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Garde-fous nécessaires «La démocratie directe n’est pas une religion»

Vincent Kucholl estime que les Suisses ne devraient pas pouvoir voter sur tous les sujets. 

(PHOTO-GENIC.CH / OLIVIER MAIRE)

La Suisse est un modèle de démocratie. Mais des garde-fous sont nécessaires pour améliorer le système et éviter des ‘accidents’ tels que le vote anti-minarets, estime Vincent Kucholl. Le comédien et politologue suisse est l’auteur du best-seller «Institutions politiques suisses».

Vincent Kucholl et Vincent Veillon ont animé durant trois ans la chronique «120 secondes»Lien externe sur la chaîne de radio publique Couleur 3. Le duo comique a ensuite rempli les salles romandes et parisiennes avec un spectacle largement inspiré de cette expérience radiophonique. Ils animent depuis le mois de janvier une émission satiriqueLien externe à la télévision suisse (RTS). Mais Vincent Kucholl, politologue de formation, est également capable de parler avec le plus grand sérieux du système politique suisse.

swissinfo.ch: Votre livre sur la démocratie suisse a été vendu à plus de 250'000 exemplaires. Il a rencontré un grand succès notamment auprès des écoles et des candidats à la naturalisation, à tel point qu’une version anglaise est en cours de préparation. La démocratie suisse est-elle à ce point passionnante?

Vincent Kucholl: A priori, ce n’est pas un sujet très sexy. Mais on observe – et les chiffres de vente le prouvent – que ça intéresse largement la population. Généralement, les ouvrages qui abordent cette thématique sont très techniques et complexes. Si on fait l’effort de simplifier et d’expliquer l’essentiel, alors les gens posent plein de questions et s’intéressent au sujet. C’est plutôt bon signe.

swissinfo.ch: Le président de la Confédération Didier Burkhalter a expliqué que la démocratie directe est comme le sang qui coule dans les veines des Suisses. Le ressentez-vous ainsi?

V.K.: Non. (rires) Le système politique suisse est un cocktail et la démocratie directe n’est en qu’un des éléments. Le fédéralisme et le multiculturalisme sont également très importants. La démocratie directe encourage la recherche du consensus car le Parlement craint les référendums. Ceux-ci représentent en effet un caillou dans le système et ralentissent la prise de décision.

La stabilité du système montre que malgré cette mosaïque, cela fonctionne bien. Je pense que le système politique suisse est un modèle. Ce serait bien s’il pouvait être mieux connu et inspirer d’autres pays, mais je ne vais pas commencer à faire du prosélytisme.

Humoristes suisses à Paris «120 secondes» pour expliquer la Suisse aux Français

Le duo d’humoristes Vincent Kucholl et Vincent Veillon est monté à Paris pour présenter un spectacle plein d'humour, une forte dose d’autodérision et quelques piques savoureuses contre le pays voisin. 

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«Venir à Paris, c’est une manière de se mettre en danger.» Les deux Vincent de l'émission de la RTS  «120 Secondes»Lien externe ne croyaient pas si bien dire. Deux jours avant leur première parisienne au Théâtre l’Européen, ils ont enfourché des Vélib’ et se sont aventurés sur la Place de l’Etoile à l’heure de pointe. Pas évident de pédaler autour de l’Arc de Triomphe dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (suisse?). «C’était horrible», a résumé Vincent Kucholl, qui ne portait pas de casque et est arrivé en nage dans les studios de TV5 pour une interview.

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Une fois sur scène, les deux comédiens ont à nouveau pris des risques, mais pas les mêmes sueurs froides, lors des quatre représentations prévues le week-end dernier du côté de la Place de Clichy. Encore une gageure!

«Montrer ce que nous faisons en Suisse»

«Nous venons rencontrer les Parisiens, leur montrer ce que nous faisons en Suisse», a expliqué Vincent Veillon la veille de la première, dans le salon d’un hôtel du quartier de Pigalle. Autant dire que la tâche de faire découvrir la Suisse, «cet îlot de prospérité qui rayonne dans le monde entier», pour reprendre leurs propres termes, n’était pas gagnée d’avance pour le duo. La fondue a pourtant pris. «J’ai découvert l’humour suisse», s’est émerveillée Bénédicte à la sortie du spectacle. Une Française qui s’est rendue au théâtre avec son mari, à l’invitation de leur fille qui a épousé… un Helvète. «C’était à la fois drôle et instructif», renchérissait son mari Sébastien, visiblement ravi. «Une belle performance d’acteurs et un spectacle très dynamique.»

Forte présence suisse

Des commentaires encourageants, comme la fréquentation de ces quatre premières représentations. Le duo qui remplit les salles sans problème dans son pays, ne cachait pas sa satisfaction puisque L’Européen, un amphithéâtre de 360 places, affichait pratiquement complet. Il est vrai que la diaspora romande de Paris s’est déplacée massivement pour ces représentations.

