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Les Romands assument leur coming out populiste

L'UDC a étendu son emprise politique sur les cantons romands.

(Keystone)

Longtemps considérés comme des pestiférés, les électeurs romands qui votaient pour l’Union démocratique du centre (UDC) n’ont désormais plus honte.

Pourquoi ce changement? Tout simplement parce que les problèmes et l’insatisfaction sont les mêmes de part et d’autre de la Sarine.

Un tabou est tombé. A en croire un citoyen neuchâtelois, qui s’exprimait dimanche sur les ondes de la Radio suisse romande, «il y a encore quatre ans, on nous prenait pour des extrémistes, des nazis». Visiblement, la donne a changé, au vu des résultats des élections.

«Mais, ajoute une femme - qui comme un Neuchâtelois sur cinq a voté UDC - les gens en ont tellement marre, qu’ils choisissent ce parti». Ce constat est à verser au crédit de la formation du Zurichois Christophe Blocher. L’UDC, parti de la droite dure, affiche avec constance l’action comme mode politique.

La diabolisation contre-productive

«Et c’est bien ce que les gens veulent face à des situations qui sont inacceptables. Et quand j’entends Yves Christen, premier citoyen du pays, dire qu’il serait temps pour son parti (radical) de retourner sur le terrain, ça me fait frémir», analyse Ueli Windisch.

Le sociologue rappelle aussi que le citoyen vote en fonction de son expérience quotidienne. Depuis les années 90, le poids de l’UDC est passé de 11 % à près de 27% aujourd’hui. Et, selon lui, cette progression est le résultat d’un ensemble de facteurs d’insatisfaction qui sont désormais communs à tous les Suisses.

«Il y a des problèmes auxquels les couches populaires sont sensibles. Et les réticences du début, en Romandie, de voter pour un parti qui a été caricaturé comme étant raciste, sont tombées face à la crise économique», note Ueli Windisch.

Cette diabolisation a même produit l’effet contraire, selon le sociologue. «Car, dit-il, elle insulte le point de vue des couches populaires». Et Ueli Windisch de citer l’exemple de Jean-Marie Le Pen qui, se faisant insulter à la télévision, réplique à son adversaire: «Continuez, ça me fait 100'000 voix de plus»!

La caricature qui a fait ce lundi la couverture du Matin - le quotidien populaire romand - ne fait, selon lui, que prolonger cette tendance à la diabolisation. Cela va même encore plus loin.

«Parler, comme le fait le quotidien Le Matin, de l’avancée de l’UDC comme d’une épidémie est contre-productif. C’est précisément le langage qu’utilisaient les fascistes. Ils ont toujours ‘biologisé’ leurs ennemis».

Claude Longchamp, politologue et patron de l’Institut Gfs, va dans le même sens: l’UDC a parfaitement su jouer sur la‘victimisation’ et en profiter.

Un parler clair

L’UDC ose, selon Ueli Windisch, aborder certaines questions de société de manière très claire, alors que les partis bourgeois n’ont pas su les aborder de front. Ils se sont enfermés dans le politiquement correct. L’UDC a aussi l’avantage d’adopter des positions limpides.

Ce qui, parallèlement, a aussi profité à la gauche qui a su se positionner fortement, notamment sur la protection des assurances sociales.

En définitive, les insatisfactions sont les mêmes de part et d’autre de la Sarine: sentiment d’insécurité diffus, craintes réelles concernant les retraites, le marché de l’emploi, et certains abus liés à l’immigration.

«Ces thèmes n'auraient pas dû être l’apanage de l’UDC, déplore Ueli Windisch. Comme la volonté d’avoir une économie forte et dynamique. Cela me semble nécessaire. Et il est grave que seul ce parti le dise».

La force de la communication

Le parti du tribun zurichois s’est par ailleurs montré très fort sur le plan de la communication. Un point sur lequel les partis bourgeois n’ont pas su se renouveler.

Ueli Windisch en veut pour preuve la façon dont l’UDC impose son agenda politique aux autres formations et de façon plus évidente aux médias. Un phénomène qu’il a encore constaté dimanche.

Il s’attend d’ailleurs à un autre phénomène: Le coming out politique de personnalités qui afficheront désormais leur appartenance à l’UDC en Romandie aussi.

En Suisse alémanique, le parti de Blocher est déjà devenu «salonfähig» (fréquentable). Hormis son credo ultra-libéral, il se trouve que son image de parti qui veut combattre l’inertie, qui prône l’action et le concret convient particulièrement bien aux tenants de l’économie.

Un décalage historique

Il aura fallu quatre ans pour la Romandie rejoigne la Suisse-alémanique dans son adhésion plus claire à l'UDC. Un décalage qui trouve son explication dans l'histoire de ce parti.

«L’UDC était à ses débuts perçue comme un parti suisse-allemand, celui de Christophe Blocher. Ce qui a automatiquement provoqué des réticences en Romandie.»

Claude Longchamp ajoute que le clivage entre les deux régions linguistiques était d’actualité lors de la votation sur l’Europe. Désormais, cette question n’est plus décisive actuellement.

Lui aussi note que l’UDC répond aux «peurs des petites gens concernant le chômage, la retraite et l’immigration. C’est un parti ultra libéral au niveau de l’économie et néo-conservateur pour le reste», ce qui rassure.

Et selon Ueli Windisch peut-être pas aussi raciste qu’on a bien voulu le présenter, ni aussi anti-social.

«Christophe Blocher défend souvent mieux les ouvriers que les Socialistes», affirme un ouvrier de La Chaux-de-Fonds qui n’en vote pas moins à gauche…«par tradition».

Ueli Windisch n’hésite pas à dire que si le Zurichois entrait au gouvernement, comme il l’a exigé dimanche, il saurait tout à fait composer avec ses collègues de gauche. Par habitude de la négociation autant dans son entreprise (avec les syndicats) qu’en politique.

«Il veut une économie forte, mais également un aspect social tout à fait suisse auquel les classes populaires tiennent. D’ici quelques années, on pourrait bien le considérer comme le Duttweiler (le fondateur de la coopérative Migros) du 21è siècle».

L’original plutôt que la copie

Et pour conclure, Ueli Windisch donne encore une dernière piste pour expliquer le succès national de l’UDC: l’argument identitaire.

«Les couches populaires sont très patriotiques. Un sentiment qui a été gommé par les autres partis. Et les rattrapages de dernière minute de certains élus de gauche qui s’affichaient avec des T-shirts à croix blanche ne sont pas crédibles. Les gens préfèrent l’original à la copie».

Par extension, on pourrait appliquer ce précepte à la droite traditionnelle. Déstabilisée, elle a trop souvent tenté de rallier les positions de l’UDC lors de la dernière législature. Ce suivisme a été sévèrement sanctionné par le peuple qui, là aussi, lui a préféré l’original.

swissinfo, Anne Rubin

En bref

- L’UDC avait déjà progressé de 11,9% (+15 sièges) en 1999 Conseil national et des Etats.

- En 2003, le parti de Christophe Blocher a gagné 11 sièges au Conseil national. Les résultats sont encore pendants aux Etats puisqu’un deuxième tour est nécessaire.

- La progression a été remarquable en Romandie où l’UDC a gagné des sièges au National dans tous les cantons (+7 sièges) sauf dans le Jura où elle ne présentait pas de liste.

- Pour l’instant aucun sénateur UDC n’a été élu en Romandie.

- L’UDC devient la deuxième force politique dans les cantons de Genève et de Vaud. Elles est en tête dans le canton de Berne, majoritairement alémanique.

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