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Christoph Blocher: «Je ne suis pas un démagogue»

Christophe Blocher.

(Keystone)

L’Union démocratique du centre (droite dure) et son tribun Christoph Blocher veulent être au gouvernement pour appliquer leur programme: «moins d’Etat».

En novembre, le nouveau Conseiller fédéral zurichois - alors candidat - avait expliqué son programme dans une double interview à swissinfo.

Christoph Blocher, patron de Ems Chemie SA, attendait les journalistes de swissinfo dans la salle de réunion du Groupe Ems à Herrliberg. Les murs sont agrémentés de diverses toiles de Ferdinand Hodler et de Giovanni Giacometti.

De grandes fenêtres offrent une vue resplendissante sur le lac de Zurich.

Christoph Blocher se dit un homme d'ouverture. Il connait tous les continents et possède de nombreuses entreprises à l'étranger. Il ne se considère donc pas comme un homme à l'esprit étroit.

swissinfo: Quelle signification a pour vous la communauté suisse de l’étranger?

Christoph Blocher : Les Suisses de l’étranger sont pour nous d’importants «porteurs d’images». Ils représentent notre pays. De plus, beaucoup de Suisses de l’étranger sont très attachés à leur patrie. Je regrette que nous ayons trop peu de contacts avec eux.

swissinfo: Une majorité d’entre eux ne sont pourtant pas sur la même longueur d’ondes que vous et souhaite une adhésion à l’Union européenne (UE) jusqu’en 2007. Que leur répondez-vous ?

Ch. B. : Je comprends leur point de vue. Une adhésion leur apporterait des simplifications administratives, pour les autorisations de travail par exemple. Mais ces simplifications personnelles ne peuvent pas passer au-dessus des conséquences autrement plus graves qu’aurait une adhésion pour notre indépendance.

Quand on explique ce que signifie vraiment la perte de notre neutralité, de notre souveraineté et de la démocratie directe, la plupart des interlocuteurs comprennent notre position. Globalement, la Suisse y perdrait politiquement, économiquement et culturellement.

swissinfo: Les difficultés traversées par l’UE ont-elles renforcé la position des anti-européens en Suisse?

Ch. B. : Assurément. En 1992, quand on a voté sur l’Espace économique européen, tout était moins rigide. Ce n’était pas encore l’Union, mais la Communauté européenne. Il n’y avait pas de monnaie unique, ni d’intention de créer une politique extérieure et sécuritaire commune.

J’ai toujours dit que la question n’était pas de savoir si nous devions adhérer à l’Union européenne, mais à quelle Union européenne nous devions adhérer. Si cela avait été une alliance souple entre les Etats, nous en serions vraisemblablement membre, puisque nous sommes de toute façon liés avec l’Europe.

swissinfo: Vous insistez beaucoup ces derniers jours pour balayer les étiquettes qu’on vous a collées, fachiste, nationaliste, etc. Est-ce que les comparaisons avec Le Pen ou Haider vous vexent?

Ch. B. : Ces comparaisons sont ineptes. Je ne connais ces personnes qu’à travers les journaux, pas personnellement. Ma politique n’a rien à voir avec eux. Haider est un opportuniste et Le Pen un braillard monomaniaque.

swissinfo: Et l’étiquette de démagogue, vous la rejetez?

Ch.B. : Je ne suis pas démagogue. Un démagogue est quelqu’un qui séduit le peuple. Moi j’essaye de le convaincre. Parfois les gens sont d’accord avec moi, d’autres fois non. C’est comme ça, dans une démocratie. Je me bats pour mes opinions, qu’elles soient «populaires» ou non.

swissinfo: Mais vous avez quand même un côté séducteur, vous savez comment passionner un auditoire.

Ch.B. : Je me donne de la peine de parler de façon à ce que les gens me comprennent. Ce qui se conçoit clairement s’énonce clairement. Et si on ne parle pas clairement, c’est qu’on n’a pas les idées claires.

swissinfo: «Simple» n’est jamais loin de «simplifié»

Ch. B. : Bon, ce n’est pas si grave, une solution simplifiée, de temps en temps. Les choses se normalisent toujours, ensuite. Les gens ne sont pas si bêtes que l’on croit. Ils ne sont en tout cas pas plus bêtes que le parlement! Le parlement est fait d’élus du peuple, il est donc normal qu’il compte des personnes intelligentes et d’autres qui le sont moins.

swissinfo : Vous-mêmes ne reculez pas devant les étiquettes. Récemment, vous avez fustigé les «faux invalides».

Ch.B. : Je n’ai pas trouvé d’autre mot. Beaucoup de bénéficiaires de l’AI ne sont pas invalides. Tout le monde sait qu’il y a des abus. On ne peut pas régler les problèmes si on ne les dénonce pas.

swissinfo : Cette campagne a pu donner l’impression que tous les invalides étaient des tricheurs.

Ch.B. : C’était un risque. Mais vous ne pouvez quand même pas laisser exister un abus qui nous coûte des milliards et continuer à le financer avec l’argent des contribuables, simplement parce que ce n’est pas gentil d’en parler. Celui qui est honnête et travaille consciencieusement se sent trahi.

