«Pourquoi la direction veut-elle notre peau?»

Dans l'usine, les grévistes restent déterminés. Keystone

Intransigeance de la direction de Swissmetal, détermination du personnel. Le conflit se durcit à Reconvilier au 16e jour de grève.

Ce contenu a été publié le 09 février 2006 - 18:57

Après la menace de licenciements brandie jeudi matin par le conseil d'administration du groupe, les grévistes ont voté la poursuite de leur mouvement.

Journée grise dans le Jura bernois, enfermé jeudi sous un épais stratus. A l'entrée de Reconvilier, une banderole recouvre le traditionnel panneau de bienvenue: «La Boillat vivra!». Il faut dire qu'ici, on ne parle que de ça: la grève du personnel de Swissmetal-Boillat.

Au centre du village, le personnel vit son 16e jour de grève. Quelques dizaines de personnes occupent les locaux de l'usine. «C'est long, alors on se relaie», précise un employé. Mais il y a aussi les inconditionnels, ceux qui viennent chaque jour à La Boillat. Parmi eux, Maria Wuillemin.

«Mon mari et moi, on travaille tous les deux ici. Depuis la grève, on passe entre quinze et dix-huit heures par jour dans l'usine. A la maison, la vaisselle s'accumule, j'ai juste fait une lessive parce qu'on n'avait plus de chaussettes!»

Mais ce n'est pas ce qui va décourager Maria Wuillemin. Pas plus que la menace de licenciement. Depuis le début de la grève, la direction générale a mandaté des agents de sécurité pour surveiller ses locaux et introduit une loi couperet: tout employé qui s'adresse aux médias est licencié sur le champ.

Une mise à mort «planifiée»

Jeudi matin, le conseil d'administration de Swissmetal a donné une nouvelle preuve de son intransigeance. Non seulement il a rejeté la demande de négociations déposée par le syndicat Unia et les grévistes, mais il a aussi menacé de procéder à 120 licenciements d'ici avril.

Une annonce qui n'a pas réellement surpris le personnel. «Ces 120 licenciements étaient prévus depuis longtemps. Ce qu'ils veulent c'est tuer la Boillat, alors que c'est nous qui faisons vivre Dornach», lance Maria Wuillemin.

«La direction a un fil rouge, ajoute un membre du personnel qui souhaite rester anonyme. Cela a commencé il y a deux ans et peut-être que cela se terminera bientôt. Mais ce qui est certain, c'est que tout était planifié dès le début.»

Stratégie incompréhensible

A l'usine de La Boillat, il est midi. Tout le monde se réunit pour écouter les informations. Aujourd'hui, autour du poste de radio, il est beaucoup question des chiffres révélés le matin même par Le Temps.

Le quotidien romand a publié des documents internes à l'entreprise soulevant des doutes sur les choix stratégiques de la direction. Selon ces données, une partie de la production de l'usine de Dornach serait menacée par la concurrence à court ou moyen terme, alors que le site de Reconvilier afficherait de meilleures perspectives.

Pour les employés de La Boillat, cette information ne fait que confirmer leur sentiment d'incompréhension face à la stratégie du conseil d'administration de Swissmetal. Pourquoi continuer dans une voie alors que la logique n'est pas respectée? Qu'est-ce qui se cache derrière tout ça? Quel est l'objectif de la direction?

«On se demande pourquoi une telle restructuration alors qu'on a toujours gagné de l'argent pour le groupe Swissmetal, ajoute le maire de Reconvilier Flavio Torti, venu rejoindre les grévistes. A nos yeux, cette stratégie est suicidaire pour le groupe tout entier. Cela fait peut-être partie d'un scénario que l'on n'ose même pas imaginer aujourd'hui.»

Détermination des employés

Autrement dit, la mort de La Boillat serait-elle inscrite dans le projet stratégique du conseil d'administration? C'est la question que se pose les ouvriers, mais aussi les cadres de l'usine, ainsi que les autorités communales et cantonales jurassiennes.

A toutes ces questions, la direction du groupe répond: «La définition de la stratégie de Swissmetal est de la responsabilité du conseil d'administration. Elle ne peut faire l'objet de négociations avec des commissions du personnel, des commissions d'entreprise, des syndicats, des politiciens régionaux ou avec tout autre tiers».

Des mots qui n'ont fait que renforcer la détermination des grévistes. En début d'après-midi, il n'aura pas fallu plus de dix secondes pour qu'ils votent la poursuite de leur mouvement malgré la nouvelle menace de licenciements.

Le syndicat Unia a également annoncé une nouvelle manifestation de soutien au personnel de La Boillat, samedi, à Reconvilier. La précédente avait réuni 5'000 personnes.

swissinfo, Alexandra Richard à Reconvilier

En bref

La direction de Swissmetal a menacé jeudi de procéder à 120 licenciements d'ici avril. Au lieu des 240 postes qui devaient subsister à Reconvilier, il n'en resterait que 200 environ.

Pour Unia, priver l'usine de 120 postes est un pas de plus vers la fermeture définitive de l'entreprise. Le syndicat propose de créer un pool d'investisseurs régionaux pour reprendre la Boillat.

De leur côté, les autorités jurassiennes se sont adressées aux créanciers du groupe Swissmetal pour leur demander de réagir face à cette «stratégie incompréhensible».

Appelé à intervenir, le ministre suisse de l'économie Joseph Deiss a nommé un médiateur jeudi soir: Rolf Bloch.

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