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L'autoroute de toutes les découvertes archéologiques

Fragments de vase grec du Vème siècle av. J.-C. trouvés à Sévaz, dans le canton de Fribourg. (Service archéologique cantonal de Fribourg)

Officiellement inauguré jeudi, le dernier tronçon de l'A1 rapproche Genève de Berne. La construction de ces quelques kilomètres d'autoroute entre Yverdon et Payerne aura aussi permis de reconstituer le passé lointain de la Broye.

Ce tronçon de 26 kilomètres est joliment surnommé l'autoroute saute-collines. Plus que tout autre, il alterne ponts et tunnels. Quinze ouvrages d'art se succèdent d'Yverdon à Payerne. Ce qui a fait gonfler la facture à près de 60 millions le kilomètre.

L'ouvrage autoroutier a connu bien des embûches. Il a fallu changer de tracé, répondre aux oppositions (60 par km) et résoudre les problèmes topographiques. L'A1 s'achève finalement avec seize ans de retard sur le calendrier fixé au début des années 1960.

Cela dit, grâce à la construction de ce dernier chaînon manquant de l'autoroute A1 entre Genève à Sankt-Margrethen, les archéologues ont pu mettre à jour de véritables trésors remontant à des milliers d'années.

«Il y a 2500 ans, un forgeron vivait dans la région de la Broye, raconte François Guex, chef du service archéologique du canton de Fribourg. Cet artisan était certainement très respecté. Et il devait aimer les belles choses. Dans sa maison, on a en effet trouvé différentes céramiques grecques, de la région d'Athènes».

Ces céramiques ont été découvertes dans le cadre des recherches archéologiques menées le long du nouveau tronçon de l'autoroute A1, en territoire fribourgeois. Selon François Guex, cette découverte confirme que la côte sud du lac de Neuchâtel a été une zone de transit entre l'est et l'ouest.

«C'est peut-être seulement maintenant, avec la construction de l'A1, que la logique de la topographie est à nouveau respectée», note l'archéologue cantonal. La Broye redevient en effet le lieu de passage qu'elle a été jusqu'à l'époque romaine. Avant d'être délaissée, au profit des cols entre Berne et Fribourg.

Sur les huit kilomètres que l'A1 parcourt dans la Broye fribourgeoise, 2500 sondages ont été effectués dans un premier temps - des tranchées longues de 5 à 10 mètres, qui permettent aux archéologues de déterminer les zones dans lesquelles mener des recherches. En l'occurrence, une quarantaine de sites d'intérêt archéologique ont été localisés.

Les fouilles ont été coordonnées avec les ingénieurs responsables de la construction de l'A1. «Nous n'avons pas fait perdre de temps aux cantonniers, souligne François Guex. D'autre part, les ingénieurs nous ont laissé travailler plus longtemps chaque fois que c'était possible».

Les découvertes concernent surtout l'âge du bronze et celui du fer, mais également l'époque romaine. Souvent, d'ailleurs, un même site offre un voyage à travers plusieurs époques. Clara Augustoni, du service archéologique fribourgeois, cite l'exemple du site de Bussy, dans la région de Payerne. Là, les archéologues ont trouvé des repères allant de l'époque préhistorique jusqu'au Moyen-Age.

Les matériaux récoltés dans la Broye attendent maintenant d'être analysés. Le programme d'étude, financé par la Confédération, pourrait durer une dizaine d'années. Il permettra d'évaluer la signification des découvertes pour la préhistoire et l'histoire de la région.

Dans tous les cas, on peut déjà dire que la campagne de fouilles réalisée le long de l'A1 a donné de bons résultats. Aussi bien en territoire fribourgeois que vaudois, où les travaux ont été donnés à des entreprises privées d'archéologie.

En particulier, François Guex souligne le fait que cette recherche, très large, a permis de mettre en évidence «une trame d'implantation humaine» dans la région. Des interventions ponctuelles ne permettent pas d'avoir une telle vision d'ensemble. De plus, jusqu'à présent, l'âge du fer était plutôt connu grâce aux nécropoles.

Andrea Tognina

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