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Baden et le Valais: le champion et le cancre de l’aménagement du territoire

Des vignes surplombent la ville de Sierre, dans la vallée du Rhône. Stephan Torre

À l’aide des exemples de la ville de Baden et du canton du Valais, nous vous illustrons que ce peuvent être les erreurs et les bonnes pratiques en matière d’aménagement du territoire.

Ce contenu a été publié le 17 août 2020 - 14:52
Sibilla Bondolfi et Jonas Glatthard (texte), Ester Unterfinger (rédaction photos)

En 2013, le Valais fut le seul canton à refuser la révision de la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT). Alors que cet objet avait été accepté par 62,9% de l’ensemble des Suisses qui avaient pris part au scrutin, la part de «oui» n’avait atteint que 19,6% en Valais.

Ce n’est pas un hasard. En Valais, les communes doivent en effet procéder au dézonage d’une quantité particulièrement importante de terrains à bâtir. Ce canton compte un nombre plus élevé que la moyenne de propriétaires de maisons et de terrains. Il est clair qu’il s’agit d’une région où la perte de valeur des terrains ne passe pas bien.

En particulier dans les années 1970 et 1980, le canton avait de grandes attentes en matière de tourisme – qui n’ont pas été satisfaites dans la mesure espérée – et a créé trop de zones à bâtir à des endroits pas appropriés. Ce fut la principale erreur de l’aménagement du territoire en Valais.

«Ce n’était pas seulement le cas dans le canton du Valais, relativise Damian Jerjen, directeur d’Espace SuisseLien externe et lui-même anciennement actif dans l’aménagement du territoire du canton du Valais. En particulier dans les zones rurales et touristiques, les attentes en matière de développement économique et de croissance démographique étaient trop élevées.»

Du bon et du moins bon en Valais

Le canton du Valais est considéré comme l’archétype d’un mauvais aménagement du territoire. Sa vallée principale – la vallée du Rhône –  est particulièrement défigurée par l’industrie et des habitats dispersés.

La vallée du Rhône est densément occupée. Stephan Torre / Keystone

«Les erreurs ont été principalement commises dans la partie plane de la vallée principale, qui, comme sur le Plateau, présente un niveau élevé d’étalement urbain; c’est-à-dire là où a eu lieu le développement économique», explique Damian Jerjen.

En revanche, les vallées latérales, plus rurales, surtout dans le Haut-Valais, ne sont pas touchées par les mêmes erreurs en matière de constructions ou d’étalement urbain. «Les vieux villages de la commune de Conches, par exemple, sont parmi les plus densément construits de Suisse», illustre le spécialiste.

Le village d'Ernen, dans la commune de Conches. Sepp Spiegl / Süddeutsche Zeitung Photo

Il existe aussi en Valais des exemples d’un aménagement du territoire réussi, selon Damian Jerjen. C’est notamment le cas de la ville de Sion, qui a obtenu le prix Wakker 2013. Elle a créé de nombreux espaces publics attractifs. Sion adapte également son aménagement du territoire au changement climatique dans le cadre d’un programme-pilote.

Prix Wakker:

Le Prix Wakker est décerné depuis 1972 par Patrimoine suisse. Doté de 20'000 francs, il a pour but de mettre publiquement à l’honneur «la qualité d’un travail exemplaire» en matière d’urbanisme.

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Le couvent des capucins à Sion présente une image de la ville assez inhabituelle. Gaetan Bally / Keystone
La gare routière sur la Place de la Gare à Sion. Keystone / Gaetan Bally

Damian Jerjen souligne également un autre point: «Le Valais a un avantage: la plupart des localités sont relativement faciles d’accès pour un canton de montagne. Près de 90% de la population vit à moins de 25 minutes en voiture du centre le plus proche de la vallée principale».

Cela est dû à la topographie: le Valais est constitué d’une vallée principale avec des vallées latérales. «Les stations touristiques situées au fond des vallées latérales fonctionnent comme de petites villes et sont bien desservies par les transports publics. Cela profite également aux localités situées entre les stations et la vallée du Rhône.» En Valais, il n’y a pratiquement pas de villages isolés et en voie de disparition comme dans d’autres cantons de montagne.

Problèmes de circulation au centre de Baden

La petite ville argovienne de Baden, sur le Plateau, n’a pas à craindre d’être coupée de la Suisse. En 1847, la première ligne de chemin de fer entièrement sur territoire suisse avait même été ouverte entre Baden et Zurich. Aujourd’hui, Zurich est à 16 minutes en train, la ville dispose de sa propre connexion autoroutière et il est même prévu de mettre en place une ligne de tramway qui devrait relier Zurich à Baden en longeant la Limmat.

