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La société civile africaine est aussi présente à Cancún

Sena Alouka, un spécialiste du développement durable

(swissinfo.ch)

Accord ou pas au Mexique, le changement climatique est une réalité en Afrique et la société civile n’a pas attendu pour prendre les choses en mains. A l’image de l’ONG Jeunes volontaires pour l’environnement, dont le directeur Sena Alouka répond aux questions de swissinfo.ch.

Spécialiste du développement durable, Sena Alouka dirige l’une des nombreuses organisations observatrices de la négociation en cours dans le cadre onusien.

swissinfo.ch:Qu’implique le changement climatique pour l’Afrique?

Sena Alouka: Beaucoup de chose! Un proverbe chez moi dit que quand le tambour change, il faut que la danse change. Aujourd’hui, le tam-tam a changé depuis longtemps. Et les Africains n’attendent pas ces réunions – Copenhague, Cancún, Potsdam. L’adaptation est déjà en cours en Afrique. Car pour nous, le changement climatique n’est pas une question de justice, mais de survie. 

Au Togo par exemple, le problème de la forêt n’est pas que les gens ne veulent pas protéger l’environnement. C’est qu’ils n’ont pas d’autre choix que de l’exploiter. On a besoin du charbon de bois pour cuire le manioc, pour cuire le riz. On n’a pas d’autre option que couper l’arbre sur lequel on est assis.

Aujourd’hui, nos paysans sont complètement perdus. Nos systèmes agricoles traditionnels sont basés sur la pluie et le nom des mois. Mars est le temps du semis, juin est le temps de la récolte, novembre celui de se cacher dans la chambre à cause du froid. Les paysans ne peuvent plus se baser sur ce système pour planter et récolter. D’où un risque pour la sécurité alimentaire.

Le changement climatique en Afrique est donc une question de survie. Ceci dit, un accord dans les négociations climatiques ne risque pas d’arriver demain. Et même si nous obtenons un magnifique accord, légalement contraignant, que tout le monde applaudit, ça ne règle pas le problème du paysan de mon village. Pas encore. Tout un tas de processus restent à imaginer et à mettre en place, qui reviennent aux Etats africains eux-mêmes.

swissinfo.ch: Pourquoi alors être présents à Cancún?

S.A.: Un autre adage dit que quand on partage la terre du village, si tu n’es pas là, il ne faut venir te plaindre ensuite. Actuellement, on est en train de décider de ce qui va se passer dans dix ou quinze ans. Le présent de l’Afrique a été décidé à la conférence de Berlin, il a été décidé par Mitterrand, par Chirac, par Reagan. On doit aujourd’hui décider à quoi l’Afrique doit ressembler dans quinze-vingt ans. Alors il faut qu’on soit là.

Les négociations avancent, reculent, progressent peu. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, c’est que la démocratie est également en marche. Nous sommes sur un terrain de foot où il n’y a pas de petit pays.

Même si on n’a pas voix au chapitre [en tant qu’ONG présente en marge des négociations], on est là, on écoute, et ils savent qu’on est là. Il est important qu’on soit là pour, de temps en temps, crier, faire retentir notre voix. Etre les porte-parole des sans-voix.

swissinfo.ch: Vous dirigez l’ONG Jeunes volontaires pour l’environnement, que faites-vous concrètement sur le terrain?

S.A.: L’association ambitionne de devenir une petite Greenpeace Afrique, une petite Oxfam Afrique. On se dit que nous pouvons nous-mêmes en Afrique développer une association qui dépasse les frontières et aille à travers la monde. Objectif: s’assurer que les jeunes comprennent et participent au débat lié au développement durable.

Nos activités sont essentiellement basées sur le volontariat. Nous utilisons surtout l’éducation. Nous avons des émissions radio, des émissions télé, un programme appelé Ecologie et conscience par lequel nous allons dans les établissements former des jeunes Africains afin qu’ils puissent adopter des attitudes éco-responsables.

Nous travaillons aussi avec les communautés, pour nous assurer que, même si le Togo, le Bénin, le Burkina ne sont pas des pays réellement émetteurs, nous puissions nous engager sur une voie qui soit sobre en carbone.

Nous avons aussi des projets de reboisement, d’appui aux femmes pour fabriquer le foyer amélioré, la cuisson solaire, et des projets d’appui aux communautés victimes d’injustices sociales.

swissinfo.ch: Quelles difficultés particulières rencontrez-vous dans votre action?

S.A.: Aujourd’hui, beaucoup en Afrique considèrent que l’environnement est imposé aux pays du sud pour ralentir le développement. Avec l’histoire de la colonisation, avec le néo-colonialisme, on comprend que les gens puissent avoir ce genre de sentiment. Mais nous savons que ce n’est pas le cas.

Autre difficulté: trouver des partenaires pour financer des projets environnementaux, car il est difficile de dissocier environnement et développement, sachant que l’environnement se retrouve à tous les niveaux.

Sur le plan du management, les ONG en Afrique et dans les pays en développement rencontrent aussi des problèmes de ressources humaines, d’accès à l’information et de ressources financières, que nous n’arrivons pas assez à mobiliser ni à utiliser dans la durée.

swissinfo.ch: Au-delà du volontariat, de la recherche de fonds en Afrique, du soutien de banques togolaises, vous êtes notamment appuyés par des Norvégiens et des Allemands. De l’argent vient-il aussi de Suisse?

S.A.: De la part du gouvernement suisse, non. Mais Jeunes volontaires pour l’environnement dispose de deux branches à l’extérieur, dont une en Suisse. Nous travaillons avec une association d’étudiants pour promouvoir sur le terrain la méthode SODIS de pasteurisation de l’eau.

Vous mettez de l’eau dans une bouteille plastique (PET), exposée six heures au soleil, l’eau devient potable, tant qu’elle ne contient pas de produits chimiques.

Il est bien de le rappeler, cette méthode a été développée en Suisse par des chercheurs de l’Eawag [Institut de Recherche de l'Eau du Domaine des EPF – Ecoles polytechniques fédérales]. Donc même si l’Etat ne nous envoie pas directement l’argent, nous profitons énormément de la technologie et de l’expertise suisse.

Sodis pour désinfecter

Méthode. Développée à partir des années nonante par l’Eawag, la méthode SODIS (Solar Water Desinfection) est utilisée par 4,3 millions de personnes dans quelque trente pays.

Morts. Mais 900'000 personnes sur la planète sont encore sans accès à l’eau potable. Chaque jour, plus de 4000 enfants meurent des suites des maladies diarrhéiques.

Simple. Diffusée à partir de Dübendorf, en Suisse, SODIS est un procédé simple de désinfection solaire de l’eau à boire. Versée dans des bouteilles en PET incolores ou en verre, l’eau contaminée est exposée au soleil pendant six heures.

Les rayons UV détruisent les germes infectieux (virus, bactéries, parasites) responsables des maladies diarrhéiques.

Valable. Plusieurs études scientifiques ont montré la validité de ce procédé recommandé par l’OMS et l’Unicef notamment.

Source: sodis.ch

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Une association africaine

JVE. Née en 2000 dans un petit village du Togo, Jeunes volontaires pour l’environnement  (JVE) est basée à Lomé.

Volontaires. L’association est active dans dix-sept pays africains et regroupe entre quatre et cinq mille jeunes africains volontaires.

Ecologie. JVE se présente comme le plus grand mouvement écologique de la jeunesse africaine.

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Cancún, swissinfo.ch


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