Morat, l'esthétique du rouillé

Morat, quand la rouille macule la carte postale. swissinfo.ch

Gros-plan sur les «arteplages» qui constituent le socle d'Expo.02. Troisième épisode, celui de Morat, placé sous le thème générique «Instant et Eternité».

Ce contenu a été publié le 23 mai 2002 - 08:42

D'où que vous veniez, ce sont de grosses chaînes rouillées qui, balisant les rues de Morat, vous amèneront à tous les lieux de l'arteplage. L'équivalent des cailloux blancs du Petit Poucet, mais en version marine et oxydée.

L'oxydation... le maître-mot d'Expo.02 à Morat. Le fameux Monolithe est rouillé. Mais aussi le vieux Mésoscaphe de Jacques Piccard, rescapé de l'Exposition Nationale de 1964, qui, de la rive, fait face au cube. Rouillés également, les nombreux containers de chantier qui, de la ville médiévale aux bords du lac, donnent une impression de chantier décati.

La rouille, symbole du temps qui passe, matérialisation de cet «Instant et Eternité» qui est le thème de l'arteplage moratois. Il y a donc la ville médiévale, soignée et proprette, à ses quatre coins, les éléments nouveaux, patinés et déglingués. Paradoxe temporel pour un arteplage dont la structure est très différente de ceux de Bienne, Neuchâtel ou Yverdon.

Le choix de l'éclatement

Cet atypisme de Morat est dû à l'architecte français Jean Nouvel: «Visitant cette petite ville magnifique, il a souhaité ne pas l'écraser par une plate-forme disproportionnée, mais y intégrer l'Expo. Une façon également de mettre en scène le thème 'Instant et Eternité' en faisant jouer les éléments anciens de la cité et les architectures éphémères de l'Expo qui ponctuent toute la ville», explique Danièle Nanchen, responsable des expositions à Morat - et par ailleurs philosophe de formation.

Aspect positif de la chose: l'interpénétration du fixe et du provisoire. Inconvénient: les kilomètres qu'il faut s'appuyer pour parcourir l'ensemble du site. Faux problème pour Danièle Nanchen: «Il y a des vélos, des chevaux, des bateaux, des bus... Par ailleurs, cet éclatement du site fait que le public s'éparpille et qu'il n'y a pas un effet de masse comme ailleurs. Ici, c'est plutôt un effet de promenade... »

Un Monolithe et neuf expositions

Pour décliner la thématique «Instant et Eternité», il y a le fameux Monolithe bien sûr. Une construction immatriculée en tant que bateau, avec son chef d'exploitation Markus Müller en guise de capitaine!

Un pavé, sobre et impressionnant, dont les arrêtes mesurent chacune 34 mètres, et qui intègre trois panoramas (et donc la notion de rotondité à l'intérieur du cube). Le premier, en bas, a été réalisé par de jeunes artistes et, mouvant, illustre en un déferlement d'images la vie contemporaine. Le deuxième, à l'étage, est un panorama «naturel»: des ajournements permettent de voir Morat, le lac, le Vully... Et tout en haut du Monolithe, on trouve le célèbre panorama de la bataille de Morat (1476), peint au 19e siècle.

C'est donc le temps qui au centre de la problématique de Morat, comme l'explicite Danièle Nanchen: «Le temps tel qu'on le perçoit, tel qu'on le calcule, mais aussi le passage du temps, l'ambivalence entre tradition et modernité, les exigences du monde contemporain... »

«Ainsi 'Expoagricole' évoque la tradition de la paysannerie contrainte de changer à cause de la globalisation. Le chantier naval s'interroge sur la notion de sécurité, une notion qui évolue avec l'ouverture progressive de la Suisse. 'Un ange passe' soulève les interrogations des Eglises: on entre là dans un domaine métaphysique, hors-temps...» Un hors-temps qu'on retrouve également dans 'Blinde Kuh', une exposition mise en place par des aveugles et qui plonge le visiteur dans l'obscurité totale.

Ce qu'il en restera

Morat. D'un côté les vieilles pierres, de l'autre l'éphémère d'une exposition... Oui. Et peut-être non. Il y a quelques jours, le conseiller fédéral Joseph Deiss rêvait à haute voix d'un Monolithe qui survivrait à Expo.02... Et il semblerait qu'une pétition verra bientôt le jour à cette fin.

Qu'en pense Danièle Nanchen? «Il y a deux questions qui se posent. D'abord, la faisabilité technique et financière. On accède au Monolithe par bateau. Les pilotes, la sécurité, cela coûte cher. Et le Monolithe étant lui-même une sorte de bateau, l'entretien serait également coûteux».

«Ensuite, on peut se demander si le Monolithe ne doit pas rester simplement dans notre mémoire. Une perle que j'ai rencontrée, dont je me souviens, mais que je ne peux plus revoir... Ce n'est pas à l'Expo de trancher, ce sera aux autorités politiques».

Une chose est sûre: la population s'est déjà appropriée son gros cube. Dans les vitrines de la vieille ville de Morat fleurissent déjà les mini-monolithes: des pains d'épice, des gâteaux, des bijoux...

swissinfo/Bernard Léchot

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