Cette position exposée en matière de transports entraîne des difficultés. Juste à côté de la vieille ville de Baden se trouve la Place de l’école (Schulhausplatz), l’un des carrefours les plus fréquentés de Suisse avec 50’000 passages de véhicules par jour. Pendant de nombreuses années, la Place de l’école a été un goulot d’étranglement qui a provoqué des embouteillages, du bruit et un obstacle pénible pour les piétons.

De 2015 à 2018, la Place de l’école a été totalement réaménagée pour un coût de 100 millions de francs. Au lieu de quelques passages étroits en sous-sol, c’est toute une place en sous-sol, avec des cafés et des magasins pour les piétons et les cyclistes, qui a été créée sous le croisement routier. Les bus passent désormais par un tunnel spécialement construit à cet effet, ce qui leur permet d’éviter le trafic sur la route.

La Place de l'Ecole de Baden. © Keystone / Christian Beutler

Investissements dans les espaces publics

La ville de Baden a reçu le Prix Wakker 2020Lien externe notamment en raison de la revalorisation de la Place de l’école. «Cette petite citée envahie par le trafic routier a retrouvé une meilleure qualité de vie grâce à des investissements judicieux dans les espaces publics», justifie le comité du Prix.

Depuis de nombreuses années, Baden n’a cessé d’investir dans l’amélioration de ses places et de ses espaces de rue. Cela ne s’applique pas seulement à la Place de l’école. Le centre-ville est interdit à la voiture depuis un certain temps et la ville n’a pas oublié de créer de nouveaux espaces ouverts à mesure qu’elle se densifiait.

C’est ainsi que de nouvelles places ont vu le jour ces dernières années:

La Place du Théâtre servait autrefois de parking. Schweizer Heimatschutz / Christian Beutler
La Place du Trafo avec le cinéma Trafo en arrière-plan. Keystone / Christian Beutler
L'ancien cimetière de la ville a reçu une nouvelle affectation; il est devenu un lieu de détente et la place du jeu du quartier. Schweizer Heimatschutz / Christian Beutler

La charge de trafic, symptôme d’un problème régional?

Tout le monde ne voit pas l’urbanisme à Baden sous un jour aussi positif. On reproche souvent aux nouveaux espaces publics de ne pas être très accueillants et de ne pas être assez fréquentés.

Les critiques touchent également la Place de l’école, où les piétons sont bannis au sous-sol, tandis que les voitures peuvent profiter du soleil dans les embouteillages. Cela n’était techniquement pas possible autrement, car il a encore fallu faire passer un tunnel ferroviaire sous la place totalement saturée.

Le problème de base de la Place de l’école reste donc toujours le même: le trafic. Originaire de Baden, la chercheuse en urbanisme Sibylle Wälti y voit l’expression d’un problème plus large. «On comprend pourquoi ce nœud de communication est le plus fréquenté d’Argovie: seule une petite partie de ceux qui travaillent et font leurs achats à Baden peuvent y vivre», écrit-elle dans la revue d’architecture Hochparterre. Ces dernières années, Baden a créé des emplois, tandis que les communes environnantes se sont concentrées sur la construction de logements, ce qui a généré un surcroît de déplacements.

Ce faisant, Sibylle Wälti attire l’attention sur un problème fondamental du Plateau. Le canton d’Argovie, où se trouve la ville de Baden, est particulièrement touché par l’étalement urbain. Comme le Valais, il doit procéder à un dézonage énergique de ses zones constructibles. Pour la spécialiste de l’urbanisme, la solution pourrait passer par la densification et la création d’espaces résidentiels. «Il faut une ville où les distances sont courtes», estime-t-elle.

Un gros défi à venir

En tant que ville centrale, Baden a certainement l’intention de créer plus d’espaces résidentiels dans les années à venir. Et c’est nécessaire: selon les prévisions, la ville doit s’attendre à une croissance démographique de plus de 30% d’ici 2040.

L’espace est rare; 97% des zones résidentielles et mixtes ont déjà été construites. Le plus grand potentiel de densification ne se trouve donc pas dans le centre-ville, mais dans les quartiers périphériques. Cela contribuera-t-il à réduire les embouteillages? L’avenir le dira.

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