Le réalisme d'Angelo Gnaedinger au service du CICR

"Etre au bon endroit au bon moment": c'est le credo du nouveau patron du CICR. Keystone

Le Comité international de la Croix-Rouge intronise sa nouvelle direction. Pas de révolution. Mais un certain réalisme.

Ce contenu a été publié le 03 juillet 2002 - 22:25

Il s'appelle Angelo Gnaedinger, il a 50 ans et travaille au CICR depuis 1984. Depuis lundi, cet ancien juge d'instruction du canton de Schaffhouse occupe le poste de directeur général de l'organisation humanitaire. Il y remplace le Fribourgeois Paul Grossrieder, parti à la retraite.

L'équipe de direction s'est étoffée et rajeunie: Angelo Gnaedinger, dont les pouvoirs ont été renforcés, pourra désormais compter sur cinq collaborateurs directs, contre trois auparavant. Les responsables des ressources humaines et de la communication prennent les deux nouveaux sièges.

Ce n'est pas de trop pour mener une «entreprise» qui emploie aujourd'hui en permanence plus de 10 000 personnes dans 69 pays du monde, sans compter 800 personnes au siège de Genève. Et gérer un budget qui dépasse le milliard de francs suisses (plus de 700 millions d'euros).

L'après 11 septembre

Dans sa nouvelle tâche, Angelo Gnaedinger a identifié deux défis principaux. Le premier découle d'une situation nouvelle, consécutive aux attentats du 11 septembre.

«La réalité est désormais plus complexe, dit-il, les conflits sont asymétriques: on assiste à une confrontation entre une coalition d'États et des réseaux terroristes clandestins et cette confrontation a un impact direct sur les foyers de tension traditionnels.»

Entre autres conséquences, le CICR peine davantage à mettre en pratique son principe de dialogue avec toutes les parties en conflit: «nous avons des difficultés à identifier les groupes et les interlocuteurs avec lesquels nous devrions parler».

L'autre défi relève d'une nouvelle approche culturelle. «Nous avons une identité occidentale, notre organisation a ses origines en Suisse, mais elle a une vocation universelle, elle a besoin d'une légitimité universelle.»

Le nouveau directeur du CICR est donc d'avis qu'il faut prendre en compte la tension qui naît de ces deux pôles. Il ne s'agit pas d'être davantage international, explique-t-il, mais d'offrir un visage beaucoup plus multiculturel.

Au Caire, à Moscou ou ailleurs dans le monde, les délégations régionales de l'organisation devraient pouvoir développer leurs propres langages et symboles du message humanitaire propre au mouvement Croix-Rouge.

Être plus proche encore des victimes

Angelo Gnaedinger a profité de sa conférence de presse «inaugurale» pour préciser quelques-unes des ambitions nouvelles du CICR. Il souhaite notamment que les humanitaires se rapprochent davantage des victimes, qu'ils se mettent encore plus à leur écoute et s'en fassent les porte-voix.

Le CICR, selon lui, devrait également affirmer sa propre identité dans l'ouverture et le dialogue avec ses partenaires, gouvernements, organisations humanitaires, médias, etc., plutôt que de la chercher dans l'isolement.

La cohérence entre le discours et l'action est aussi l'un des soucis du nouveau directeur: «l'une des grandes forces du CICR a toujours été sa 'prévisibilité', mais cela ne doit pas nuire à sa capacité d'innovation.»

Angelo Gnaedinger n'annonce donc pas la révolution et s'en garde bien. Mais son propos se veut clair, lucide et réaliste.

Il sait qu'il ne suffit pas d'avoir autour de soi les meilleures compétences du monde, encore faut-il qu'elles soient au bon endroit au bon moment. C'est ce que l'on peut lui souhaiter de mieux.

swissinfo/Bernard Weissbrodt à Genève

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