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Entre la rage et la joie

(Keystone)

L'exclusion de Christoph Blocher ne signifie pas la fin du système de concordance, estiment de nombreux parlementaires. L'UDC va entrer dans l'opposition ? Et alors ? Elle y est déjà depuis des années.

Une opposition au sein de laquelle on sent déjà des fissures. Au fil du marathon médiatique auquel radios et TV se livrent depuis mercredi matin, les réactions pleuvent.

«Christoph Blocher est aujourd'hui conseiller fédéral et chef de l'opposition. Il ne sera plus que chef de l'opposition. Ce qui ne va pas changer grand-chose», résume Christian Levrat, très probable futur président du Parti socialiste (PS) et un des artisans de la chute du tribun UDC.

«D'ici deux ans, Eveline Widmer-Schlumpf siégera à nouveau avec son groupe. Les relations entre la nouvelle élue et son parti vont vite se normaliser», prédit le député.

Point de vue partagé par Dominique de Buman, vice-président du parti démocrate-chrétien (PDC). Pour lui, «le bateau de la guérilla politique de l'UDC va se casser tôt ou tard». Le parti est présent dans les parlements et les gouvernements de presque tous les cantons, comment pourrait-il être totalement dans l'opposition ?

Très satisfaite d'avoir au gouvernement «une femme UDC qui pratique une politique tout en nuances», la présidente des Verts Ruth Genner n'a pas peur d'une UDC dans l'opposition, attendu que le parti «a déjà pratiqué une politique d'opposition sans concession».

Pas de glissement à gauche

«Nous avons élu une femme de droite qui fait une politique de droite, souligne le président du parti libéral (droite) Claude Ruey. L'UDC fait donc de la désinformation quand elle dit que le gouvernement est désormais de centre-gauche.»

L'UDC reste une alliée sur de nombreux dossiers, mais depuis quatre ans, à cause de Christoph Blocher, «on vit malheureusement dans une espèce de tension permanente», rappelle Claude Ruey pour qui la majorité du Parlement n'a plus voulu d'un «chef de bande».

D'ailleurs, l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf est une victoire du Parlement et non de la gauche ou du PDC, répètent les ténors du PS, du PDC et des Verts.

«On verra au plus tard en février qu'il n'y a pas de coalition entre la gauche et le PDC au moment de la votation sur la réforme de l'imposition des entreprises, prédit Christian Levrat. Le PDC est du côté des actionnaires et des plus riches, alors que nous sommes du côté des ouvriers.»

Au parti radical (PRD, droite), on craint une certaine instabilité. «Le gouvernement reste bourgeois, mais les débats ne pourront pas être aussi sereins au Parlement», avertit le président Fulvio Pelli.

«Durant quatre ans, gouvernement et Parlement ont pu garantir à l'économie les conditions d'une évolution, rappelle le chef du PRD. Le gouvernement continuera de mener une politique bourgeoise, mais le manque de lien entre les deux conseillers fédéraux UDC et leur parti sera un problème pour tous au Parlement.»

Concordance

Par concordance, on entend la recherche continuelle d'un équilibre ou d'un compromis entre les partis ainsi qu'entre les différentes communautés ...

Une cure d'opposition «bienvenue»

A l'UDC, on se réjouit de cette cure d'opposition annoncée. «En restant au gouvernement, nous n'aurions pas pu réitérer le score de 29% obtenu aux élections fédérales d'octobre. Hors du gouvernement, nous dépasserons les 30% en 2011», claironne ainsi le député Oskar Freysinger.

«Nos militants sont en colère, à nous de transformer cela en énergie positive, poursuit l'homme au catogan. Les deux conseillers fédéraux UDC élus mercredi ne représentent que 10 à 15% de la base électorale du parti».

«Nous n'exclurons personne, car notre force est de rester unis. Sinon on est foutus», admet Oskar Freysinger, qui ne croit pas à une scission au sein de l'UDC, «assez forte pour supporter différents courants».

Le secrétaire général du parti Gregor Rutz, n'envisage pas davantage un tel scénario. Il serait «très déçu si certains parlementaires prenaient la décision de faire passer leur intérêt devant celui du parti».

Scission en vue

Et pourtant, scission il devrait y avoir. Hansjörg Hassler, UDC grison comme la nouvelle conseillère fédérale, estime une séparation «possible».

Le Bernois Hans Grunder est plus catégorique: il est en train d'examiner la possibilité de créer son propre groupe. Des questions juridiques doivent encore être éclaircies et selon lui, ce groupe pourrait compter une dizaine de membres.

Ces manœuvres n'ont pas échappé à Ueli Maurer, président de l'UDC nationale. Selon lui, «une petite clarification de la situation ne sera pas de trop» pour les mécontents au sein du parti. Il s'attend à quelques départs chez les Grisons et les Bernois, «mais pas à un exode massif».

«Pas facile»

«Je n'aurai pas la tâche facile comme conseillère fédérale, notamment avec un groupe qui ne me soutient pas», admet de son côté Eveline Widmer-Schlumpf.

«De mon expérience comme conseillère d'Etat grisonne, je sais combien il est important d'avoir un groupe parlementaire comme soutien et comme 'sparring-partner'», déclare la nouvelle élue, convaincue néanmoins qu'«il y a sûrement des gens au sein de l'UDC» avec lesquels elle pourra travailler.

Interrogée sur la possibilité de créer un nouveau groupe UDC, comme le demandent certains élus bernois, Eveline Widmer-Schlumpf estime qu'il «ne peut pas y avoir deux groupes» et qu'il faut privilégier le dialogue, seul moyen d'avancer.

La Grisonne s'est également dite convaincue d'avoir des interlocuteurs au sein des autres partis afin de trouver une voie praticable pour mener à bien sa mission. Et de souligner que si elle n'y avait pas cru, elle n'aurait pas accepté son élection.

swissinfo et les agences

Vu de l'étranger

L'éviction de Christoph Blocher figure jeudi en une de plusieurs journaux européens.

«Les parlementaires virent Blocher» titre "Libération", qui accorde une pleine page à l'information. «Sur la modeste échelle de Richter de la politique suisse, c'est un séisme inouï», estime le quotidien français.

Métaphore similaire dans "El País". Pour le journal espagnol, la journée de mercredi «s'est terminée en une véritable tempête dans le paysage politique suisse d'ordinaire serein».

Dans un long article de haut de page, le "Corriere della Sera", plus gros tirage d'Italie, évoque un «tremblement de terre politique à Berne. Le milliardaire, l'anticonformiste, le polémiste Christophe Blocher a été remplacé par une inconnue».

En Allemagne, "Die Welt" constate que «les perdants alliés (des élections fédérales) ont organisé une action de représailles, unique pour la république alpine plutôt peu agitée» qu'est la Suisse.

La plupart des commentateurs s'interrogent sur l'avenir du système politique helvétique. Pour la "Süddeutsche Zeitung" de Munich, c'est l'UDC qui a résilié le consensus suisse.

L'"International Herald Tribune" estime lui aussi que «le vote a placé un point d'interrogation sur l'avenir du système suisse».

Et la presse européenne de prévenir des risques d'une UDC dans l'opposition. «Rien n'indique que la capacité de nuisance de l'UDC blochérienne, volontiers xénophobe, sera amoindrie par ce putsch parlementaire», écrit "Libération".

«Un Blocher déchaîné comme martyr sur les bancs de l'opposition peut être encore plus dangereux que dans le gouvernement», avertit le quotidien autrichien "Kurier".

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