Les stagiaires en médecine, engagés volontaires sur le front de la pandémie

Le canton de Genève est l'un des plus touchés par la pandémie de Covid-19 en Suisse. Keystone / Martial Trezzini

La pandémie de coronavirus a obligé les hôpitaux suisses à procéder à une réorganisation draconienne, impliquant également les étudiants en médecine. De nombreux étudiants se sont rendus disponibles dans les services qui en avaient le plus besoin, en particulier aux soins intensifs. Trois d'entre eux témoignent.

Ce contenu a été publié le 19 avril 2020 - 11:00
Zeno Zoccatelli

Cela fait près de deux mois que le premier cas d'infection par le coronavirus a été détecté en Suisse, dans le canton italophone du Tessin. Les yeux fixés sur l’Italie, il est vite devenu évident que ce ne serait pas du gâteau pour les hôpitaux suisses et que, malgré les mesures prises pour limiter la propagation du virus, les établissements de soins seraient confrontés à une pénurie de personnel.

Les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ont également lancé un appel à la solidarité, demandant à ceux dotés des compétences nécessaires de donner un coup de main. Quelque 800 personnes étaient disponibles et 140 ont été recrutées. Il s'agissait d'étudiants de l'école d'infirmières, de la faculté de physiothérapie et, bien sûr, de la faculté de médecine.

La pandémie a ainsi modifié le programme de nombreux étudiants. Baptiste était en stage au Népal et a dû rentrer en Europe avant la fermeture des aéroports, raconte-t-il. «En voyant la situation, j'ai pensé que je serais plus utile en tant que volontaire aux urgences ou aux soins intensifs, qui ont besoin de personnel.» Il a atterri en Suisse le 22 mars et rejoint les HUG quatre jours plus tard.

Mélanie, en stage dans le service de pédiatrie de l'hôpital de Neuchâtel, et Lauranne, dans le service d'anesthésie à Genève, se sont également présentées.

Baptiste, Lauranne et Mélanie, étudiants en sixième année de médecine à Genève, ont décidé d'apporter leur contribution à l'unité de soins intensifs, où se trouvent les patients gravement atteints par le nouveau coronavirus. tvsvizzera

Un stage exceptionnel

Les trois stagiaires sont en 6e année de médecine, soit le stade où ils mettent en pratique les connaissances acquises dans différents départements durant dix mois.

Il est naturel que l'hôpital considère ces étudiants «seniors» comme les plus aptes à intervenir comme soutien dans cette crise sanitaire. Mais leur engagement est strictement volontaire, en raison des risques entraînés par le contact quotidien avec des personnes infectées par le SRAS-CoV-2.


Tout en prenant l’ensemble des précautions nécessaires, aucun des trois étudiants n'a pourtant hésité à s’embarquer dans cette expérience exceptionnelle. «Je ne suis plus la bienvenue chez moi, dit Mélanie en souriant. J'ai eu la chance de trouver un appartement où je peux vivre pendant le confinement. Mais à partir du moment où j'ai su que j'allais aux soins intensifs, je me suis dit que je devais trouver une solution. Je n'avais pas envie de rentrer tous les jours après avoir été en contact avec des patients atteints de la maladie Covid-19. J'ai des collègues qui se déshabillent avant même d’entrer à la maison et se douchent directement.»

Mais les changements concernent surtout l’espace de travail. «J'ai été surprise par la réorganisation imposée par la crise sanitaire, dit Lauranne. La façon dont les conseils et les enseignements venus de l'Italie du Nord ont été pris en compte, comment tout a été transformé pour faire face si rapidement à l'épidémie, en mobilisant les personnes comme les équipements.»

De nombreux services ont été transformés pour faire place aux soins intensifs dont l’espace a été considérablement étendu. «Nous travaillons maintenant dans l'unité qui est normalement affectée à la réanimation, mais tout a été modifié pour accueillir les patients atteints par le Covid-19, y compris de nombreux blocs opératoires», décrit Baptiste.

L'atmosphère dans l'unité a également beaucoup changé. «C'est un peu inquiétant. Normalement, il y a toujours beaucoup de monde à l'hôpital. Maintenant, tout est fermé au monde extérieur, et surtout il n'y a plus les proches des patients», ajoute Mélanie.

>> Les HUG présentent leur réorganisation pour contenir la pandémie:

Contenu externe

Contacts téléphoniques

Pour les trois stagiaires, cette séparation est l'un des aspects les plus significatifs de la situation actuelle. «Nous nous occupons de personnes qui ne peuvent plus avoir de contact direct avec leur famille, explique Baptiste. Les proches des patients hospitalisés sont joints par téléphone toutes les 48 heures ou en cas d'amélioration ou de détérioration notable de leur état de santé.»

«C'est vraiment étrange de n'avoir que des contacts téléphoniques», dit Mélanie, ces discussions ayant généralement lieu directement avec les proches.

«Les gens ont peur; ils sont tristes et le seul contact possible passe par le téléphone. Ce sont des expériences très marquantes»

Baptiste, étudiant en médecine

End of insertion

«Nous organisons également des vidéoconférences avec les familles si elles veulent voir leurs proches très souvent plongés dans un coma artificiel. Les gens ont peur; ils sont tristes et le seul contact possible passe par le téléphone. Ce sont des expériences très marquantes», confie Baptiste.

Une journée en soins intensifs

Les journées sont longues. Le matin, après le passage du personnel de nuit à celui du jour, les trois étudiants suivent l'examen médical de tous les patients. L'état de conscience, la respiration et les reins sont vérifiés avec d’éventuelles modifications des traitements médicamenteux ou de l'appareil respiratoire à ventilation assistée.

Il est impératif que toute personne en contact direct avec le patient porte l'équipement approprié pour éviter la contagion.

Le travail administratif est également important pour les trois stagiaires. Pour chaque patient, il est nécessaire de noter précisément les actes effectués. Un tableau de bord est établi, qui sera utilisé lorsque la personne sortira du coma.

«Quand les gens ont été intubés, ils ne se souviennent pas de ce qui s'est passé durant leur coma artificiel. Nous notons donc chaque jour les indications sur l’évolution de la maladie, comme la diminution de l’appareil respiratoire, signe d’un mieux. Cela permet aux patients de récupérer un peu de leur vie durant le coma», détaille Mélanie.

Aux soins intensifs, il n'y a pas de routine, surtout dans une situation de crise sanitaire. «Quelque chose peut arriver à tout moment et il faut intervenir tout de suite. J'ai appris à être plus flexible et à m'habituer à ne pas savoir de quoi serait fait demain. Parfois, nous travaillons relativement calmement; d'autres jours, nous n’arrêtons pas un seul instant, dit Lauranne. En outre, nous ne savons pas comment la situation générale va évoluer.»

Mélanie, elle, souligne que «les journées en soins intensifs sont difficiles, physiquement et mentalement. Nous commençons à 7h30 et finissons le soir vers 20h00. Émotionnellement, c'est également difficile. Côtoyer ces patients gravement atteints, devoir contacter la famille. Mais je ne peux pas dire que c'est trop. Nous parvenons à gérer la situation.»

Contenu externe


Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article