Une émission de radio

«120 secondes», ou tout simplement «120», est une émission de radio sous forme de chronique humoristique animée par Vincent Kucholl et Vincent Veillon de 2011 à l'été 2014.

Constituée d'interviews de personnalités fictives, sur des sujets d'actualité, l'émission est diffusée tous les jours de la semaine sur Couleur 3Lien externe (RTS).

L'émission a rencontré un vif succès dès sa création et les deux comédiens ont reçu le «Prix Pathé» de la critique de cinéma catégorie médias électroniques (10'000 francs) en janvier 2014 aux Journées de Soleure, le festival du cinéma suisse.

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La plupart des Français présents, à l’image de Bénédicte et Sébastien, étaient invités par des relations qui souhaitaient leur faire découvrir des facettes méconnues du pays voisin. «Un copain a pris les places et m’a fait la surprise», a affirmé Laurent, lui aussi ravi de découvrir les Suisses autrement que sur les pistes de ski l’hiver. «Ils sont sérieux, mais ils savent rire d’eux-mêmes. C’était une soirée très pédagogique, un spectacle tip-top comme on dit là-bas», a-t-il ajouté.

La représentation a débuté par une présentation un peu longuette de la Suisse, de son histoire et de ses institutions. Mais cette introduction a permis au public français de découvrir un système qu’il traite souvent avec condescendance. «Après un spectacle comme celui-là, on comprend mieux les Suisses», a assuré Laurent.

Le public a surtout ri aux éclats avec des personnages comme l’économiste Reto Zenhäusern ou encore le militaire Karl-Heinz Inäbnit, comme s’il se solidarisait avec les Romands face à des Alémaniques caricaturaux. «C’est vrai qu’ils ne font pas de cadeaux aux Suisses», a constaté Christophe, un «Frouze» comme il s’est lui-même présenté après avoir découvert le mot pendant le spectacle. «Il y a beaucoup d’autodérision et ils donnent une autre image de leur pays», a-t-il ajouté, soulignant notamment la scène du rappeur qui se la joue banlieusard du 93 (Seine-St-Denis) dans l’un des pays les plus riches du monde.

Mettre en avant les différences

«Il y a plus de moqueries sur les Suisses que sur les Français. Heureusement!», rigolait Marie, qui était accompagnée par deux amis helvètes. Pour les deux Vincent, l’idée n’était pas de débarquer à Paris pour se moquer des Français. «Ils en prennent déjà assez comme ça sur la gueule, a ironisé Kucholl. Ce serait inutile d’être frontalement et vulgairement méchants avec les Français. C’est plus rigolo de mettre en avant les différences.»

Les deux humoristes ont raccourci leur spectacle tourné en Suisse pour le présenter à Paris, en le faisant passer de 2 heures à 1h40. «Nous avons aussi apporté des adaptations pour le public français en tenant compte également des remarques du public lors de trois représentations à Evian en septembre», a expliqué Veillon. Et ces adaptations, ce sont surtout des moqueries sur les voisins d’en face. Des piques qui n’ont pas vexé Christophe. «Ils ne sont pas méchants avec les Français», a-t-il déclaré. Il n’empêche que l’Hexagone en a pris pour son grade. Les deux humoristes ont fait des allusions à peine voilées à François Hollande en scooter et casqué, aux pauvres qui n’ont plus de dents ou aux intermittents du spectacle qui menaçaient d’interrompre la représentation.

A l’applaudimètre, c’est tout de même l’affaire Cahuzac qui l’a emporté. «Il n’y avait qu’un seul tricheur et vous l’avez trouvé. Quelle chance!», a ironisé Reto Zenhäusern, déclenchant l’éclat de rire de la soirée. Et pour conclure, Vincent Veillon s’est permis une autre allusion bien sentie. «Merci pour ce moment, comme on dit chez vous», a-t-il lancé, reprenant le titre du livre de Valérie Trierweiler, ex-première dame de France.

Dates supplémentaires en novembre

Pour les deux Vincent, cette aventure parisienne se prolongera du 17 au 26 novembre avec neuf dates supplémentaires à l’Européen. Ils démentent avoir l’intention de se lancer dans une carrière en France comme leur compatriote Gaspard Proust. «Nous avons un projet qui commence à la télévision suisse le 16 janvier et je me vois mal les appeler pour leur dire qu’on reste à Paris», a assuré Veillon. 

swissinfo.ch: Le système démocratique suisse est-il exportable?

V.K.: Je n’en suis pas certain, car il y a une culture politique spécifique en Suisse. De nombreuses initiatives – par exemple sur l’introduction du salaire minimum ou de deux semaines de vacances supplémentaires – ont été refusées en Suisse, alors qu’elles auraient largement été acceptées dans d’autres pays. Les citoyens votent contre leur intérêt personnel immédiat, ce qui peut étonner à l’étranger.

