«CFF Cargo doit se concentrer sur le marché intérieur»

FFS Cargo se projette vers l'avenir à la recherche d'un partenaire stratlgique Ex-press

Les résultats semestriels de CFF Cargo se sont améliorés mais les chiffres restent dans le rouge: le secteur marchandises des CFF est donc à la recherche d'un partenaire pour se repositionner sur le marché. L'expertise du professeur Roman Rudel sur un thème complexe.

Ce contenu a été publié le 20 septembre 2008 - 18:39

Commentant les résultats de CFF Cargo pour les six premiers mois de 2008, le directeur général de l'entreprise, Andreas Meyer, a salué les effets positifs résultant des rectifications apportées. Il a cité, en particulier, la réduction des achats de prestation auprès des fournisseurs tiers, l'abandon de contrats peu rentables, l'augmentation des prix et le blocage de l'embauche.

«A l'heure actuelle, précise Andreas Meyer, Cargo doit se positionner sur le marché en opérant une alliance stratégique. Une politique d'Alleingang agressive n'est plus de mise». Les entreprises intéressées par une collaboration avec CFF Cargo ont jusqu'au 22 septembre pour annoncer leurs offres en conséquence. Une vente complète n'entre pas en ligne de compte, car elle supposerait une modification de la Constitution.

L'évaluation des offres - prise en charge par les CFF – sera effectuée par le bureau de consultants McKinsey : les premiers résultats devraient arriver d'ici la fin du mois de novembre. Durant la première moitié de 2009, des négociations plus approfondies seront engagées, en accord avec la Confédération.

Graves erreurs du passé

«Paradoxalement, les améliorations enregistrées au premier semestre 2008 ont été réalisées en réduisant le volume du trafic : ce qui signifie que, par le passé, de nombreuses ressources financières ont été gaspillées par des choix inappropriés, tels que l'expansion à l'étranger avec des investissements onéreux », souligne Roman Rudel, professeur à l'École universitaire professionnelle de la Suisse italienne et consultant, en tant qu'expert, du Comité de grève.

«D'avoir reconnu cette faute démontre en outre – poursuit l'expert – que le vrai problème de CFF Cargo ne vient pas du tout des ateliers de Bellinzone. Affirmer le contraire relève tout simplement du ridicule ! Que l'on pense qu'il a suffi de réduire de 2% le volume du trafic – à savoir les prestations réalisées par des tiers – pour économiser 28 millions en six mois ».

L'avenir de Bellinzone

Le destin des ateliers de Bellinzone sera décidé dans le cadre de la table ronde entre les représentants du personnel et la direction des CFF qui a commencé en mai et s'est à nouveau réuni le 16 septembre à Lucerne.

Selon Roman Rudel, «c'est au centre de compétence de Bellinzone que s'accomplit une importante activité, puisque les travaux de maintenance de certaines locomotives ne peuvent se faire qu'à cet endroit. Le risque encouru est celui de perdre ce précieux savoir-faire en supprimant des postes de travail».

Les perspectives ont changé

«Il est temps de donner des signaux clairs, autrement dit la garantie de pouvoir maintenir la structure actuelle et d'avoir la possibilité de se développer sur la base de ce qui existe déjà, voire par des collaborations technologiques avec les instituts universitaires », relève encore Roman Rudel.

Par ailleurs, affirme Roman Rudel, «il s'agit de garder à l'esprit qu'en Europe, les standards et les normes concernant les matériaux de manutention diffèrent d'un pays à l'autre. Par conséquent, les ateliers de Bellinzone pourraient exploiter cette situation en amplifiant leur propre offre de manière à pouvoir répondre aux exigences d'une clientèle internationale. Ce qui n'a pas été fait jusqu'ici systématiquement, étant donné que les Chemins de fer suisses étaient le principal client: désormais les perspectives ont changé».

Alliances dangereuses

Concernant les collaborations stratégiques possibles pour CFF « s'allier à un partenaire trop grand comme Deutsche Bahn ou accepter sa participation serait risqué, puisque Cargo finirait par se faire tout simplement absorber », lance Roman Rudel.

Pour ce dernier, la collaboration proposée avec un transporteur routier comporte de nombreux aspects incertains : il y a en effet le risque que l'entreprise en question décide de transporter par la route ce qui est plus rentable pour elle, en laissant des miettes à Cargo.

Pour renforcer sa propre position, « Cargo devrait exploiter davantage son matériel rotatif et viser le marché intérieur, en offrant des services plus proches des exigences des clients, par exemple en assurant des liaisons courte distance adaptées aux exigences spécifiques d'un client comme la Poste. Il s'agit de marchés peut-être plus restreints au niveau du volume du trafic, comparé aux transports de l'axe nord-sud, mais en contrepartie plus rentables.

L'expert reconnaît le poids des éléments extérieurs qui influent sur les choix stratégiques : « Il y a une forte pression politique pour qu'une quantité supérieure de marchandises soit transportée par le rail. Ce qui détermine une plus grande concentration sur l'axe nord-sud, soumis à une forte concurrence, dont, par conséquent, les marges bénéficiaires sont moindres ».

En définitif, « il est nécessaire de réaliser que les temps ont changé : pour attirer de nouveaux clients, il faut avoir une approche beaucoup plus active aujourd'hui que par le passé », conclut Roman Rudel.

swissinfo, Andrea Clementi
(Traduction de l'italien: Sima Dakkus)

Résultats

Les Chemins de fer fédéraux suisses (CFF) ont enregistré un bénéfice de 104,7 millions de francs au premier semestre 2008, soit une augmentation de 13% sur les six premiers mois de 2007.

Le résultat positif a été obtenu grâce à la croissance soutenue du trafic de passagers (+6,9% de voyageurs-km). Cet élément a induit un bénéfice de 101,8 millions d'euros (+12%). Une perte de 8,2 millions de dollars est à attribuer à CFF Cargo.

End of insertion

Roman Rudel en deux mots

Après avoir obtenu un doctorat en géographie à l'Université de Fribourg, Roman Rudel a mené des missions de recherche pour le compte du Fonds national suisse (FNS) et du gouvernement.

Ses principaux domaines d'étude sont le lien entre les changements climatiques et les réponses politiques, le développement durable et la circulation à travers les Alpes.

Il dirige depuis 2008 le Département du développement durable appliqué à l'environnement à l'Université des sciences appliquées de la Suisse italienne.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article