Cette campagne a néanmoins fait un peu bouger les choses. On va enfin prendre des mesures contre les abus.

swissinfo: Vous êtes favorable à la technologie génétique en agriculture, contrairement à une partie de vos électeurs. Un dilemme?

Ch. B. : En ce qui concerne la politique agricole, j’ai effectivement quelques divergences avec mon parti. Moi je n’ai aucune réserve face à l’utilisation de la technologie génétique en agriculture. Mais certaines personnes, chez nous, pensent qu’une agriculture suisse sans OGM serait très recherchée et réaliserait d’énormes bénéfices à l’exportation. C’est une illusion.

Les aliments génétiquement modifiés ne sont pas plus mauvais que les autres, qualitativement. Aux Etats-Unis, j’en mange sans réserves et je n’ai jamais remarqué de différence.

En outre, si les produits sans OGM coûtent plus cher - ce qui est prévisible - le marché les sanctionnera.

swissinfo: Et les subventions à l’agriculture? Les supprimerez-vous avec la même ardeur que d’autres?

Ch.B. : Mon parti veut éliminer les subventions dans tous les domaines qui relèvent de l’économie libre. Il faut supprimer l’encouragement à la construction de logements, l’aide au tourisme, au cinéma, à l’exportation, etc. Le crédit pour Swiss était aussi une grande erreur.

Mais, dans tous les pays du monde, l’agriculture est protégée et soutenue. Car les paysans remplissent une mission considérable, à savoir la mise en valeur du sol pour qu’il ne dépérisse pas. Ils garantissent aussi la production de produits agricoles, correspondant, jusqu’à un certain point, aux besoins du pays. L’Etat doit faire en sorte que ces prestations soient compensées.

Mais on pourrait le faire mieux qu’aujourd’hui. A mon sens, une aide fixe par mètre carré, ou par hectare, suffirait, suffisamment élevée pour que le paysan exploite son sol. Mais ce que le paysan plante ou produit avec, c’est son affaire. Je ne payerais en tout cas plus de subventions à la production.

swissinfo: Si vous êtes élu au Conseil fédéral, vous engagerez-vous pour une baisse des salaires des membres de l’exécutif, comme un groupe proche de l’UDC l’avait obtenu en ville de Zurich?

Ch.B. : C’est ce que je demande depuis des années. Les conseillers fédéraux ne doivent pas dépendre financièrement de leur fonction. Ils gagnent plus que le président américain ou que le chancelier allemand.

swissinfo: Et moins que vous en tant que patron d’Ems Chimie!

Ch. B. : Oui, mais moi, personne ne me paye! Je n’ai rien à redire contre quelqu’un qui a du succès avec son entreprise et s’enrichit. Mais les conseillers fédéraux sont des employés, ils sont payés grâce à l’argent des contribuables.

A mon avis, le salaire des conseillers fédéraux devrait être divisé par deux, à 200 000 francs. Cela reste un bon salaire. Un conseiller fédéral ne court aucun risque financier, contrairement à une entrepreneur qui a mis son argent dans son entreprise.

swissinfo: Votre parti progresse quasiment dans toutes les élections législatives mais, selon un sondage récent, 56% des personnes interrogées ne voteraient pas pour vous au Conseil fédéral, tandis que 12% ne se prononcent pas. Cela vous surprend-il?

Ch. B. : Non. Aucun parti n’a la majorité des gens derrière lui. Je suis même étonné que 32% disent oui, c’est au-dessus de notre poids électoral. De plus, 32%, cela suffirait pour une élection par le peuple, puisqu’il faudrait juste un septième, pour être élu.

swissinfo: Plaisantant devant des journalistes étrangers, vous avez dit être trop vieux pour instaurer une dictature. Et si vous étiez plus jeune?

J’ai repris une citation de De Gaulle, prononcée en mai 1958 alors qu’il s’apprêtait à prendre la responsabilité du pays et que ses opposants lui demandaient s’il serait capable de tenir compte d’opinions différentes. C’était aussi ce qu’on me demandait, d’où ma réponse.

Il faut vraiment vouloir être méchant pour ne pas comprendre l’ironie de ma phrase. Je suis un démocrate absolu! C’est précisément la raison pour laquelle je me bats pour la liberté d’expression dans notre pays et je prends aussi la liberté de dire des choses, qui sont désagréables.»

Interview swissinfo : Ariane Gigon Bormann et Etienne Strebel

Faits

Christoph Blocher est né le 11 octobre 1940 à Schaffhouse. Il est marié et a quatre enfants, trois filles et un garçon.
Enfance à Laufen am Rheinfall (ZH). Etudes agricoles, maturité C, études de droit et thèse (1971).
Entrée en fonction chez EMS-Chemie en 1969, une entreprie dont il prend la majorité en 1983.
Entre 1974 et 1978, il a été conseiller municipal à Meilen (ZH), puis député au Grand conseil zurichois entre 1975 et 1980.
Il siège au Conseil national depuis 1979.
Il préside l’UDC zurichoise depuis 1977, et l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) depuis 1986.
L’UDC suisse est passée à 26,6% des voix lors des élections d’octobre 2003 (contre 14,9% en 1995 et 22,5% en 1999) et à 62 mandats sur 246 à l’Assemblée fédérale.
Autres partis gouvernementaux: le PS a 23,3%, le PRD 17,3% et le PDC 14,4%.

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