Accord UBS: la presse perçoit un arrière-goût amer

Reuters

UBS échappera à un procès aux Etats-Unis en vertu de l'accord extrajudiciaire annoncé mercredi entre les parties. Une bonne chose, juge la presse suisse, qui est toutefois loin de la jubilation. L'Etat, les clients, la place financière, tous ont des couleuvres à avaler.

Ce contenu a été publié le 13 août 2009 - 11:21

Après l'annonce de l'accord extrajudiciaire dans l'affaire UBS – dont le contenu n'est pas connu - la presse romande se montre avare en commentaires. Un mauvais procès n'aurait avantagé personne, constate Le Temps, qui évoque un «soulagement immédiat».

Mais le journal édité à Genève élargit la perspective. Il observe une Suisse sur la défensive dans tous les dossiers internationaux traitant de sa place financière – pressions de l'OCDE, discussions avec l'UE sur la fiscalité, dossier UBS.

«A aucun moment, nous avons pris l'initiative de désamorcer des conflits d'intérêts ou s'affrontent les logiques d'Etats souverains, juge le quotidien. (...) L'histoire qui s'écrit ces jours et la dynamique politique qui se développe nous rattrapent, plus que nous les précédons. Accord, certes il y a, mais il crée un précédent qui nous est davantage imposé que négocié.»

A Fribourg, La Liberté s'inquiète de l'avenir de cette place financière. Avec l'accord de mercredi, la Suisse «sauvera peut-être quelques plumes mais le mal est déjà fait». En livrant les noms de 255 titulaires de comptes américains à la justice de leur pays en février dernier - une «trahison» - elle avait déjà «fait le pas de trop. Son secret bancaire ne s'en remettra pas. Son statut de paradis fiscal non plus.»

Mais la mort de la place financière suisse n'est pas venue. Elle dispose de solides atouts «dont le moindre n'est pas son savoir-faire», assure le quotidien, qui appelle les banquiers suisses à «abandonner leur attitude défensive». Pour riposter, ils doivent «mettre en avant deux valeurs fondamentales qui alimentent historiquement le fonds de commerce de la banque suisse: l'honnêteté et la qualité du service».

Incertitude néfaste

En Suisse alémanique, le Tages Anzeiger, lui aussi, applaudit l'accord trouvé entre les parties dans le cas UBS. Car il évite à la banque une longue et néfaste période d'incertitude. «Une bonne nouvelle – pas seulement pour la banque, mais aussi pour la Suisse», observe le journal zurichois, jugeant que l'engagement de l'Etat et de la Banque nationale dans la banque est tel qu'il faut bien parler d'une communauté de destin.

Reste que le contenu de l'accord n'est pas connu, souligne le Tages Anzeiger, qui s'inquiète notamment de l'ampleur des concessions suisses, juridiques en particulier. Même si le deal s'avérait bon, «un mauvais arrière-goût demeure», car la banque, conséquence de son comportement illégal aux Etats-Unis, a aussi «désavoué des clients, infligé des dégâts à l'image de la place financière suisse et mis l'Etat dans une situation délicate à l'extérieur. Des dommages non chiffrables et dont personnes n'assumera la responsabilité.»

Sur l'accord lui-même, la Basler Zeitung assure que «les Etats-Unis obtiennent ce qu'ils exigent». Et dans ce cas: des noms de clients dont il est supputé qu'ils ont échappé au fisc, celui de gros poissons aussi, et ce, rapidement. «L'Allemagne, la France et d'autres sont dans les starting-blocks pour revendiquer pour eux les concessions faites aux Américains», avertit le quotidien de Bâle.

L'avenir dans ses mains

A Londres, le Financial Times considère que l'affaire UBS «a des implications considérables pour l'avenir de la confidentialité, beaucoup de banquiers suisses craignant qu'une dilution des règles traditionnelles du secret [bancaire] n'engendre la défection de clients étrangers inquiets».

Le journal saumon écrit que «la difficulté de trouver une formule permettant à Berne d'autoriser une brèche dans les règles du secret [bancaire], tout en maintenant la façade de la confidentialité, explique probablement pourquoi l'accord a pris autant de temps, après l'annonce par les avocats de l'accord de principe le mois dernier».

Sauver UBS au prix du secret bancaire: restera alors aux banques à compenser cette perte d'un avantage concurrentiel par des «performances meilleures», lance la Basler Zeitung. Au moins la possibilité offerte à UBS de s'épargner un procès lui permet-elle «de regagner le contrôle sur son avenir», observe la Neue Zürcher Zeitung.

Résultat ambivalent

Le journal zurichois souligne toutefois lui aussi l'ambivalence du résultat obtenu. Il y a un an, rappelle-t-il, dans un large consensus, les juristes estimaient que les «fishing expeditions» [harponnage à large échelle d'abuseurs potentiels du fisc] selon le schéma des autorités fiscales américaines n'étaient pas compatibles avec le droit suisse. La question est donc de savoir jusqu'où il aura fallu aller pour répondre aux demandes américaines, en respectant les exigences légales intérieures. «Trop tôt pour jubiler», résume donc la Berner Zeitung.

Et cette certitude, martelée par le Bund de Berne: la question des grandes banques suisses [leur taille démesurée par rapport au marché et à l'Etat], soulignée par la crise financière, exige solution. A cet égard, l'accord extrajudiciaire de mercredi a un «énorme goût amer. (...) La Suisse officielle doit lécher ses blessures: elle a été l'otage obligée d'une entreprise unique – ne pouvant contourner son importance nationale.» Amer.

Pierre-François Besson, swissinfo.ch

Rappel

Plainte. En février dernier, les autorités fiscales américaines (IRS) ont déposé une plainte auprès du Tribunal fédéral de Miami pour tenter d'obliger UBS à fournir la liste de 52'000 clients soupçonnés de fraude fiscale.

Défense. Pour la Suisse, cette plainte est contraire aux accords de double imposition en vigueur avec les Etats-Unis. Berne a affirmé qu'elle poursuivrait UBS si la banque communiquait les 52'000 noms à l'IRS.

Accord de principe. Vendredi 31 juillet, les parties au conflit, soit les gouvernements américain et suisse ainsi que UBS, ont annoncé être parvenues à un accord extrajudiciaire de principe. Elles se sont alors donné une semaine pour finaliser cet accord.

Enfin. Vendredi 7 août, à la suite d'une nouvelle conférence téléphonique entre les parties, le juge Alan Gold, du Tribunal fédéral de Miami, a accordé un nouveau délai au mercredi 12 août pour finaliser l'accord, jour de l'annonce tant attendue.

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