote, si nouveau dans l’Hexagone. 

La primaire du parti socialiste, qui fut une grande réussite lors de sa première édition en 2011, s’annonce plus difficile. Au pouvoir depuis cinq ans, le PS et ses alliés peinent à rassembler des électeurs en partie déçus par le quinquennat de François Hollande. 

«Les primaires se sont institutionnalisées et il sera désormais compliqué pour un grand parti de s’en passer, note le politologue Loïc Blondiaux, professeur à l’Université de Paris-Sorbonne. Mais paradoxalement, les primaires n’ont pas fait émerger de têtes vraiment nouvelles, le ‘casting’, à droite comme à gauche, est très prévisible. Ce vote intéressera-t-il les abstentionnistes, les jeunes? Pas sûr.» 

C’est vrai que malgré leurs qualités, les primaires ne semblent pas favoriser le renouvellement de la classe politique. D’ailleurs, le seul acteur neuf de la campagne, l’ancien ministre de l’Economie Emmanuel Macron, trace sa route en dehors des primaires. 

La primaire des citoyens 

«Les partis maintiennent une sorte de monopole sur la désignation des candidats et l’élaboration des programmes», déplore l’avocat David Guez. Pour rendre la politique plus participative, il a cofondé laprimaire.org. Une primaire ouverte à tous les citoyens. 

Comme beaucoup d’autres «start-up démocratiques», laprimaire.org est un savant mélange. On y trouve un large ras-le-bol contre la politique traditionnelle, une petite dose de radicalisme, beaucoup de pragmatisme et surtout un puissant savoir-faire informatique. Rien d’étonnant si le partenaire de David Guez dans cette aventure est un ingénieur en informatique vivant aux Etats-Unis, Thibauld Favre. 

Courant 2016, environ 500 internautes se portent candidats, laprimaire.org en retient finalement 12, lesquels ont rassemblé les 500 signatures nécessaires. Fin décembre, plus de 32’000 internautes choisissent leur candidat pour la présidentielle: ce sera Charlotte Marchandise, l’actuelle maire-adjointe de Rennes. 

On aurait pu rêver meilleure «candidate des citoyens» que cette élue, ex-membre d’un parti politique, les Verts. «Issue de la société civile, elle n’est pas une professionnelle de la politique», nuance Loïc Blondiaux. «C’est une bonne candidate, ajoute David Guez, elle a une approche très concrète et des idées intéressantes. Mais n’oubliez pas qu’elle n’est pas ‘notre’ candidate. C’est à elle maintenant de tracer sa route dans la campagne présidentielle.» 

Charlotte Marchandise devra notamment récolter les 500 parrainages d’élus nécessaires à toute candidature officielle. Laprimaire.org se pose en relais démocratique, pas en parti politique. Etape suivante: l’élection de candidats-citoyens pour les législatives de juin prochain. 

Idées appliquées en Suisse 

Laboratoire démocratique, laprimaire.org a trouvé mieux que le scrutin habituel, que les politologues nomment «uninominal majoritaire». Ce vote classique, où les électeurs choisissent un seul candidat, est à l’origine des «accidents» de ces dernières décennies, notamment l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002, estiment les mathématiciens Michel Balinski et Rida Laraki. Lesquels ont mis au point le «jugement majoritaire». 

Michel Balinski n’est pas un néophyte de la démocratie «augmentée». Né à Genève en 1933, il a notamment conçu avec d’autres chercheurs le scrutin bi-proportionnel, adopté ces dernières années par plusieurs cantons suisses, notamment Zurich, pour l’élection de leurs parlements. Ce système, complexe, facilite l’entrée des petits partis dans les organes législatifs. 

Avec Rida Laraki, de quarante ans son cadet, Michel Balinski a échafaudé une méthode d’élection moins brutale, plus nuancée que le système actuel. «Une élection doit mesurer le soutien de l’électorat dont bénéficie chacun des candidats et élire celle ou celui qui est le plus soutenu. Or le scrutin majoritaire (SM) mesure mal», affirment les deux chercheurs. 

Au lieu de choisir un seul nom, le votant émettra un jugement, plus ou moins favorable, sur tous – d’«excellent» à «à rejeter». Une vieille idée, développée au XVIIIe siècle par le philosophe français Condorcet, que Michel Balinski et Rida Laraki ont rendue applicable aux scrutins actuels. 

Testé lors de la présidentielle de 2012 sur un panel de citoyens, le jugement majoritaire élisait François Hollande, devant…le centriste François Bayrou, qui obtenait pourtant à l’élection à peine 6% des voix. 

Des parlementaires tirés au sort 

La colère contre les responsables politiques, leurs frasques et leurs promesses non tenues incitent des citoyens à pousser plus loin encore la dépersonnalisation. Le collectif MaVoix s’apprête à désigner par tirage au sort ses candidats aux prochaines législatives. S’il est élu, le député MaVoix votera comme le lui demandent, en ligne et en direct, ses électeurs. 

L’initiative «Sénat citoyen» propose que la Chambre haute soit constituée de citoyens tirés au sort, lesquels contrôleront l’Assemblée nationale et le gouvernement. 

Utopies sans lendemain? Ces idées d’introduction du tirage au sort, héritées de la Grèce antique, ont déjà contaminé les programmes des candidats socialistes. Arnaud Montebourg, par exemple, prévoit s’il est président qu’un sénateur par département sera désigné par tirage au sort, tandis que Benoît Hamon propose un «collège de citoyens tirés au sort». 

«Tout un courant d’opinion, certes minoritaire, questionne le système représentatif, voire le principe de la représentation, résume Loïc Blondiaux. C’est nouveau: avant, mêmes les partis les plus radicaux s’inscrivaient dans le système de la Ve République. Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre d’inventions et autres expérimentations politiques, qui anticipent l’effondrement du système actuel. Comme je le disais lors d’un colloque, on se sent un peu en 1789.»

Des bureaux de vote en moins grand nombre 

La primaire de gauche, qui réunit le parti socialiste, le parti radical de gauche et de petits partis écologistes, a lieu les 22 et 29 janvier. 

Les Français qui se sentent le cœur à gauche pourront se rendre dans l’un des 7530 bureaux de vote répartis sur tout le territoire. C’est moins que lors de la primaire de 2011 (9200 bureaux) qui avait vu la victoire de François Hollande, moins aussi que la primaire de droite et du centre du mois de novembre dernier (10228). 

Le PS explique cette réduction par un souci de rationalisation: des bureaux ont été supprimés là où les votants ont été les moins nombreux en 2011. 

Le parti socialiste espère entre 1,5 et 2 millions de votants, contre 2,7 millions en 2011 et 4,3 millions pour la primaire de la droite. Des attentes modestes qu’explique l’assez faible engouement populaire suscité par cette primaire. L’électeur devra verser 1 euro pour voter. 

Les Français résidant à l’étranger pourront voter, par vote électronique, à condition de s’être inscrits avant le 4 janvier. 

(source: Le Monde)



Liens

×