Blocher suscite à nouveau la colère du gouvernement

Pascal Couchepin (à g.) et Christoph Blocher ne partagent pas souvent les mêmes idées. Keystone Archive

Sans en référer au gouvernement, le ministre de la Justice Christoph Blocher a invité des représentants des communautés musulmanes pour un échange sur des questions de sécurité et d'intégration.

Ce contenu a été publié le 23 mars 2007 - 21:45

La présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey et le ministre de l'Intérieur Pascal Couchepin sont choqués. Selon eux, s'adresser à une communauté religieuse pour traiter l'intégration n'est pas une bonne approche.

Le ministre Christoph Blocher va rencontrer mardi prochain plusieurs représentants d'organisations musulmanes de Suisse pour «un échange de points de vues sur les questions de sécurité et d'intégration, qui relèvent de la compétence du Département fédéral de Justice et police», confirmait jeudi le porte-parole du DFJP après des articles parus dans la presse romande.

L'échange de points de vue vise notamment à savoir si et comment le processus d'intégration doit être mené à l'échelle fédérale, avait encore ajouté Livio Zanolari. La rencontre répond selon lui à un souhait non seulement de l'administration mais aussi des organisations musulmanes.

De sèches critiques

La présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey et le ministre de l'intérieur Pascal Couchepin ne l'entendent pas de cette oreille et critiquent tous deux vertement Christoph Blocher.

Comme lors de son récent voyage en Turquie où il a critiqué la norme pénale antiraciste ou lors de l'éviction de l'ex-procureur général de la Confédération, le ministre de la Justice s'est, une nouvelle fois, octroyé une trop grande liberté et suscite l'ire de ses collègues du gouvernement.

Le Conseil fédéral n'a pas été informé de cette entrevue avec le ministre de la justice, tonne d'ailleurs vendredi Pascal Couchepin dans différents quotidiens suisses romands et suisses alémaniques.

«S'adresser exclusivement à une communauté religieuse pour traiter de problèmes d'intégration est une démarche qui isole et dont on peut craindre qu'elle stigmatise», déplore pour sa part Micheline Calmy-Rey.

Une telle démarche «attribue à cette seule communauté, celle des musulmans, les problèmes et les difficultés liées à l'intégration». La ministre des Affaires étrangères ne partage pas cette vision des choses.

«Non au communautarisme»

«La question essentielle, c'est de savoir comment on favorise le mieux l'intégration dans notre pays et là, deux visions fondamentales s'opposent», ajoute encore Pascal Couchepin.

Il y a celle menée jusqu'ici en Suisse avec des vagues successives d'immigrants et basée sur l'individu et son identité, en tenant compte de sa nationalité, de sa culture, de sa langue et de son origine sociale.

La deuxième vision fondamentale est le communautarisme pratiqué en Angleterre et qui consiste «à créer une communauté pour ensuite dialoguer avec elle à travers des leaders qui la représentent».

Or, pour les 300'000 musulmans de Suisse, la religion n'est pas en critère en soi. «Elle ne fait pas à elle seule la personnalité de quelqu'un, même si elle en constitue un élément important», releve Pascal Couchepin dans la presse.

«L'Islam est aussi différent au Kosovo, au Sénégal ou en Egypte que le catholicisme polonais est éloigné de celui du Mexique.»

Pour le ministre de l'intérieur, Christoph Blocher fait fausse route: «il faut à tout prix éviter le communautarisme», souligne-t-il. Cette question va donc être discutée prochainement au gouvernement.

swissinfo et les agences

Des compétences divisées

Quatre des sept Départements fédéraux se disent compétents en matière d'intégration. Pourquoi?

Le Département fédéral de Justice et police (DFJP) dont fait partie l'Office fédéral des migrations est compétent en matière d'intégration et de politique d'asile.

La Commission fédérale contre le racisme fait partie du Département fédéral de l'Intérieur.

Lorsque des étrangers désirent exercer une activité lucrative en Suisse, c'est le Département fédéral de l'Economie qui est compétent.

Enfin pour les questions liées à la protection contre le terrorisme, c'est le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports qui est concerné.

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