Le risque est que la démocratie directe devienne une arme du populisme. Cela l’a été parfois, je pense notamment à la votation sur les minarets, mais pas dans la majorité des cas. On peut parler d’une sorte de maturité politique des Suisses.

swissinfo.ch: Le taux de participation chez les jeunes est faible. On estime parfois qu’il y a trop de votations et que les sujets sont trop complexes. Comment peut-on y remédier?

V.K.: Les sujets sont parfois techniques mais je ne pense pas qu’il y a trop de votations. Trop de démocratie ne tue pas la démocratie. L’éducation civique a un rôle fondamental à jouer. Les salles de classe devraient être un lieu de discussions politiques et culturelles. Il faudrait davantage intéresser la population à la chose publique. Et avant de comprendre comment cela fonctionne dans le détail, il faut expliquer que chacun a un rôle à jouer et qu’il peut y trouver de l’intérêt.

swissinfo.ch: A la suite de la votation du 9 février sur l’immigration de masse, le président allemand Joachim Gauck a affirmé qu’il respectait le vote suisse mais que la démocratie directe peut représenter un ‘danger réel’ lorsque les sujets sont complexes et qu’il est parfois difficile pour les citoyens d’en comprendre les implications. Doit-on vraiment pouvoir voter sur tout: l’Europe, l’immigration, les armes, deux semaines de vacances supplémentaires…?

V.K.: Il y a clairement eu un manque d’information concernant le vote du 9 février. On ne peut pas voter sur tout. Nous avons besoin de garde-fous. Certes, ce n’est pas compliqué de voter ‘oui’ ou ‘non’ à propos de l’immigration, mais les conséquences sont autrement plus complexes. Certaines de ces conséquences sont d’ordre juridique et n’ont en l’occurrence pas bien été expliquées à la population. Je suis sûr qui si la votation avait lieu aujourd’hui, le résultat ne serait pas identique. Il y a eu un manque d’information et de communication concernant les aspects liés à la recherche, à la mobilité, aux relations avec l’UE et aux accords bilatéraux.

swissinfo.ch: La Suisse a-t-elle besoin d’une cour constitutionnelle pour évaluer la conformité de certaines initiatives?

V.K.: Oui. Nous devons valider de manière plus précise les initiatives. A l’heure actuelle, elles ne sont pas assez encadrées. La votation du 9 février est un événement assez grave. C’est un accident, à l’instar de la votation sur les minarets, qui a des conséquences sur les engagements internationaux de la Suisse.

La démocratie directe ne devrait pas permettre d’aborder tous les sujets. Je ne suis pas d’accord avec l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), qui veut faire primer le droit suisse sur le droit international. Le peuple n’a pas toujours raison. Il peut se tromper et c’est ce qui est arrivé le 9 février.

«Le peuple n’a pas toujours raison. Il peut se tromper et c’est ce qui est arrivé le 9 février»

Fin de la citation

Ce qui me choque, en Suisse, c’est que pratiquement tous les politiciens affirment que ‘le peuple a raison’. Je ne suis pas d’accord avec ce slogan. La démocratie directe n’est pas une religion. Le citoyen n’est pas un dieu.

swissinfo.ch: L’ancienne chancelière de la Confédération Annemarie Huber-Hotz estime que les grands partis politiques ne devraient plus être autorisés à lancer des initiatives populaires. Qu’en pensez-vous?

V.K.: D’un point de vue philosophique, cette idée est intéressante car l’initiative populaire a été introduite au début du 20e siècle pour faire office de contre-pouvoir. Aujourd’hui, c’est le plus grand parti, l’UDC, qui lance le plus d’initiatives. Ce n’est pas dans cet esprit que les pères fondateurs de la Suisse moderne ont mis en place cet outil. Reste que cette proposition est très provocatrice et qu’elle ne passera jamais.

swissinfo.ch: Quelles sont les autres améliorations à apporter au système démocratique suisse?

V.K.: Le taux de participation moyen de 40% n’est pas mauvais. Mais il s’agit de 40% des citoyens suisses et non 40% de l’ensemble la population. De nombreuses personnes qui vivent en Suisse et qui y sont nées ne peuvent pas voter. Celles et ceux qui font de ce pays ce qu’il est aujourd’hui doivent pouvoir participer à sa vie et à son développement. A l’heure actuelle, près de deux millions d’étrangers sont exclus du système. Cela prendra du temps mais je souhaiterais que cela change. Car les Suisses, ce ne sont pas seulement les citoyens qui possèdent le passeport rouge à croix blanche. 

(Extrait de l'émission satirique 26 minutes de la RTS)

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(Traduction et adaptation de l'anglais: Samuel Jaberg), swissinfo.ch

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