Question jurassienne Pourquoi le vote de Moutier est historique




Szene wie aus einem Bürgerkrieg: Grenadiere der Berner Kantonspolizei gehen 1977 in Moutier gegen Separatisten vor.

Scènes de guérilla urbaine dans la paisible Suisse: en 1977, les grenadiers bernois affrontent les séparatistes jurassiens dans les rues de Moutier.

(Keystone)

Ce dimanche 18 juin, 3997 citoyens d’une petite ville ouvrière nichée au cœur de l’Arc jurassien ont écrit une page de l’histoire de la démocratie suisse. Le rattachement de Moutier au canton du Jura met en effet un terme à un conflit séparatiste vieux de plus de 200 ans. Petit retour en arrière.

Le conflit jurassien débute en 1815, lorsque le Congrès de Vienne attribue les sept districts jurassiens de l’Evêché de Bâle au canton de Berne. D’un seul coup, la population jurassienne de langue française et de confession catholique se retrouve sous domination d’un canton à majorité germanophone et protestante.

Dès le milieu du 20e siècle, un fort sentiment de marginalisation culturelle et économique émerge au sein du peuple jurassien, donnant lieu à une longue lutte pour la sécession d’avec le canton de Berne. La lutte entre mouvements séparatistes et anti-séparatistes dégénère plusieurs fois en actes de violence.

Au lieu de sombrer dans la guerre civile, comme ce fut en partie le cas en Irlande du Nord et au Pays basque, le différend est résolu à la table des négociations et dans le cadre d’une série de consultations populaires organisées à l’échelon municipal, cantonal et fédéral. Le combat des séparatistes s’est conclu ce dimanche 18 juin avec la décision de Moutier de rejoindre le canton du Jura.

Voici quelques-unes des principales étapes de la Question jurassienne:

1815 – point de départ: à la chute de Napoléon, le Congrès de Vienne attribue les sept districts jurassiens de l’Evêché de Bâle au canton de Berne. Mais les Jurassiens se sentent culturellement éloignés de leur nouveau canton.

1947 – le détonateur: le gouvernement bernois refuse d’attribuer la Direction des travaux publics à Georges Moeckli, élu de la partie jurassienne du canton, au prétexte qu’il ne maîtrise pas suffisamment l’allemand. Cette décision suscite l’indignation des Jurassiens. Un mouvement séparatiste est créé la même année.

1950 – mesures démocratiques: un vote cantonal est organisé dans l’espoir d’apaiser les tensions. Les électeurs bernois acceptent de modifier leur constitution. Le français est promu deuxième langue officielle et les districts jurassiens se voient attribuer deux sièges au sein du gouvernement cantonal.

Années 1960-1970 – c’est l’escalade: le Front de libération du Jura (FLJ), un groupe de lutte séparatiste jurassien, multiplie les actions violentes. Il se fait notamment remarquer par les incendies criminels de trois fermes bernoises sur territoire jurassien et par l’explosion d’un dépôt de munition de l’armée suisse.

1974-1975 –mesures démocratiques:

1.  Des votations régionales (plébiscites) sont organisées en cascade. Les trois districts du Nord décident de créer leur propre canton, les trois districts du Sud restent bernois.

2.  En 1978, une votation est organisée à l’échelle nationale. Le peuple suisse se déclare favorable à 80% à la création du nouveau canton du Jura.

1980-1990 – nouvelles tensions: les activistes jurassiens détruisent une statue élevée à la mémoire des troupes suisses mobilisées durant la Première guerre mondiale. Deux ans plus tard, ils s’en prennent à la fontaine de la justice à Berne. En 1993, un jeune séparatiste est tué dans l’explosion d’une bombe qu’il préparait devant le siège du parlement bernois.

1994 – désescalade et début du dialogue interjurassien: l’Assemblée interjurassienne (AIJ), institution de réconciliation entre les cantons de Berne et du Jura, est créée sous l’égide du Conseil fédéral.

Dès 1996 – autres mesures démocratiques:

1.  Votation communale: la commune de Vellerat quitte le canton de Berne et rejoint celui du Jura.

2.  En 2013, votation régionale sur l’ouverture d’un processus de création d’un nouveau canton comprenant le Jura et le Jura bernois. Les citoyens des trois districts francophones du canton de Berne s’y opposent à une large majorité, mais le «oui» l’emporte à 55% dans la commune de Moutier.

3.  18 juin 2017: les citoyens de la ville de Moutier confirment leur décision et disent «oui» à 51,7% à leur rattachement au canton du Jura.

Décision formelle: les électeurs des cantons de Berne et du Jura doivent encore valider la décision des citoyens de Moutier. Une pure formalité. Le feu vert final sera donné par le Parlement suisse. 


(Traduction de l'allemand: Samuel Jaberg)

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