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L'EPFL accueille deux étoiles de la Silicon Valley

Thomas et Monika Henzinger: du soleil de Californie aux rives du Léman.

(epfl)

Ensemble, ils devraient attirer la crème des étudiants en informatique. Pour leur retour en Europe, Thomas et Monika Henzinger ont choisi l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Ils comptent parmi les meilleurs spécialistes mondiaux dans leurs disciplines. Rencontre avec Thomas Henzinger.

Sur votre ordinateur, tapez un ou plusieurs mots clés sur Google. Si le résultat s’affiche en quelques fractions de seconde, c’est un peu grâce à Monika Henzinger. A 38 ans, cette virtuose des algorithmes née en Allemagne est reconnue comme l’une des 25 meilleurs spécialistes féminines d’Internet au monde.

Monika Henzinger dirige le département de la recherche du fameux moteur de recherche. Elle ne commencera à enseigner à l’EPFL que le 1er octobre et son contrat avec Google lui interdit pour l’instant de donner des interviews.

Thomas, son mari, a par contre déjà pris ses quartiers sur le campus d’Ecublens. Sa spécialité est moins visible, mais non moins importante. Né en Autriche il y a 42 ans, Thomas Henzinger est une pointure mondiale dans les domaines de l’informatique embarquée et des logiciels hybrides.

Aujourd’hui, 90% des microprocesseurs qui tournent dans le monde vibrent ailleurs qu’au cœur d’un ordinateur. Du four à micro-ondes au système de freinage d’une voiture, en passant par le téléphone portable, les puces sont partout.

Les recherches de Thomas Henzinger portent sur la sécurité de ce type de systèmes, qui doivent souvent faire cohabiter deux mondes fort différents: l’analogique et le digital.

C’est avant tout pour des raisons familiales que le couple a choisi de rentrer en Europe. De leur maison de Corseaux, sur la Riviera vaudoise, les Henzinger pourront envoyer leur fille Alexandra (6 ans), puis plus tard sa sœur Christina (2 ans), dans une école de Vevey où les cours se donnent en anglais le matin et en français l’après-midi.

Depuis peu, Thomas Henzinger rallie donc tous les matins le campus de l’EPFL, en transports publics. Rencontre avec un homme jovial et plutôt timide, qui, pour l'instant en tous cas, n'échangerait pas ses 45 minutes de marche, de train et de tram contre 30 minutes de voiture.

swissinfo: Pourquoi avoir choisi la Suisse, et plus particulièrement l’EPFL, alors que vous aviez aussi une offre de l’Ecole polytechnique de Zurich?

Thomas Henzinger: Nous avons vécu longtemps aux Etats-Unis, mais nous sommes tous deux européens. Depuis quelques temps, nous voulions rentrer et cela s’est su. C’est Willy Zwaenepoele, le nouveau doyen de la Faculté informatique et communications, qui est venu nous chercher.

Quant à Zurich, il est vrai qu’on y parle allemand, notre langue maternelle. Mais cela ne joue aucun rôle. Notre langue de travail est de toute façon l’anglais. Et puis, c’est une bonne occasion d’apprendre le français.

En fait, nous avons tenu compte de plusieurs critères. Le plus important est peut-être la philosophie de l’EPFL. Cette Ecole a introduit récemment le «tenure track» (nomination facilitée pour les nouveaux professeurs) ou l’enseignement en anglais. Et ceci me semble aller dans la bonne direction.

swissinfo: Vu d’ici, on a peine à comprendre que l’on puisse renoncer à vivre en Californie pour venir en Suisse…

T. H.: Là aussi, nous avons pris en considération plusieurs critères. Ainsi, nous voulions que nos filles grandissent en Europe et qu’elles voient leurs grands-parents plus qu’une fois par année. L’aînée a 6 ans et c’est le dernier moment pour lui faire commencer l’école ici.

Aux Etats-Unis, les écoles publiques ne sont vraiment pas au niveau que l’on pourrait attendre. La plupart des gens qui en ont les moyens envoient leurs enfants dans des écoles privées. Et ce n’est pas sain.

A part ça, j’ai adoré la Californie. Je ne me risquerais pas à dire que c’est mieux ici ou là-bas, mais c’est une vie très différente. Et puis, c’est intéressant en soit d’avoir ce luxe de vivre en différents endroits aux différentes époques de sa vie.

swissinfo: La plupart des gens qui travaillent à la Silicon Valley sont décrits comme des drogués du travail. Vous confirmez?

T. H.: Il y a du vrai là-dedans. L’attitude par rapport au travail est vraiment différente de ce que l’on rencontre ici.

Mais finalement, s’ils sont accros, c’est parce qu’ils aiment ça, qu’ils trouvent leur job excitant, pas parce qu’on les force à le faire.

Pour pas mal de gens, surtout dans les disciplines scientifiques, on distingue moins entre travail et temps libre qu’ici. On est scotché en permanence à son travail.

swissinfo: Thomas et Monika Henzinger sont-ils aussi des drogués du travail?

