Les quotas féminins reviennent au premier plan

Mme Calmy-Rey s'adressant aux 106 ambassadeurs et 10 ambassadrices. Keystone Archive

Le monde politique est agité par la décision de Micheline Calmy-Rey, cheffe des Affaires étrangères, de sacrifier 6 futurs diplomates au nom de la parité.

Ce contenu a été publié le 05 février 2006 - 14:56

En signe de protestation, le sénateur Dick Marty et deux experts claquent la porte de la commission de sélection de la commission chargée de sélectionner les futurs diplomates.

Révélés par la presse dominicale, le malaise et la perplexité qui empoisonnent les couloirs du Palais fédéral depuis la fin de la semaine pourrait bien devenir une «affaire» politique.

Traditionnellement, c'est la cheffe du Département des affaires étrangères (DFAE) qui choisit les candidats à la carrière diplomatique retenus par une commission de sélection.

Les places sont chères et, cette année, les experts de la commission ont sélectionné 14 personnes sur quelque 150 candidats qui ont mis sur le gril durant le redoutable processus de sélection des futurs diplomates. Un processus qui coûte très cher puisque le simple examen des dossiers de candidature a pris une semaine.

Les hommes «punis»

Lorsque la liste de 10 hommes et 4 femmes lui a été soumise à la fin janvier, Micheline Calmy-Rey a réduit la liste à 8 en agréant les 4 femmes et 4 hommes et en recalant 6 autres candidats. Une sorte de «forcing» qui déchaîne déjà les passions entre adversaires et partisans des quotas féminins.

La ministre, comme du reste ses camarades du Parti socialiste, n'a jamais caché sa volonté d'améliorer la représentation féminine dans le monde politique. Mais, jugeant «purement arbitraire» la décision de Mme Calmy-Rey, Dick Marty et deux experts ont démissionné de la commission.

Confirmant des informations de la NZZ am Sonntag et Le Matin dimanche, le sénateur tessinois radical (droite) estime que la ministre «punit les hommes parce qu'ils sont des hommes».

L'ancien procureur précise que la Constitution fédérale interdit toute discrimination. Il précise qu'il n'a jamais été question de parité dans les critères de sélection et qu'il n'y avait pas plus de femmes à la hauteur des exigences.

La controverse a poussé deux autres experts à quitter la commission: François Hainard, directeur de l'Institut de sociologie de l'Université de Neuchâtel ainsi que Pierre de Senarclens, directeur de l'Institut d'études politiques et internationales de l'Université de Lausanne et vice-président de la Croix-Rouge suisse. Ce dernier qualifie de «désastreuse» la décision de la ministre.

Mme Calmy Rey se défend

Dimanche, la ministre a donné son point de vue. «Les choses ont été faites dans les règles. La commission propose des noms et c'est moi qui choisis. J'ai choisi les 4 meilleures femmes et les 4 meilleurs hommes en fonction de leurs compétences», a-t-elle déclaré à la Radio suisse romande.

Mme Calmy-Rey se défend de toute discrimination contre un groupe ou l'autre mais estime que la situation des femmes dans la diplomatie est dramatique. «Pourquoi avons-nous tellement de peine à trouver des femmes à des postes-clés? Pour remédier au déséquilibre, il faut absolument mieux profiler les femmes», a-t-elle ajouté.

Le Parlement en découdra

Au DFAE, on explique que les dossiers présélectionnés sont toujours soumis à la ministre qui a le dernier mot. Dans le cas présent, Mme Calmy-Rey a décidé de relever la part des femmes dans la carrière diplomatique, a indiqué le porte-parole Lars Knuchel. Il rappelle qu'il n'y a que 71 femmes diplomates sur 376 et dix ambassadrices sur 116.

L'Union démocratique du centre (UDC, droite dure) a déjà sauté sur une occasion de chercher noise à la ministre socialiste. Oskar Freysinger, député valaisan, a annoncé dans Le Matin Dimanche qu'il préparait une intervention, tout en reconnaissant que Mme Calmy-Rey est «cohérente avec elle-même et la doctrine de son parti».

De même, un autre député UDC, Hans-Ulrich Mathys a annoncé dans la NZZ am Sonntag qu'il allait non seulement saisir la Commission de gestion de la Chambre du peuple, mais également lancer une interpellation à l'assemblée.

La question des quotas féminins reste très controversée mais le peuple suisse s'est prononcé clairement en mars 2000. Quelque 82% des citoyens avaient alors rejeté une initiative populaire fédérale demandant une représentation équitable des femmes dans les administrations publiques et les universités.

swissinfo et les agences

En bref

- La commission d'admission a été créée en 1956 par le ministre socialiste Max Petitpierre pour démocratiser et professionnaliser la sélection des candidats diplomates.

- Cette commission de 19 membres compte des représentants de l'administration fédérale, des politiciens et des experts politiques.

- La commission sélectionne les candidats les plus chevronnés et propose une liste de noms à la ministre, qui choisit.

- En mars 2000, le peuple suisse a rejeté à 82% des voix une initiative populaire pour une représentation équitable des femmes dans les administrations publiques.

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Faits

Le corps diplomatique compte 71 femmes (20%) pour 305 hommes et 10 ambassadrices pour 106 ambassadeurs.
Cette année, 14 candidats sur 150 ont été retenus, 10 hommes et 4 femmes.
Mme Calmy-Rey a choisi 4 hommes et 4 femmes, les 6 recalés pouvant se représenter sans repasser les épreuves.

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