La riche histoire de Bâle enfouie dans le sol

Fouilles sous le Stadtcasino de Bâle. zvg

L’histoire des villes se dévoile par couche: dans les grandes villes de Suisse, les archéologues examinent chaque nouveau projet de construction. Les scientifiques sont également sollicités dès la découverte de vestiges historiques. Rien qu’à Bâle, ils ont déjà mené plus de 3000 fouilles. Coup de projecteur sur une cité exemplaire en la matière.

Ce contenu a été publié le 08 août 2020 - 09:00
Jakob Schönhagen

Guido Lassau dispose d’un lieu de travail captivant. Cet archéologue de 57 ans dirige l’office cantonal de la recherche archéologique sur les sols à Bâle. «Il existe d’autres paradis archéologiques, mais Bâle est particulièrement stimulante», commente celui qui travaille dans le nord de la Suisse depuis 2002. «La vieille ville figure parmi les sites d’importance nationale.»

Ce qui, dans d’autres communes, est perçu comme une cause de retard dans la construction n’a rien d’étonnant dans la cité rhénane. «Nous disposons aujourd’hui de plus de 3000 trouvailles individuelles», explique Guido Lassau. « Mais les retards dans les projets de construction sont exceptionnels, grâce au bon état des dossiers». En effet, lorsque les Bâlois ont redessiné leur ville au XIXe siècle, ils ont réalisé des copies détaillées des anciens plans. À cela s’ajoutent les sources historiques particulièrement denses du siège épiscopal médiéval.

Un sous-sol bien documenté

Sur cette base, Bâle a créé très tôt une vaste base de données. «La recherche archéologique sur les sols a commencé en 1962, poursuit Guido Lassau. Nous pouvons anticiper de manière relativement précise les endroits où des projets de construction peuvent entrer en conflit avec d’éventuels sites archéologiques.»

Claudius Sieber-Lehmann est chargé de cours d’histoire médiévale à l’Université de Bâle. Il sait combien la recherche archéologique est importante: « Elle nous aide, nous les historiens, lorsque d’autres sources sont en mauvais état. Les recherches génétiques et les innovations techniques rendent possibles des découvertes entièrement nouvelles.»

Fouilles devant la cathédrale de Bâle zvg

Par exemple, les fouilles des anciennes casernes de la ville et les examens ultérieurs des squelettes exhumés en 2019 ont permis de confirmer un fait qui résonne particulièrement aujourd’hui: lorsque la Grande Armée de Napoléon a campé à Bâle sur le chemin du retour, au printemps 1814, elle a apporté le typhus. Plus de 30’000 soldats étaient alors cantonnés dans la cité, et plusieurs milliers d’entre eux ont succombé à la fièvre. L’épidémie s’est propagée aux habitants de la ville et a tué 5%cinq pour cent de la population.

En 1814, Bâle fut frappée par une épidémie de typhus. Les nombreux morts furent enterrés dans des fosses communes. zvg

Ces découvertes permettent aux historiens de brosser un tableau relativement complet de l’histoire de la ville. Les premiers établissements sur les rives du Rhin remontent aux Celtes, au IIe siècle avant Jésus-Christ. Un peu plus tard, les Romains ont fondé une colonie sur le site de la ville actuelle. Le nom de Basilia apparaît pour la première fois à l’occasion d’un séjour de l’empereur Valentinien 1er en 374 après J.-C.

Quand Bâle était la plus grande ville suisse

Au VIIIe siècle, Bâle est devenue un siège épiscopal et, à la même époque, la première cathédrale a été construite, suivie de près par les premiers remparts. « Grâce à ces fondations, Bâle a été la plus grande ville de Suisse pendant plusieurs siècles », explique l’historien Claudius Sieber-Lehmann. La première université de Suisse a ouvert ses portes ici en 1460. L’importance de Bâle s’est accrue en tant que plaque tournante du commerce et, plus tard, en tant que centre d’impression. En 1501, la ville a rejoint la Confédération suisse.

« Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Bâle a alors connu le classique décollage de l’industrialisation», poursuit Claudius Sieber-Lehmann. En très peu de temps, la population a doublé. Au début du XXe siècle, les industries pharmaceutiques et financières s’y sont installées. Après la Seconde Guerre mondiale, ces deux branches ont favorisé l’essor économique de la ville.

Là où la population et l’économie sont en plein essor, la construction bat son plein. Guido Lassau et son équipe sont donc régulièrement sollicités. Chaque projet de construction et chaque nouvelle fouille permettent d’accroître la connaissance de l’histoire de la cité. D’une certaine façon, c’est un cycle éternel qui révèle les sédiments du double fond de la ville, couche après couche.

À Riehen, les spécialistes n’ont commencé qu’en avril à examiner une surface de 10’000 mètres carrés. Certaines découvertes datent de l’âge du bronze. « Sur le plan archéologique, Bâle est donc l’une des villes les mieux étudiées de Suisse », déclare le responsable de la recherche sur les sols, non sans fierté. Assurément, le lieu de travail de Guido Lassau est tout sauf ennuyeux.


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