Les patrons des banques suisses sur la sellette

Le ciel s'assombrit pour Lukas Mühlemann et Marcel Ospel. swissinfo.ch

Les soucis du Credit Suisse mettent la pression sur Lukas Mühlemann. A l'UBS, Marcel Ospel essuie les critiques pour l'affaire Swissair.

Ce contenu a été publié le 12 mars 2002 - 11:36

Faillite de la compagnie aérienne nationale et de la société américaine Enron, scandale du Banco General de Negocios en Argentine, départ surprise du CEO de l'UBS Luqman Arnold... C'est un véritable avis de tempête qui s'abat sur les hommes forts des deux grandes banques helvétiques.

Omniprésence de Marcel Ospel

C'est d'abord la débâcle de Swissair qui a mis sur la sellette Lukas Mühlemann et Marcel Ospel, à la tête respectivement du Credit Suisse Group (CSG) et de l'UBS.

Ils ont été entendus la semaine dernière dans le cadre d'une enquête parlementaire qui doit établir d'éventuelles responsabilités dans la faillite de Swissair.

Certains estiment qu'ils ont sciemment pris le risque de clouer au sol les avions de la société. Une version réfutée par les deux banques. Reste que leur arrogance dans ce dossier a fortement irrité la population et des milliers de clients furieux ont quitté les deux établissements.

Les observateurs considèrent que Marcel Ospel intervient en autocrate dans cette affaire, et dans les activités de l'UBS en général, alors qu'il n'est que le président du conseil d'administration et pas le responsable opérationnel.

Même si la banque le dément, il semble que la démission surprise, fin décembre, du britannique Luqman Arnold, président du directoire de l'UBS, résulte de cette omniprésence.

La chute d'un premier de classe

Les déboires de Lukas Mühlemann, considéré comme un enfant prodige du management et de la finance, ne se limitent pas au cas Swissair. Après avoir quitté, sous la pression, son poste au conseil d'administration de la compagnie aérienne, le patron du CSG doit affronter la faillite du courtier en énergie américain Enron.

La banque a provisionné 126 millions de dollars pour couvrir ses engagements envers Enron. Le Credit Suisse First Boston (CSFB) aurait contribué à la mise en place de structures pour permettre à la société américaine de masquer ses pertes colossales. Des accusations totalement rejetées par le CSG.

En Argentine, Lukas Mühlemann est éclaboussé par le scandale du Banco General de Negocios (BGN), impliqué dans une affaire d'évasion de capitaux et de blanchiment. Le CSFB détient 23% de BGN et Lukas Mühlemann est membre du conseil d'administration de la banque argentine.

Enron et BGN ne sont que les dernières casseroles en date auxquels le CSG doit faire face.

Amendes, remises à l'ordre et sanctions ont plu sur la deuxième banque helvétique pour avoir accueilli des milliards détournés par l'ex-dictateur nigérian Sani Abacha, encouragé la soustraction fiscale au Japon, jonglé avec le code boursier en Inde et en Nouvelle-Zélande, et manipulé des entrées en Bourse aux Etats-Unis.

Perte de crédit

Depuis la débâcle de Swissair, de multiples critiques s'élèvent en Suisse sur le cumul de poste d'administrateurs de certains grands patrons helvétiques.

Tenant compte du vent de transparence qui souffle dans le pays, le CSG entend dorénavant éviter les mandats croisés au sein des organes de surveillance.

Résultat, Lukas Mühlemann va quitter son fauteuil au conseil d'administration du réassureur Swiss Re, un groupe dont il avait été le président jusqu'en 1996.

En revanche, pas question «pour l'instant» qu'il renonce à sa double casquette de président de la direction (CEO) et du conseil d'administration du CSG.

Une situation pourtant très critiquée. A 52 ans, l'aura de Lukas Mühlemann a sérieusement pâli, et d'aucuns se demandent s'il n'est pas en train de perdre tout son crédit.

Les mauvais résultats que son groupe vient d'annoncer pour 2001 vont encore accroître le malaise.

swissinfo/Luigino Canal

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