Le plan Paulson accueilli avec scepticisme

Après le oui de la Chambre des représentants, George Bush et Henry Paulson peuvent se montrer soulagés. Keystone

La Chambre des représentants a approuvé le plan de sauvetage historique du secteur financier américain devisé à plus de 700 milliards de dollars. C'est récompenser la mauvaise gestion et retarder la consolidation du secteur, estiment plusieurs économistes suisses.

Ce contenu a été publié le 04 octobre 2008 - 15:53

Adoptée par 263 voix contre 171 vendredi soir, la «Loi de stabilisation économique d'urgence 2008» donne au Trésor américain des moyens historiques pour intervenir dans le secteur financier.

En Suisse, plusieurs économistes se prononcent dans la presse pour exprimer leur scepticisme face à ce coup de pouce financier de l'Etat. Ils mettent en garde contre les risques et les effets secondaires que pourrait engendrer le plan Paulson.

«Je crains que ce plan de sauvetage ne retarde la consolidation du secteur plutôt qu'il ne la favorise», écrit ainsi Yvan Lengwiler, professeur d'économie à l'Université de Bâle dans une contribution parue samedi dans le journal zurichois Neue Zürcher Zeitung(NZZ).

Avec ce plan, l'Etat décharge en effet les banques de risques qu'elles ont pris inconsidérément. «Le signe qui est ainsi donné est fatal», critique-t-il en soulignant que cette intervention étatique pourrait donner des idées à la branche si elle venait à se retrouver à nouveau dans une situation difficile.

Pour Yvan Lengwiler, le plan de sauvetage du secteur financier américain est d'autant plus difficile à avaler qu'il a été élaboré par le ministre américain des finances Henry Paulson, un ancien de la banque d'investissement, qui aujourd'hui «se bat pour qu'une part importante de l'argent du contribuable soit engagée afin de décharger les banques de risques qu'elles ont sous-estimés.»

Effondrement du capitalisme

Directeur de l'Institut de recherches HWWI de Hambourg, le Suisse Thomas Straubhaar estime qu'il s'agit d'un «effondrement du système capitaliste tel qu'il ne devrait jamais s'en produire». Pointant du doigt la cupidité des acteurs à l'origine de la débâcle, il souligne que les récompenser n'est pas un bon signal.

«Le fait que ce paquet de sauvetage de 700 milliards ait vu le jour aux Etats-Unis, patrie mère du capitalisme, est un présage qu'il ne faut pas sous-estimer», ajoute l'économiste suisse dans le journal bernois Berner Zeitung.

Mais il met aussi en garde contre les fausses solutions: montées des taux puis chutes, gains et pertes, succès et déboires sont selon lui des «conditions nécessaires pour que l'homme progresse et que le bien-être augmente». D'autant que «tout système qui se fonde sur la liberté et la responsabilité individuelle est supérieur aux autres». Et d'ajouter que «l'histoire l'a déjà montré à plusieurs reprises».

Sauver la confiance

Reste à savoir si les 700 milliards de dollars injectés seront suffisants pour stabiliser le système. Et si cette crise n'en annonce pas d'autres. «Au-delà de la sphère du crédit hypothécaire, les secteurs susceptibles de générer une crise sont nombreux, celui par exemple du leasing automobile», avertit Yvan Lengwiler.

Interviewé par la radio suisse alémanique DRS, Beat Bernet, directeur de l'Institut suisse d'études bancaires et financières de l'Université de St-Gall, souligne lui que le paquet de 700 milliards de dollars ne représente «qu'un simple approvisionnement destiné à éviter l'écroulement de la confiance des investisseurs».

Une opinion partagée par Bernd Schips, ex-directeur du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Dans les colonnes du St-Galler Tagblatt, il demande au Conseil fédéral (gouvernement), à la Banque nationale et à la Commission fédérale des banques de rendre publiques les modalités destinées à assurer la sécurité du système bancaire suisse au cas où la situation empirerait.

«Observer sans rien faire ne contribue pas à restaurer la confiance dans le système financier», avertit Bernd Schips. Pour lui, les autorités devraient au contraire exposer quelles sont les mesures concrètes et les règles qu'elles prévoient d'adopter afin éviter les risques inhérents à des crises de ce type.

Le président d'UBS satisfait

De son côté, le président d'UBS Peter Kurer relève samedi dans le tabloïd alémanique Blick que le plan Paulson est une intervention «utile» et «raisonnable». «Parce qu'il s'agit d'une crise exceptionnelle, globale, l'Etat peut intervenir pour éviter un effondrement complet du système», relève-t-il. A ses yeux toutefois, il ne peut que s'agir d'une intervention temporaire.

Et d'ajouter qu'UBS, qui a annoncé vendredi 2000 suppressions d'emplois supplémentaires dans sa banque d'affaires, a un «intérêt direct» à ce plan, notamment par le biais de la banque d'affaires.

La première banque helvétique, qui est l'un des établissements les plus touchés au monde par la crise des crédits immobiliers riqués avec 42,5 milliards de dollars de dépréciations d'actifs, n'est toutefois pas encore certaine de pouvoir profiter de ce plan de relance. Elle manque pour l'instant de détails sur les modalités de participation, souligne Peter Kurer.

swissinfo et les agences

Plan Paulson

Les 451 pages du plan Paulson, qui n'en comptait que trois à l'origine, ont été adoptées quatre jours après le vote négatif de la Chambre des représentants sur sa première mouture.

Ce premier refus avait entraîné un plongeon record de 778 points de l'indice Dow Jones à Wall Street.

Les dirigeants du Congrès et les représentants de l'administration ont ensuite passé le reste de la semaine à remettre le projet à flot.

Les négociateurs du Congrès ont obtenu un découpage des 700 milliards (850 milliards en tenant compte des amendements) en trois tranches: 250 milliards pour lancer le processus, puis une rallonge de 100 milliards, les 350 derniers milliards devant à nouveau obtenir l'aval des parlementaires.

Ils ont également fait ajouter au projet des mesures de contrôle, une limitation des compensations accordées aux directeurs des établissements participant au programme et la possibilité pour le gouvernement de monter au capital de ces sociétés pour garantir un retour sur investissement aux contribuables en cas de succès de l'opération.

Le travail du Congrès n'est pas pour autant terminé. Pas moins de cinq auditions sont prévues ces prochaines semaines à la Chambre pour tirer les enseignements de cette crise.

Il sera notamment question de la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers, du renflouement par l'Etat américain de la compagnie d'assurance American International Group (AIG), des fonds hautement spéculatifs (hedge funds), des agences de notation, ainsi que des autorités fédérales de régulation.

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