Les comptes non publiés des établissements financiers suisses

André Lussi, ancien président de Clearstream. Le banquier suisse a été suspendu de ses fonctions dans le cadre de l'affaire en cours. Keystone Archive

En février dernier, le livre " Révélation$ " mettait à nu un certain nombre de pratiques très particulières de la finance internationale. Ce sont les fameux comptes " non publiés " ouverts chez Clearstream, une chambre de compensation luxembourgeoise. swissinfo a pu se procurer le listing des établissements suisses.

Ce contenu a été publié le 11 août 2001 - 20:56

L'ouvrage signé par le journaliste français Denis Robert et l'ancien cadre bancaire luxembourgeois Ernest Backes révélait que la chambre de compensation luxembourgeoise Cedel, rebaptisée depuis Clearstream, accueillait des comptes officiels, ou comptes " publiés ", mais aussi des comptes " non publiés ".

Cette pratique n'a rien d'illégal, mais elle peut étonner, sinon choquer, tous ceux qui ne maîtrisent pas les mécanismes les plus secrets de la finance internationale. Plus étrange encore, " Révélation$ " constatait qu'une proportion non négligeable de comptes " non publiés " appartenaient à des clients qui étaient eux-mêmes " non référencés ". En clair, des comptes inconnus de clients inconnus. Une opacité totale en quelque sorte.

Banquier suisse visé

En mai dernier, la justice luxembourgeoise ouvrait une information judiciaire visant Clearstream. Trois responsables, dont son président, le Suisse André Lussi, ancien banquier à l'UBS, étaient suspendus. Depuis, le parquet du Luxembourg soulignait qu'il n'y avait pas de manipulation systématique des comptes, mais que l'enquête se poursuivait " sur des faits isolés susceptibles de recevoir la qualification pénale de blanchiment ".

En 1995, la Suisse n'occupe qu'une modeste huitième place dans ce hit-parade des comptes non publiés, avec 36 cas seulement, contre 644 en Grande-Bretagne, 458 au Luxembourg, et 152 aux Etats-Unis. C'est l'UBS, la plus grande banque helvétique, qui arrive en tête avec cinq comptes non publiés. Parmi les autres établissements utilisant ce système discret, Citibank (3 comptes), Indosuez (2 comptes), Julius Bär (1 compte), la BNP (1 compte) ou encore la Royal Bank of Canada (1 compte).

L'ombre d'Elf et de Tapie

Dans ce listing apparaissent aussi des établissements qui ont parfois défrayé la chronique, comme le Crédit des Bergues, connu pour avoir financé le fameux voilier " le Phocéa " de l'homme d'affaires français Bernard Tapie. Ou encore Rivunion, la si discrète banque genevoise de la compagnie pétrolière Elf.

En 2000, en revanche, les établissements installés dans la Confédération ont fait un usage intensif des comptes non officiels comme le montre le deuxième volet de l'enquête sur les secrets de la finance suisse.

Ian Hamel

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article