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L'Amérique pavoise, l'Europe espère encore

Mars vue par les caméras de Spirit: un monde de désolation.

(NASA)

Tandis que le monde découvre les premières images de Mars transmises par le robot américain Spirit, l’Europe attend toujours un signal de Beagle 2, son ambassadeur sur la planète rouge.

Selon un expert suisse, le manque de moyens et l'insuffisance des tests pourraient expliquer ce probable échec.

«Félicitations à l’équipe Mars Exploration Rover de la NASA pour son atterrissage réussi sur Mars».

Depuis le 3 janvier à l’aube, c’est ce message qui accueille les visiteurs du site Internet de Beagle 2, le petit robot martien dont l’Europe est sans nouvelles depuis presque deux semaines.

Que s’est-il passé à l’aube du 25 décembre dans la région d’Isidis Planitia, vaste plaine probablement alluviale proche de l’équateur de Mars? Pour l’heure, personne n’en sait rien.

En théorie, l’atterrissage de Beagle 2 était pourtant réglé comme du papier à musique.

Trajectoire parfaite

Six jours avant la date fatidique, le satellite Mars Express fonce à travers le vide à plus de 20’000 km/h. Il largue alors Beagle 2, sorte de petite soucoupe volante de 60 centimètres de diamètre.

A partir de là, l’atterrisseur doit absolument être sur une trajectoire parfaite. Beagle 2 ne peut rien faire d’autre que de tomber. Il n’a pas de moteur. Ni même de petites tuyères comme celles qui permettent aux satellites d’infléchir leur route de quelques fractions de degrés.

Mars Express, en revanche peut et doit modifier sa trajectoire. Pour larguer la sonde, le satellite a en effet dû se placer sur un angle qui le ferait s’écraser sur Mars. Depuis la Terre, on rallume donc son moteur pour le placer en orbite autour de la planète rouge.

Un ballon de basket géant…

25 décembre, 3 heures 47 du matin: Beagle 2 entre dans les premières couches de l’atmosphère martienne.

Même si celle-ci est ténue, le frottement des gaz sur la sonde qui tombe à la vitesse d’un météorite suffirait à la vaporiser si elle n’était pas munie d’un solide bouclier thermique.

Deux minutes plus tard s’ouvrent le premier, puis le second parachute. Leur effet, combiné à celui du freinage atmosphérique, a fait tomber la vitesse à moins de 60 km/h.

Beagle 2 vient de gonfler les trois airbags qui le recouvrent complètement. La sonde ressemble à un ballon de basket géant, qui rebondit plusieurs fois avant de s’immobiliser sur la surface désolée de la planète rouge.

Silence radio

A partir de là, Beagle 2 aurait dû déployer ses «pétales» et son antenne et envoyer un premier signal. En l’occurrence, une chanson composée pour la circonstance par le groupe pop britannique Blur.

Mais les communications avec Mars ne sont pas évidentes à établir. Pour transmettre son message, l’atterrisseur a deux possibilités.

Soit il l’envoie d’abord à un satellite orbitant autour de la planète, lequel retransmet à la Terre. Soit il attend le moment où la Terre est visible depuis son site d’atterrissage et il transmet directement.

Dans son ordinateur de bord, Beagle 2 dispose de tous les protocoles nécessaires pour établir ces communications aux heures et sur les fréquences idoines.

Et depuis, les techniciens au sol attendent…

Le satellite américain Mars Odyssey est déjà passé onze fois au-dessus d’Isidis Planitia, sans rien entendre. Et les grandes oreilles du radiotélescope de Jodrell Bank (Angleterre) n’ont pas davantage capté le moindre accord de guitare électrique. Pas plus que celles de Stanford, en Californie.

Mercredi, c’est Mars Express, le vaisseau-mère de Beagle 2 qui est passé à la verticale du petit robot. Mais celui-ce est resté muet. L’Agence spatiale européenne (ESA) ne veut pas pour autant conclure encore à l'échec. Elle attend beaucoup des passages des 12 et 14 janvier.

Manque de moyens?

«Ce n'est pas encore la fin de l'histoire, il reste des tentatives possibles, mais c'est un peu un pas en arrière et cela me rend très triste», a dit mercredi David Southwood, directeur scientifique de l'ESA.

Nicolas Thomas, professeur à l'Université de Berne et membre du team Beagle 2, estime à 5% les chances qui restent d'établir un contact avec le petit atterrisseur.

Si échec il y a eu, les causes peuvent en être multiples: un défaut d'un airbag qui aurait rendu trop rude le contact avec la surface de Mars, une impossibilité de déployer l'antenne ou les panneaux solaires, ou plus simplement une chute dans une crevasse.

«La mission américaine roule sur un budget de 870 millions d'euros, alors que nous avions entre 80 et 100 millions, soit dix fois moins», note Nicolas Thomas. L'ESA n'a pas pu tester de manière suffisamment poussée les différents scénarios d'atterrissage. Le risque d'échec était donc d'autant plus grand.

La NASA a retrouvé le moral

Pour l’instant en tous cas, la mission américaine Mars Exploration Rover ne connaît pas ce genre de problèmes.

Sitôt posé sur le sol de la planète, le robot-jeep Spirit a pu transmettre ses premières images. Et dès mercredi prochain, il entamera ses pérégrinations sur le sable martien, avec tout de même trois jours de retard, dûs à quelques problèmes techniques. Quant à son jumeau Opportunity, il est attendu sur Mars le 25 janvier.

Ce premier succès aura redonné le moral à l’agence spatiale américaine. Il y a quatre ans, la NASA avait perdu coup sur coup deux sondes martiennes. Depuis 1960 d’ailleurs, les deux tiers des missions martiennes ont échoué.

swissinfo, Marc-André Miserez

En bref

- La participation suisse à la mission européenne Mars Express – Beagle 2 est plus importante que pour d’autres missions de l’ESA.

- Space-X (Neuchâtel) fournit les trois caméras embarquées à bord du module d’atterrissage.

- Les images envoyées de Mars seront notamment analysées au Musée d’histoire naturelle de Berne.

- L’Institut de physique de l’Université de Berne a participé à la conception d’un détecteur de particules énergétiques neutres pour le satellite qui restera en orbite.

- Contraves (Zurich) a construit l’armature du même satellite.

- Apco Technologies (Vevey) fournit le container de transport du satellite, ainsi que les instruments de manipulation au sol.

- Pour la mission américaine Mars Exploration Rover, les moteurs qui animent les six roues de chacun des robots Spirit et Opportunity ont été fabriqués par Maxon motor AG.

- Cette firme d’Obwald avait déjà fourni les moteurs de Sojourner, le petit robot américain qui avait roulé quelques mètres à la surface de Mars en 1997.

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