Le PDC se découvre une passion pour le service public

Adalbert Durrer, ancien président du PDC, a expliqué que son parti était devenu plus prudent. Keystone

Le Parti démocrate chrétien (PDC) s'est engagé mercredi à défendre le service public. Pour cela, il a notamment changé son point de vue sur la libéralisation de Swisscom. Face à cette volte-face, les autres partis gouvernementaux restent perplexes.

Ce contenu a été publié le 11 juillet 2001 - 18:03

Le PDC a présenté à la presse un document de quinze pages intitulé «les services de base dont la Suisse a besoin - le service public crée la cohésion». Rédigé par un groupe de travail interne, ce papier constitue un véritable plaidoyer en faveur du service public.

Selon le PDC, le service public doit remplir trois critères essentiels. Le service universel doit être garanti à chacun et sur l'ensemble du territoire, il doit être de qualité et, enfin, à la portée de toutes les bourses.

Les démocrates-chrétiens changent leur fusil d'épaule

Les experts démocrates-chrétiens se sont penchés sur six domaines de prestations qui recouvrent pratiquement l'ensemble du service public (postes, téléphones, marché de l'électricité, transports, culture et approvisionnement en produits alimentaires).

Ce souci de défense du service public constitue une sorte de revirement pour le PDC. L'exemple le plus frappant en est la libéralisation de Swisscom.

Lors de la procédure de consultation, le PDC s'était déclaré en faveur d'une telle libéralisation. Aujourd'hui, il change son fusil d'épaule.

Le parti veut que la Confédération garde la majorité des parts dans l'entreprise de téléphonie. Il milite également pour que Swisscom conserve son monopole pour le dernier kilomètre, cette connexion qui relie l'utilisateur à son opérateur.

Ce revirement s'explique par le fait que le PDC est entre temps devenu plus prudent face aux libéralisations, a expliqué l'ancien président du parti Adalbert Durrer. «L'exemple de Swissair, avec sa politique d'achat à l'étranger, n'est pas étranger à ce revirement», a renchéri le conseiller aux Etats valaisan Simon Epinay.

La peur des privatisations

Jusqu'à présent, la défense du service public était l'apanage de la gauche. Le changement de stratégique au PDC satisfait donc Jean-Philippe Jeannerat. Le porte-parole du Parti socialiste (PS) estime que le PDC a réalisé que les privatisations et la libéralisation suscitent de grandes peurs parmi les citoyens et que les démocrates-chrétiens apportent ainsi une réponse à leur électorat.

Jean-Philippe Jeannerat ne s'étonne pas outre mesure de ce revirement: «le PDC est un parti centriste qui s'adapte selon l'évolution des grands enjeux politiques». Un sens de l'adaptation qui peut d'ailleurs aussi le conduire très à droite, comme l'a montré ses thèses en matière de politique familiale.

Les deux autres grands partis de droite, l'Union démocratique du centre (UDC) et le Parti radical (PRD), ne se réjouissent en revanche pas du revirement du PDC. «Dans le cas de Swisscom, le PDC est inconséquent et ce n'est pas favorable pour l'économie», déplore Barbara Perriard, chef de presse du PRD.

Reste que les partis gouvernementaux, à gauche comme à droite, restent perplexes quant à la pérennité de l'engagement des démocrates-chrétiens en faveur du service public.

«A long terme, il est véritablement difficile de dire où va le PDC», estime Jean-Philippe Jeannerat. Et pour Barbara Perriard, «le PDC peine à garder une ligne».

L'occasion de se profiler au centre

Depuis quelques mois, les démocrates-chrétiens déclarent à qui veut l'entendre que la pression constante de l'UDC sur la classe politique pousse les socialistes toujours plus à gauche et les radicaux toujours plus à droite.

Pour le conseiller national genevois Jean-Philippe Maitre notamment, ce serait pour le PDC une occasion unique de se profiler au centre.

Peut-être, mais l'arme est à double tranchant. Avec la soudaine conversion du PDC à la défense du service public, les autres partis gouvernementaux risquent d'avoir de plus en plus l'impression d'avoir affaire à une girouette qui ne se dirige qu'au gré du vent.

Olivier Pauchard, Palais fédéral

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article