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L’affaire DSK… une affaire de mœurs politiques



Lundi 16 mai: DSK écoute la juge Melissa Jackson lui lire l’acte d’accusation qui fait chanceler sa carrière.

Lundi 16 mai: DSK écoute la juge Melissa Jackson lui lire l’acte d’accusation qui fait chanceler sa carrière.

(Reuters)

Dominique Strauss-Kahn, qui a démissionné de la direction du FMI, a été inculpé jeudi soir à New York des sept charges retenues contre lui, dont la tentative de viol. Le juge a toutefois accepté sa libération sous caution. A Paris, tout le monde en parle. Les Suisses aussi.

57% des Français croient à la thèse du complot dans l'affaire Dominique Strauss-Kahn, selon un sondage de l’institut CSA réalisé lundi, au lendemain de l'arrestation du directeur général du Fonds monétaire international (FMI). Ce chiffre passe même à 70% parmi les électeurs socialistes. Une autre enquête montre que 54% des Français continuent de croire à la victoire de la gauche à l'élection présidentielle de 2012.

Rien n'a changé, donc, dans l'opinion publique française, depuis l'incarcération à New York de «DSK» pour tentative de viol sur une femme de chambre de l'hôtel Sofitel ? Le choc et l'incrédulité des premières heures ont fait place à des réactions plus critiques. Des voix s'élèvent désormais pour dénoncer certains comportements de la classe politique et surtout le refus des médias d'en parler. La presse, qui s'enorgueillissait de séparer clairement dans ses enquêtes vie privée et vie publique, s'interroge.

Beaucoup d’affaires étouffées

«En France règne une omerta totale à l'égard de la vie sexuelle des hommes politiques, déplore Jacques-Nicolas de Weck, un Fribourgeois engagé dans la politique française depuis une quarantaine d'années. Un grand nombre d'histoires de ce genre ont été étouffées. A propos de l'affaire DSK, la réaction de l'ancien ministre de la Culture Jack Lang est éloquente: «Il n'y a pas mort d'homme». Beaucoup de bruit pour rien, en somme…»

Quand Jacques-Nicolas de Weck entre en politique en 1969, dans un cabinet ministériel sous la présidence Pompidou, les coulisses du pouvoir bruissent encore du scandale des «ballets roses». Une affaire de mineurs, garçons et filles, recrutés pour assouvir l'appétit sexuel d'hommes d'affaires et de l'ancien président de l'Assemblée nationale André Le Troquer. Ce dernier s’en tirera avec un an de prison avec sursis et 3000 francs d'amende…

Séducteur sans scrupules

«L’affaire DSK aura sans doute un impact sur les pratiques des médias, estime Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris de la Tribune de Genève et de 24 Heures. Le Canard Enchaîné a beau répéter dans son dernier éditorial que ses enquêtes sur les gouvernants s'arrêteront toujours à la porte de leur chambre à coucher, on voit bien que dans certains cas, la chambre occupe toute la place.»

La plupart des journalistes connaissaient le côté séducteur sans scrupules de Dominique Strauss-Kahn. Lorsque Nicolas Sarkozy propose en 2007 sa candidature pour le FMI, le correspondant à Bruxelles du journal Libération, Jean Quatremer, écrit : «Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique.»

Des «révélations» qui provoquent alors un tollé, notamment au sein du parti socialiste. «Même s’il y a complot dans l'affaire Strauss-Kahn, la vie privée de DSK n’est pas hors sujet. Car s'il y a vraiment eu piège, c’est qu’il y avait une faiblesse au départ», pointe Jean-Noël Cuénod.

Politiciens français plus puritains ?

Conséquences de cette affaire: «Les politiciens français deviendront progressivement plus ‘protestants’, plus puritains», poursuit le journaliste. La très conservatrice Christine Boutin a ouvert les feux. «Les Français ont besoin que l’on donne une image de la France qui leur ressemble, qui nous ressemble, pas celle de l’amour du fric et de la luxure.»

Des politiciens calvinistes ? On en est loin. Comme DSK, deux des principaux candidats présumés à la présidentielle, le président Sarkozy et son ancien ministre Jean-Louis Borloo, sont des millionnaires remariés à des femmes ultra médiatisées: Carla Bruni et Béatrice Schönberg. Un peu moins fortuné, François Hollande partage désormais sa vie avec une journaliste de la chaîne Direct 8, Valérie Trierweiler.

L'écrivain et journaliste Vincent Philippe a eu l'occasion d’approcher Dominique Strauss-Kahn lorsqu'il était ministre de l'Economie, dans les années 1997-1999. «Il s'exprimait sans la moindre note, de façon éblouissante. Il avait le don, comme certains autres politiciens français, de vous rendre intelligent», rapporte l’ancien correspondant de la Tribune de Genève et de 24 Heures.

Un acte manqué

«J'ai le sentiment que DSK ne voulait pas vraiment partir en campagne électorale. Son crime, s'il se confirme, s'apparente à un acte manqué, à une fuite en avant», ajoute Vincent Philippe.

DSK out, c'est désormais François Hollande qui arrive en tête dans les intentions de vote à gauche. «Il n'a pas le charisme d'un Strauss-Kahn», note le journaliste d’origine jurassienne. Mais il incarne une gauche moins «bling-bling» ou «caviar» que DSK. Et donc plus redoutable pour Nicolas Sarkozy.

L'automne prochain, tous les sympathisants socialistes seront appelés à élire leur candidat à la présidentielle de 2012. François Hollande affrontera vraisemblablement la première secrétaire du parti Martine Aubry, ainsi que d'autres candidats de moindre importance.

«François Hollande a le défaut de ne jamais avoir été ministre. Et ses dix ans à la tête du parti se sont achevés dans la division, constate Jean-Noël Cuénod. Mais il a gagné les élections régionales et européennes. C'est sans doute le meilleur candidat du côté socialiste. Quant à Martine Aubry, elle ne semble pas avoir très envie de livrer bataille.»

Inculpé et libéré

Formellement inculpé. Le Grand Jury, qui compte entre 16 et 23 jurés populaires, s'est réuni en secret et sans juge ce jeudi 19 mai pour entendre les éléments de preuve de l'accusation. Il a estimé que DSK devrait répondre des sept charges retenues contre lui, dont tentative de viol au premier degré, agression sexuelle au premier degré, séquestration et attouchement non consenti.

 

Un million de dollars. C’est le montant de la caution fixée par le juge, qui a également demandé le versement d'un dépôt de garantie de cinq millions de dollars, qui seront saisis en cas de violation des conditions de libération.

Conditions drastiques. Il sera assigné à résidence, dans un appartement new yorkais loué par sa femme Anne Sinclair. Sous surveillance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 (par la vidéo et un garde armé), il devra porter un bracelet électronique. 

Encore une nuit en prison. Dominique Strauss-Kahn passera une quatrième nuit à la prison de Rikers Island, le temps que sa caution soit payée, normalement vendredi.

Prochaine audience le 6 juin. DSK comparaîtra à nouveau devant la justice à New York le 6 juin pour une audience lors de laquelle il devrait plaider non coupable. En cas de procès, il risque 15 à 74 ans de prison.

Fin de l'infobox

swissinfo.ch, Paris


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