Intifada: les ambulances du CICR prises pour cibles

Les actes malveillants à l’encontre des missions médicales se multiplient. Keystone

Les activités médicales dans les territoires palestiniens sont de moins en moins respectées, certains droits humanitaires ne sont pas assez pris au sérieux. De retour de mission, Walter Stocker - l'un des responsables du CICR à Jérusalem - dresse un tableau alarmant.

Ce contenu a été publié le 23 mars 2001 - 15:35

Walter Stocker fait partie de ces quelques délégués que le CICR envoie au front quand les choses s'aggravent. Après des opérations d'urgence en République démocratique du Congo et au Sud-Liban, il s'est retrouvé soudain en plein cœur de l'Intifada.

De retour à Genève, le chef de la sous-délégation du CICR à Jérusalem dresse le décor des activités humanitaires dans les territoires palestiniens. Dès le début des événements, en automne dernier, le Comité international de la Croix-Rouge a tenté de réagir le plus rapidement possible.

Au plus chaud du soulèvement palestinien, il n'a pas fait mystère de ses craintes au vu du grand nombre de victimes parmi les civils non armés et de l'utilisation de munitions réelles par les forces de sécurité.

Son principal souci, aujourd'hui, porte sur les conditions de vie des populations palestiniennes soumises aux restrictions de circulation, sans parler de celles dont les maisons ont été détruites.

Sa priorité va vers les habitants de la soixantaine de villages qui plus que d'autres subissent les contre-coups économiques de la fermeture des territoires.

Ce blocus des territoires, explique Walter Stocker, a particulièrement touché les Palestiniens qui traversaient la ligne verte pour travailler en Israël. Pour eux, cela représente de grosses pertes en termes de revenus. Idem pour ceux qui n'ont plus la possibilité de mettre leurs produits agricoles sur le marché israélien.

Les nouvelles mesures de sécurité imposées par les autorités israéliennes rendent les tâches d'assistance encore plus difficiles. Le CICR avait choisi la capitale de la Jordanie, Amman, comme centre logistique, ce qui facilitait notamment le regroupement des dons en provenance des pays arabes.

Depuis trois semaines, raconte Walter Stocker, «nous n'avons plus l'autorisation de transporter l'aide humanitaire directement d'Amman vers la Cisjordanie; au poste-frontière du Pont Allenby, nous devons décharger nos camions et, après contrôle, tout recharger sur d'autres camions, et répéter l'opération avec d'autres camions encore pour aller vers la Bande de Gaza».

Mais ce qui paraît inquiéter davantage le délégué du CICR, c'est l'augmentation de plus en plus visible d'actes malveillants à l'encontre des missions médicales. Les attaques se multiplient contre des ambulances et autres véhicules pourtant munis de l'emblème de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Elles ne sont pas, dit-il, le résultat de décisions prises par les états-majors des forces de sécurité israéliennes ou palestiniennes, ce sont des actions menées par des hommes de terrain: «ils n'ont aucune excuse, nos véhicules sont clairement identifiables, les ambulances doivent être respectées».

Qu'en est-il des allégations faisant état de combattants abusant de l'emblème humanitaire pour transporter entre autres des armes? Walter Stocker est formel: «nous sommes absolument sûrs au CICR qu'il n'y a pas eu d'abus du côté du Croissant-Rouge palestinien, mais on ne peut pas exclure que d'autres organisations ne l'ont pas fait».

Cela dit, les ambulanciers et les volontaires du Croissant-Rouge palestinien ou du Magen David Adom (le Bouclier-de-David, organisation humanitaire nationale israélienne) peuvent tout de même intervenir sur les lieux d'affrontements dans des conditions acceptables.

Par contre, leurs déplacements sont sérieusement entravés quand il s'agit de s'occuper de cas chroniques, de dialyses ou autres soins à fournir régulièrement à des patients.

Un mot encore sur les prisonniers palestiniens détenus par Israël: leur nombre n'a pas augmenté de façon inquiétante et le CICR peut continuer à leur rendre visite comme dans le passé. Par contre, la fermeture des territoires a eu des conséquences importantes pour leurs familles qui ne pouvaient plus leur rendre visite.

«Nous avons dû négocier pendant trois mois pour retrouver les conditions de visite qui existaient avant l'Intifada, dit encore Walter Stocker. Aujourd'hui, ça va mieux mais pas pour toutes les régions, à cause des restrictions de circulation. Il est pourtant dans l'intérêt des autorités israéliennes aussi que les familles palestiniennes puissent visiter leurs proches».

Bernard Weissbrodt

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