La guerre du coltane fait rage au Congo

Reuters

Dans le Kivu, à l'Est de la République démocratique du Congo, la guerre a repris, avec son cortège d'atrocités et de personnes déplacées. Enjeu: le contrôle des fabuleuses réserves de coltane, un minerai très convoité que se disputent toutes les grandes puissances industrielles.

Ce contenu a été publié le 18 novembre 2008 - 07:59

Le drame de la République démocratique du Congo, l'ex-Zaïre, c'est la richesse de son sous-sol qui regorge de minerais stratégiques – cuivre, cobalt, or, diamants, uranium, coltane, cassitérite – qui attisent les convoitises de l'ensemble des puissances industrielles, Chine comprise.

La mainmise sur le coltane tout particulièrement, dont les mines à ciel ouvert se trouvent dans la province du Kivu, est au cœur du conflit qui déchire à nouveau cette région.

Téléphones mobiles

Ce minerai, une fois raffiné, produit en effet du tantale métallique, largement utilisé dans les technologies de pointe, notamment dans la fabrication de téléphones mobiles, de consoles de jeu, d'ordinateurs portables ou encore de réacteurs nucléaires.

Les affrontements qui jettent à nouveau des milliers de personnes sur les routes, tentant d'échapper aux violences, aux pillages, aux viols par milliers, sont un sinistre remake de scènes qu'a déjà connues cette région à de multiples reprises.

Depuis la fin de la guerre la plus meurtrière de l'époque contemporaine - qui avait duré de 1998 à 2003 et coûté la vie à plusieurs millions de personnes - des tensions importantes ont en effet persisté dans les régions minières de la République démocratique du Congo (RDC): au Nord et au Sud Kivu qui à nouveau s'embrasent, mais aussi au Katanga où l'on trouve du cobalt, de l'or, de l'argent, du cuivre à profusion et dans le Kasaï, qui regorge de diamants.

Intérêts chinois

Les troupes de l'homme fort de la rébellion Laurent Nkunda, qui met aujourd'hui le Kivu à feu et à sang, sont déployées dans les zones où sont concentrées les mines de coltane. Laurent Nkunda qui rencontrait dimanche l'envoyé spécial des Nations unies, l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, est un Congolais tutsi, proche du président rwandais Paul Kagamé, qui lui apporte un appui sans faille.

On le retrouve mêlé à tous les combats téléguidés par le Rwanda depuis des années dans cette région, pour, officiellement, neutraliser les «génocidaires» hutus réfugiés dans l'Est de la République démocratique du Congo. Mais officieusement, pour faire main basse sur les richesses minières de la province du Kivu, pour le compte de businessmen rwandais, eux-mêmes en affaires étroites avec de nombreuses compagnies occidentales.

Certains observateurs établissent d'ailleurs un lien entre la reprise des combats par le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda et la récente signature d'un contrat minier entre la Chine et la RDC, autorisant les entreprises chinoises à exploiter des mines de cuivre, de cobalt, d'or et de coltane.

Et ce en échange de la construction de routes, de voies ferrées, de logements sociaux, des infrastructures dont l'ex-Zaïre est si dramatiquement dépourvu. Le 30 octobre dernier, Laurent Nkunda ne s'est en tout cas pas gêné pour critiquer publiquement la conclusion de ce contrat avec la Chine portant sur quelque 9 milliards de dollars, confirmant ainsi qu'il «roulerait» plutôt pour des sociétés occidentales.

Multinationales épinglées

Le rôle joué par les multinationales dans la perpétuation des conflits qui ravagent la RDC depuis des années a d'ailleurs fait l'objet d'un rapport accablant de la part des Nations Unies, qui n'avaient pas hésité à publier le nom d'une centaine d'entre elles, impliquées dans l'extraction et la commercialisation de minerais stratégiques, exploités dans des régions en guerre.

Des informations confirmées par l'IPIS (International Peace Information Service) qui a enquêté sur les activités illégales menées dans l'Est du Congo par des firmes épinglées dans le rapport de l'ONU, parmi lesquelles des sociétés anglo-saxones, belges, allemandes, néerlandaise et suisses.

Pour brouiller les pistes, ces sociétés poursuivraient désormais leurs activités dans cette région «masquées et au travers de sociétés écrans» selon le chercheur congolais Jean-Paul Mopo Kobanda de l'Université de Paris 1, qui décrit dans son ouvrage intitulé «Les crimes économiques dans les Grands Lacs africains» les montants faramineux générés par le trafic du coltane congolais.

Et ce dans un contexte qui semble parfaitement convenir à l'ensemble des belligérants ainsi qu'à leurs commanditaires, le seul perdant de ce fabuleux busines étant comme toujours la population congolaise.

swissinfo, Catherine Morand

Journaliste
spécialiste de l'Afrique

Journaliste suisse, Catherine Morand a travaillé durant de nombreuses années en tant que correspondante en Afrique pour plusieurs quotidiens suisses. Elle était basée à Abidjan en Côte d'Ivoire. Elle est actuellement responsable médias à Swissaid.

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Une sale guerre

Les rebelles de Laurent Nkunda, général déchu congolais tutsi, et chef du «Congrès national pour la défense du peuple» (CNDP)sont actifs depuis plusieurs années dans l'est de la RDC, frontalier du Rwanda.

Nkunda s'est autoproclamé défenseur de la minorité tutsie contre d'anciens miliciens hutus rwandais ayant participé au génocide de 1994 de l'autre côté de la frontière.

Depuis fin août 2008, des combats d'une grande intensité ont repris entre armée régulière et CNDP, en violation d'un cessez-le-feu conclu en janvier. Ceux-ci ont déjà fait des milliers de morts et environ 250'000 déplacés, selon les estimations de l'ONU.

Les ONG présentes sur place décrivent une catastrophe humanitaire, avec des foules de réfugiés en situation précaire, livrées à la violence, aux pillages et aux viols commis par toutes les factions, y compris l'armée gouvernementale.

Dimanche 16 novembre, une rencontre a eu lieu entre Laurent Nkunda et l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, envoyé de l'ONU, à l'issue de laquelle le chef rebelle a affirmé vouloir négocier un cessez-le-feu directement avec Kinshasa.

Le gouvernement congolais a refusé dans l'immédiat de commenter ces déclarations, expliquant, par la voix de son porte-parole «attendre le rapport» d'Olusegun Obasanjo avant de se prononcer.

Les rebelles ont infligé ces dernières semaines d'humiliantes défaites à l'armée: ils sont positionnés depuis fin octobre à une quinzaine de kilomètres de Goma et depuis quelques jours à une vingtaine de kilomètres de Kanyabayonga (100 km plus au nord), un verrou stratégique pour accéder dans la partie nord du Nord-Kivu.

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swissinfo.ch

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