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Libéralisation des télécoms: la pièce manquante

Salade de câbles au centre Swisscom de Zurich-Binz.

(Keystone)

Grâce à son monopole sur le «dernier kilomètre», Swisscom fait la pluie et le beau temps sur les tarifs et les services du réseau fixe.

Depuis cinq ans, le «géant bleu» et ses concurrents combattent pour le contrôle du câble qui relie le central téléphonique à l'abonné. Enjeux et conséquences d'un dossier en mains des politiciens.

Un forfait mensuel proposant une connexion à Internet à haut débit, des appels nationaux gratuits et de nouveaux services innovants, le tout sur une seule facture téléphonique, voilà une des promesses annoncées par les concurrents de Swisscom en cas de libéralisation du «last mile», le fil de cuivre qui relie le client final au central téléphonique le plus proche.

Swisscom, lui, crie à l'expropriation et prévoit une marginalisation des régions périphériques sans aucun avantage durable pour les consommateurs suisses. Mais tôt ou tard, l'opérateur devra lâcher tout ou partie de ce fameux «dernier kilomètre» qui est devenu le feuilleton des télécoms helvétiques.

Swisscom impose sa loi

Depuis la libéralisation du marché des télécommunications en janvier 1998, le consommateur peut choisir librement son fournisseur pour la téléphonie fixe. Résultat, les prix ont fortement chuté, tant pour les appels nationaux qu'internationaux.

Mais l'opérateur historique bénéficie toujours d'un monopole sur le dernier kilomètre. Même s'il utilise exclusivement une autre société que Swisscom pour ses communications, le client reçoit toujours deux factures: une pour ses appels, et une du géant bleu qui encaisse la redevance mensuelle de 25,25 francs pour le raccordement au réseau.

Mais, surtout, Swisscom peut imposer ses conditions tarifaires et ses services à ses rivaux qui doivent passer par ses infrastructures pour accéder aux clients.

La main mise du géant bleu sur le «last mile» lui a permis de faire la pluie et le beau temps sur les tarifs et les services proposés aux clients.

Ainsi, l'ADSL, qui permet un accès à haut débit à Internet, n'a été introduit que très tardivement en Suisse et à un prix élevé car Swisscom entendait protéger le plus longtemps possible ses lucratives lignes numérique ISDN.

Les opérateurs alternatifs dénoncent un abus de position dominante car ils ne peuvent proposer que les offres prédéfinies par Swisscom, le propriétaire du réseau.

Résultat, en Suisse, les offres ADSL, qui permettent l'accès à Internet à haut débit, sont deux fois plus chères et cinq fois moins rapides que celles disponibles en France.

Libéralisation minimale

Avec l'ouverture (aussi appelée dégroupage) du «last mile», les opérateurs privés pourraient étendre leurs services et décider librement dans tous les domaines du prix final pour le client.

Après plus de deux ans de discussions, le Parlement a opté pour une libéralisation minimale. Les concurrents de Swisscom auront accès au fil de cuivre reliant le central et l'abonné mais pas aux autres technologies, comme la fibre optique.

Quelles seront les conséquences de cette ouverture? En France, le dégroupage a débuté en été 2003 et a engendré une guerre des prix ainsi qu'une multiplication des offres.

«Le dégroupage est une réussite certaine, il a accru la concurrence et permet une baisse des tarifs qui sont désormais parmi les plus bas d'Europe», estime l'Autorité de régulation des télécoms française.

Il est vrai que les offres de nos voisins font saliver (ou enrager) les consommateurs suisses. Dans les zones dégroupées, l'opérateur Free, par exemple, propose le fameux «triple play» pour un forfait mensuel de 45 francs qui comprend non seulement un accès Internet à haut débit (6 Mbit/s), mais aussi la gratuité de certains appels téléphoniques et un bouquet de chaînes de télévision.

Pour le même prix, l'Helvète ne reçoit qu'une connexion ADSL à 600 kbit/s ! Free a investi plus de 250 millions d'euros sur trois ans pour proposer ses nouveaux services.

Les villes privilégiées

Mais tout n'est pas rose dans l'Hexagone. On observe de fortes disparités entre les centres urbains et les zones périphériques et la fiabilité n'est pas toujours au rendez-vous.

Logiquement, les opérateurs alternatifs investissent d'abord dans les régions les plus peuplées. C'est d'ailleurs l'un des principaux arguments de Swisscom contre l'ouverture du dernier kilomètre.

En Suisse, le dégroupage engendrera probablement un élargissement de l'offre et des prix plus bas. Les opérateurs privés pourront installer leurs équipements dans les centraux téléphoniques et proposer leurs solutions, sans dépendre du bon vouloir du géant bleu.

Mais les régions périphériques risquent d'être les grandes perdantes. Comme les marges sur le haut débit sont très faibles, il faut une forte densité de population pour espérer rentabiliser les investissements. Une fracture numérique entre villes et campagne semble inévitable.

Pas avant 2007

«Le business plan est dans les tiroirs, nous sommes dans les starting-blocks pour démarrer des investissements en cas de dégroupage mais nous attendons les conditions et le timing», lance François Callegaro, co-fondateur de l'opérateur genevois Télésonique.

Il s'inquiète du prix de location du «last mile» qu'il faudra payer à Swisscom. «Pour l'heure on discute du 'comment et quand' on va libéraliser, mais le critère économique, à savoir le coût de la location, est aussi déterminant pour que l'ouverture soit profitable pour tous», précise François Callegaro.

Après la lutte pour le dégroupage, une seconde bagarre pour fixer ce montant se profile à l'horizon. Déjà Swisscom estime que la taxe mensuelle actuelle de 25,25 francs ne couvre pas le coût réel du raccordement au central téléphonique.

A ce rythme, le dégroupage ne sera pas opérationnel avant 2 ou 3 ans. Le problème c'est que d'ici là Swisscom aura bétonné sa position en proposant un package de services qui fidélisera le client.

Chaque jour de gagné est bénéfique pour le géant bleu. Swisscom va commercialiser courant 2006 son offre «triple play» qui regroupe la téléphonie, l'accès Internet à haut débit et la télévision sur ADSL.

Lorsque le dégroupage sera en place, la concurrence devra proposer des offres très attractives au niveau des tarifs et des services pour convaincre les clients de quitter le géant bleu.

Une guerre des prix que seuls les deux ou trois gros acteurs du secteur pourront se permettre. Les autres opérateurs seront cantonnés dans des marchés de niches.

swissinfo, Luigino Canal

Faits

Dans le monde de la téléphonie, le terme dernier kilomètre (last mile en anglais) désigne le raccordement qui lie le consommateur au réseau.
Jusqu'ici, Swisscom a le monopole sur ce dernier kilomètre.
Concrètement, même s'il utilise un autre opérateur, le consommateur doit donc obligatoirement verser une taxe à Swisscom pour accéder au réseau téléphonique

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En bref

- Swisscom, «l'opérateur historique de la Suisse», a perdu son monopole sur le marché suisse des télécoms il y a 8 ans. Depuis lors, le marché est partiellement ouvert avec plusieurs opérateurs pour la téléphonie fixe et mobile.

- Swisscom est une société anonyme dont la majorité des actions (62,45%) est détenue par la Confédération.

- Mais à fin novembre, le gouvernement a annoncé projeter de céder sa participation majoritaire dans Swisscom. Le plus gros opérateur de télécoms suisse pourrait être ainsi totalement privatisé.

- Un vif débat s'en est suivi, l'économie et la droite applaudissant à ce projet, alors que la gauche et les syndicats brandissent la menace du référendum.

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