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Les paysans suisses sont montés aux barricades

Cloches et costumes traditionnels. 10'000 paysans ont manifesté devant le Palais fédéral.

(Keystone)

Environ 10'000 paysans ont manifesté ce jeudi à Berne pour protester contre l'évolution actuelle de la politique agricole suisse.

Le paquet de mesures agricoles édictées par le gouvernement pour la période 2008-2011 devrait fortement baisser leur revenu.

Environ 10'000 paysans ont atteint la Place fédérale jeudi en fin de matinée après avoir traversé la vieille ville de Berne. Dans un boucan d'enfer, avec force cloches, un cortège de plusieurs centaines de mètres s'est ébranlé sans violence.

Sur les banderoles, on pouvait notamment lire comme slogans: «Oui à des justes prix, non à des marges exagérées» ou «OMC, accords de libre-échange, PA 2011 aujourd'hui les paysans demain vous!». Sur la Place fédérale, plusieurs discours ont été prononcés.

Puis, une délégation a été reçue le matin même par le ministre de l'économie Joseph Deiss. Les manifestants lui ont présenté un catalogue de revendications en six points destiné au gouvernement.

«Compte tenu des défis que l'agriculture devra relever dans le contexte international et national, Joseph Deiss a exprimé sa compréhension pour le sentiment d'insécurité des milieux paysans et pour leurs inquiétudes quant à l'avenir de l'agriculture suisse», selon le Département fédéral de l'économie.

Toujours le même objet de discorde

Fin août 2002, quelques 7000 paysans défilaient à Morges (Vaud), Beromünster (Lucerne), Sissach (Bâle-Campagne) et Fehraltdorf (Zurich). Dans leur ligne de mire se trouvait la politique agricole 2007, coupable de faire disparaître une exploitation sur deux en dix ans.

Trois ans plus tard, l'Union suisse des paysans (USP) a, à nouveau, invité la population rurale de la Suisse à se rassembler, ce jeudi sur la Place fédérale à Berne.

L'objet de la discorde n'a pas changé: à savoir la poursuite de la réforme de la politique agricole présentée en février par le gouvernement. Mais aussi les prochaines négociations agricoles à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et les accords de libre-échange entre la Suisse et les Etats-Unis.

«400'000 Suisses seront affectés par la Politique agricole 2011 (PA 2011)», explique Jacques Bourgeois, directeur de l'USP. Soit les paysans, mais aussi toutes les personnes du secteur agro-alimentaire.»

C'est la raison qui a poussé l'Union suisse des paysans à placer la manifestation sous la devise «Aujourd'hui les paysans. Demain vous!».

Maintien de l'enveloppe financière

Selon l'USP, la Politique agricole 2011 devrait en effet entraîner une baisse des revenus des paysans de plus de 20%.

La diminution de 600 millions de francs de l'enveloppe financière accordée par l'Etat pour la période 2008-2011 (13,5 milliards de francs contre 14,1 précédemment) serait une des causes.

Et ce, indépendamment du fait que le nombre d'exploitations ait chuté de près de 10% depuis la précédente planification.

«Nous demandons non seulement le maintien du crédit-cadre, mais également son adaptation au renchérissement, commente Jacques Bourgeois. La prestation qu'offre l'agriculture à la société en termes de protection de l'environnement ne diminue pas, sa rémunération ne doit donc pas être revue à la baisse.»

Haro contre la libéralisation

La libéralisation des marchés agricoles prévue dans le cadre du Cycle de Doha de l'OMC et dans une certaine mesure les accords de libre-échange avec les Etats-Unis seraient la deuxième cause de la baisse des salaires.

«Un tiers de notre production est en jeu lors de ces négociations, souligne Jacques Bourgeois. C'est énorme. Nous ne sommes pas opposés à un transfert d'une partie des fonds affectés au soutien du marché vers les paiements directs comme le définit la PA 2011. En revanche, nous ne sommes pas d'accord d'aller plus vite que ne l'exige l'OMC.»

Le directeur de l'USP attend ainsi un signal fort du gouvernement. «On ne peut en effet pas exiger de l'agriculture suisse qu'elle soit plus concurrentielle, qu'elle aligne ses prix sur ceux de l'Union européenne, sans qu'on lui donne les moyens de lutter à armes égales.»

Des mesures insuffisantes

Ancien secrétaire de l'Union syndicale suisse, aujourd'hui journaliste économique indépendant, Beat Kappeler tient un tout autre discours.

«Les mesures de la PA 2011 ne sont pas suffisantes, clame-t-il. Elles permettent le maintien des petites exploitations. Il faut couper les subventions pour que seules les grandes structures demeurent et puissent encore s'agrandir.»

Beat Kappeler cite le cas de l'Union européenne. «L'UE a réalisé un assainissement radical de ses structures. Cette politique porte aujourd'hui ses fruits. Les exploitations sont viables.»

Une paysannerie indépendante

L'ancien syndicaliste estime que l'Union suisse des paysans dessert plus qu'elle ne sert les intérêts de ses affiliés.

«L'USP n'a pas élaboré de stratégie de sortie pour les petites et moyennes structures. Elle s'obstine à vouloir les soutenir en défendant une politique agricole basée sur des subventions, jusqu'au jour où ces exploitations disparaissent, sans la moindre aide.»

Et Beat Kappeler de conclure: «Nous avons besoin d'une paysannerie indépendante et compétitive. Cet objectif ne sera atteint que lorsque seul un tiers des exploitations recensées à ce jour subsistera encore.»

swissinfo, Raphael Donzel

Faits

65'000 exploitations agricoles sont recensées en 2005 (contre 80'000 en 1990).
Chaque jour, cinq exploitations agricoles disparaissent
Le revenu mensuel moyen dans le secteur agricole est de 3'300 francs

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En bref

- La stratégie de la politique agricole 2011 (PA 2011) est concrétisée par les cinq axes d'action suivants:

- Améliorer la compétitivité de la production et de la transformation par une réallocation, aux paiements directs, de moyens financiers affectés au soutien du marché, et par des mesures destinées à abaisser les coûts.

- Garantir, par un système de paiements directs simplifié et compte tenu des moyens réalloués, les prestations d'intérêt général fournies par l'agriculture.

- Favoriser la création de valeur ajoutée et le développement durable dans le milieu rural par des mesures visant à faciliter une différenciation accrue des produits, une rationalisation de la promotion des ventes et le soutien d'initiatives de projet agricoles.

- Atténuer les conséquences de l'évolution structurelle sur le plan social et assouplir le droit foncier rural et le droit sur le bail à ferme agricole pour favoriser cette évolution.

- Simplifier l'administration et mieux coordonner les contrôles.

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