T. H.: Certainement, quel que soit le sens que l’on donne à ce mot… Et finalement, c’est comme ça que nous avons réussi aux Etats-Unis. C’est un environnement très compétitif. A l’université ou dans l’industrie, vous devez sans cesse faire vos preuves.

Mais encore une fois, je l’ai fait et je suis sûr que ma femme l’a fait parce que nous y trouvons du plaisir. Et nous continuerons à le faire ici. J’aime mon travail, et j’aime mon métier.

swissinfo: Après le «brain drain», la fuite des cerveaux vers les USA, voici un mouvement inverse, le «brain gain»... Pensez-vous que les Américains puissent un jour perdre leur leadership dans le domaine de la recherche?

T. H.: Ce n’est pas à moi de spéculer là-dessus, mais bien sûr, j’adorerais voir le reste du monde, et l’Europe en particulier, devenir plus compétitif.

Une des raisons de la formidable puissance scientifique des Américains en ce moment, c’est qu’ils savent attirer les étudiants les plus brillants. Et si vous voulez régater dans ce domaine, il faut une réelle volonté et des moyens.

En plus, ces jeunes gens ne vont pas là-bas seulement pour étudier. Beaucoup d’entre eux y restent et apportent beaucoup au pays.

Lorsque certains milieux aux Etats-Unis veulent restreindre l’immigration, ils oublient trop souvent le nombre d’étrangers de très haut niveau attirés par ce pays. Et que ce sont ceux-là qui conduisent une grande partie de l’économie américaine, surtout dans les domaines technologiques.

swissinfo: Vous parlez d’abord des étudiants. Pour vous, ce sont eux, et non les professeurs, qui font la recherche?

T. H.: C’est un fait. Encore une fois, les Hautes Ecoles américaines sont sans rivales. Que cela plaise ou non, je crois que tout le monde sera d’accord. Et leur force, ce sont leurs étudiants.

Lorsque vous réunissez les meilleurs talents du monde entier, cela crée une atmosphère très excitante, pleine d’étincelles de créativité. A la limite, cela fonctionnerait même sans professeurs.

C’est comme ça que les choses se passent, que des idées nouvelles naissent et se développent. Le rôle du professeur, c’est de nourrir cet environnement, de rendre les choses possibles.

swissinfo: Mais ce sont tout de même les professeurs qui attirent les étudiants. Votre présence et celle de votre femme à l’EPFL devrait donc permettre de réunir la crème de ces jeunes talents?

T. H.: En tous les cas, c’est ce que l’on espère.

swissinfo: Pensez-vous qu’un petit pays comme la Suisse réunit les conditions nécessaires pour avoir des Hautes Ecoles de classe mondiale?

T. H.: Je pense que vous les avez déjà. Réellement, si l’on compare avec la majorité des pays d’Europe, les EPF de Zurich et de Lausanne sont des écoles de très haut niveau. Et il y a certainement bien assez d’argent ici pour faire quelque chose. C’est aussi pour ça que nous avons décidé de venir.

swissinfo: Contrairement à votre épouse, vous ne semblez pas être orienté vers le business. Mais la présence du couple Henzinger pourrait-elle donner naissance à une nouvelle «success story» comme celle de Logitech, née sur le campus de l’EPFL?

T. H.: En tant qu’universitaire venant des Etats-Unis, on est automatiquement proche des milieux industriels. Et dans mon domaine de recherche, il y a certainement des possibilités de développement commercial.

Mais personnellement, je dirais que mon cœur penche surtout vers l’enseignement et la recherche.

Interview swissinfo, Marc-André Miserez

En bref

- Monika Henzinger est née en 1966 à Weiden, en Allemagne.
- Etudes à l’Université de la Sarre, puis doctorat à Princeton.
- 1993-95, professeure assistante à l’Université de Cornell.
- 1996-99, centre de recherche de Digital (devenu Compaq), à Palo Alto, Californie.
- 1999, directrice de la recherche de Google.
- Plusieurs récompenses académiques, dont le «Career Award», du Fonds national de la science américain.
- Auteure de plus de 30 publications et d’autant de contributions pour des conférences internationales.
- Co-détentrice de 13 brevets.

- Thomas Henzinger est né en 1962 à Linz, en Autriche
- Etudes à Linz, à Delaware et doctorat à Princeton.
- 1992-96, professeur assistant à Cornell.
- 1997-98, professeur associé, puis professeur ordinaire à l’Université de Californie à Berkeley.
- Chercheur principal dans plus de 25 projets scientifiques.
- Plusieurs récompenses académiques, dont le «National science foundation career award» et le Prix George Forsythe de Stanford.
- Auteur de plus 100 articles, 25 publications, 4 livres et 3 numéros spéciaux de revues scientifiques.
- Membre du comité de plus de 50 conférences internationales.

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