Marginalisés, les surdoués cherchent leur place dans la société

Exemple-type du surdoué, Albert Einstein n'en a pas moins connu une scolarité difficile. Keystone Archive

Une nouvelle fondation en faveur des enfants surdoués vient de voir le jour à Zurich. A l'instar d'autres organisations en Suisse, elle entend soutenir la formation des élèves précoces. Plus d'un tiers de ces enfants hors normes en effet échoue dans le cadre du système scolaire classique.

Ce contenu a été publié le 14 mars 2001 - 20:11

Trop brillants, trop rapides, trop curieux. Les enfants qui présentent un potentiel intellectuel supérieur à la moyenne ont souvent de la peine à s'adapter aux normes de l'école ordinaire.

Au point que les surdoués font fréquemment figure de cancres et d'incorrigibles pitres. «Ces enfants réalisent rapidement qu'ils sont différents, déclare Frédérique d'Agostino, présidente de l'Association suisse pour les enfants précoces. Ils rencontrent des problèmes d'intégration et adoptent souvent un comportement inadéquat à l'école».

Plus d'un tiers des enfants précoces rencontre de sérieuses difficultés dès la septième ou huitième année de classe. «Les enfants dotés de capacités exceptionnelles ne sont pas nécessairement brillants dans toutes les matières», souligne Danièle Wolf.

«Dans le cadre de l'école, qui se veut normative, ils ne sont généralement pas identifiés comme des élèves présentant des aptitudes particulières», constate cette collaboratrice scientifique au Secrétariat suisse de pédagogie curative et spécialisée à Lausanne.

Les surdoués sont même souvent considérés comme des enfants déficients. Evacués du circuit scolaire classique, ils peuvent ainsi terminer leur formation dans des filières de rattrapage. «L'école doit en effet admettre que, par manque de connaissance, elle a probablement massacré un certain nombre de talents», admet Jean-Jacques Allisson, chef du service de l'enseignement spécialisé du canton de Vaud.

Face à ce constat, les parents s'organisent. La Suisse compte près d'une dizaine d'organisations destinées à défendre la cause des surdoués et à obtenir la mise en place d'un système éducatif adapté.

Mais d'ores et déjà, deux écoles privées - l'une à Zurich et l'autre à Lausanne - se sont spécialisées dans la prise en charge des enfants précoces. Mais les frais d'écolages ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Les parents de jeunes surdoués attendent donc que l'école publique assume ses responsabilités.

Les pressions commencent à porter leurs fruits. A preuve, l'Institut suisse de pédagogie curative et spécialisée a été mandaté par divers cantons pour faire le point de la situation. «La Suisse prend conscience du phénomène, affirme Danièle Wolf. Elle doit maintenant mettre sur pied des mesures appropriées.» C'est dire que, sur ce terrain, l'école publique n'en est qu'à ses balbutiements.

Certains cantons ont toutefois déjà développé des stratégies particulières. «Depuis 1998, le canton d'Argovie a ainsi procédé à une révision de sa loi scolaire, précise Danièle Wolf. Concrètement, la démarche doit déboucher sur la mise en oeuvre de contrats individuels d'apprentissage dans le cadre de l'école obligatoire.»

En Romandie, le canton de Vaud planche actuellement sur l'intégration des élèves «différents», une notion qui regroupe les enfants dyslexiques, hyperactifs et surdoués. Il s'agit notamment de tirer parti de la différenciation pédagogique, prônée par la réforme EVM (Ecole Vaudoise en Mutation).

«Dans un premier temps nous avons choisi d'assouplir certaines normes, explique Jean-Jacques Allisson. Ainsi les élèves peuvent plus aisément sauter une classe et raccourcir le parcours scolaire. Nous prônons également la mise sur pied de cours destinés à des groupes spécifiques.»

Une expérience pilote est d'ores et déjà menée au collège Vernex à Montreux. Depuis l'an dernier, une dizaine d'élèves surdoués se retrouvent ainsi quatre heures par semaine pour approfondir certaines matières.

Vanda Janka

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