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Cinq ans d'aide suisse à la Bosnie: les grands chantiers des eaux claires et des eaux usées

La Sava, au Nord de la Bosnie Herzégovine. Un coin de paysage encore vierge de décharges à ciel ouvert. Mais la rivière n'en recueille pas moins les eaux usées de tout son bassin versant.

(swissinfo.ch)

Depuis Dayton, la Suisse s'engage massivement dans l´aide à la Bosnie Herzégovine. A Banja Luka, capitale de la République serbe, l´ingénieur Jean-Luc Horisberger travaille à convaincre les communes de reprendre en mains leurs services des eaux.

«Banja Luka n'a jamais eu de vocation touristique. Et pour s'assurer qu'elle n'en ait définitivement jamais, les Serbes ont rasé les six mosquées de la ville». En trois lignes, le guide «Lonely Planet» exécute la nouvelle capitale de la Republika Sprska (RS): passez votre chemin, ici, il n'y a rien à voir.

Jugement sévère certes, mais le fait est qu'à part ses bâtiments officiels hérités de l'ère socialiste, sa grande église orthodoxe récemment rénovée et son château en ruines, la ville n'offre guère d'attraits.

Epargnée par la guerre, Banja Luka ne porte sur ses murs aucune des cicatrices qui marquent Sarajevo. Et ici comme là-bas, une certaine jeunesse dorée aime à afficher ses signes extérieurs de richesse en déambulant dans l'unique rue piétonne du centre. «C'est à se demander où ils trouvent les moyens de se payer le portable et les fringues à la mode», s'étonne Jean-Luc Horisberger.

En seulement une année, l'ingénieur vaudois a vu nombre de boutiques et de cafés chic ouvrir leurs portes ou ravaler leur façade, signe d'un certain redémarrage de l'économie, même s'il s'agit essentiellement d'économie parallèle.

Mais au pied des enseignes au néon, devant les vitrines branchées et sous les talons des élégantes de la capitale, les trottoirs s'affaissent, les chaussées se déforment, le pavé est instable. Et le problème est souterrain: à Banja Luka, la moitié de l'eau potable du réseau se répand dans le sol avant d'arriver au robinet.

«La plupart des canalisations ont été construites dans les années 60-70, avec des matériaux de mauvaise qualité et n'ont plus connu d'entretien depuis au moins vingt ans, explique Jean-Luc Horisberger. Il y a des fuites partout, qui minent les sols et qui permettent parfois à l'eau de surface de s'infiltrer dans le réseau, altérant la qualité de celle qui arrive chez le consommateur».

Avec son staff de deux ingénieurs, une secrétaire et un chauffeur-homme à tout faire - tous recrutés sur place -, le coopérant suisse n'a bien sûr pas pour mission de colmater toutes les fuites.

Le but est d'abord de faire prendre conscience aux responsables des communes que le réseau d'eau est leur affaire. Du temps de la grande Yougoslavie, en effet, l'eau était une commodité à peu près gratuite, fournie par l'Etat et gérée depuis la capitale.

«Je rencontre encore des gens dont le premier réflexe est de vouloir téléphoner à Belgrade quand il y a un problème», note Jean-Luc Horisberger.

Sa première tâche en arrivant a donc été de réunir les responsables des Services des eaux des dix communes sur lesquelles porte le programme, qui ne s'étaient jamais rencontrés. Et bien qu'elle fonctionne depuis décembre 99, son équipe aura dû attendre octobre 2000 pour voir un représentant du Ministère des eaux et forêts assister aux séances.

L'ingénieur vaudois est malgré tout optimiste. Ses partenaires semblent avoir désormais compris l'importance de l'enjeu et la volonté d'avancer est là. L'aide suisse (un million et demi de francs sur deux ans) se concentre essentiellement sur deux communes-pilote: Laktasi (qui abrite l'aéroport de Banja Luka) et Novi Grad, à la frontière avec la Croatie.

Jean-Luc Horisberger et son équipe ont commencé par leur fournir le matériel de base qui leur faisait totalement défaut, soit un véhicule-atelier pour les réparations et des ordinateurs pour la gestion du cadastre et du fichier de la clientèle. Grâce aux premières interventions d'urgence, le volume des fuites est tombé à 30 pour cent.

Mais encore faut-il éduquer le consommateur, habitué de longue date à ne payer qu'un forfait pour un service où les coupures sont monnaie courante. Ainsi à Novi Grad, seul un tiers des abonnés paye effectivement ses factures d'eau.

Dans cette commune-frontière, il a en outre fallu creuser de nouveaux puits dans la nappe phréatique. Les captages d'origine se trouvent désormais en Croatie, et Zagreb a d'autres priorités que d'aider l'ancien ennemi serbe.

«Actuellement, les communes perdent de l'argent avec leur service des eaux, regrette Jean-Luc Horisberger. Nous sommes en train de leur apprendre comment les rendre autonomes et comment dégager une réserve pour les investissements futurs, car il y a encore trop de foyers qui ne sont pas reliés aux réseaux et notre rôle n'est pas de financer ces extensions».

En devenant rentable, la distribution d'eau devra également dégager l'argent nécessaire pour payer décemment ceux qui y travaillent. Avec un salaire officiel de 160 francs suisses par mois, la plupart des employés doivent en effet quitter leur poste en pleine journée pour aller servir dans un café ou conduire un taxi afin de joindre les deux bouts.

D'ici une année, lorsque sa mission touchera à sa fin, Jean-Luc Horisberger a bon espoir que ses deux communes-pilote parviennent à se débrouiller et que l'exemple fasse tache d'huile, comme dans le canton voisin d'Una Sana, où la Suisse a conduit ces dernières années un projet similaire, à cheval sur les territoires de la RS et de la Fédération.

Car les eaux se jouent des frontières. Un projet de l'Union européenne propose d'ailleurs de redécouper le réseau national par bassins versants mais, pour l'heure, ni Sarajevo ni Banja Luka ne semblent prêtes à renoncer à leur contrôle sur les services des eaux.

Quoiqu'il en soit, cette étape de l'approvisionnement ne sera qu'un prélude à la suivante, autrement plus lourde et plus coûteuse: le traitement des eaux usées.

Actuellement, pas une station d'épuration ne fonctionne en Bosnie et les rares projets du début des années 90 ont tous été interrompus par la guerre. Ce sont donc les rivières qui servent d'égouts et comme la situation n'est guère plus brillante dans les pays avoisinants, le Danube n'est pas loin de se transformer en vaste cloaque.

Pourtant, la Banque mondiale et les autres banques de développement sont prêtes à débloquer les crédits nécessaires, mais aucune collectivité bosniaque n'a été capable à ce jour de leur présenter un projet qui tienne la route. Jean-Luc Horisberger en est conscient et compte bien amener ses deux communes-pilote à élaborer un business plan d'ici à la fin de l'année prochaine.

L'espoir existe donc de voir un jour les magnifiques paysages de Bosnie-Herzégovine traversés par des rivières qui ne ressemblent plus à une eau glauque serpentant entre une suite de décharges publiques. Mais la route est encore longue.

De retour de Banja Luka, Marc-André Miserez

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