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Philipp Hildebrand cède à la pression

Philipp Hildebrand arrive au centre des médias du Palais fédéral. Il va y commenter sa démission, qui pourtant il y a quatre jours n’était «pas une option».

Philipp Hildebrand arrive au centre des médias du Palais fédéral. Il va y commenter sa démission, qui pourtant il y a quatre jours n’était «pas une option».

(Reuters)

Philipp Hildebrand jette l'éponge. «Je suis parvenu à la conclusion que je ne pourrais pas livrer la preuve définitive que la transaction incriminée a été ordonnée par ma femme: je ne peux que donner ma parole d'honneur», a dit le patron de la BNS lundi après-midi aux médias.

Philipp Hildebrand a affirmé démissionner pour garantir la crédibilité de la Banque nationale suisse. Au vu des circonstances, «je n'aurais pas été en mesure de prendre les décisions importantes et courageuses» qu'imposent la fonction de président du directoire de la BNS.

Si jeudi dernier, Philipp Hildebrand excluait encore un retrait, il a entre-temps eu un «peu plus de temps pour réfléchir». Et de se dire étonné de la véhémence des attaques qui se sont poursuivies depuis.

«Je ne pense pas avoir réussi à lever entièrement les soupçons et je ne pense jamais y parvenir. Je ne peux que donner ma parole. Je ne dispose d'aucune preuve définitive que la transaction mise en cause a été effectuée par ma femme sans que je le sache», a-t-il dit.

Philipp Hildebrand a affirmé avoir publié tous les documents en sa possession sur le site de la BNS. Mais il s'est refusé à spéculer sur les motifs de l'affaire. «Ce n'est pas ma tâche».

Pour lui, l'essentiel est que la crédibilité de la BNS soit sauvegardée. «Malgré les difficultés actuelles, je suis sûr que la Banque nationale va s'en sortir», a-t-il déclaré.

Il a défendu le bilan de l'institut national d'émission. La politique de la BNS a été couronnée de succès, puisqu'elle a réussi à garantir la stabilité et le bien-être de la Suisse à l'heure où toute l'Europe est secouée par la crise. Philipp Hildebrand a dit céder son poste avec «grande tristesse».

Philipp Hildebrand abandonne également ses autres fonctions, notamment la vice-présidence du Conseil de stabilité financière (FSB), une organisation de régulateurs et d'institutions chargée de réformer le système bancaire international.

Pour une (grosse) poignée de dollars

Jeudi dernier, Philipp Hildebrand avait déjà été obligé de s'expliquer publiquement sur les révélations parues dans les médias suisses concernant sa fortune personnelle et les transactions effectuées par lui-même ou son épouse.

C’est Christoph Blocher, vice-président et idéologue de l’UDC, qui avait mis le feu aux poudres en multipliant les attaques contre le président de la BNS depuis 2010 à l'occasion des interventions sur les marchés monétaires. Cette démission constitue donc une victoire pour le tribun zurichois.

Kashya Hildebrand, épouse du banquier, est un ancien courtier en devises américano-suisse d'origine pakistanaise. Elle a travaillé plus de 15 ans dans le secteur bancaire, avant d'ouvrir une galerie d'art contemporain à Zurich.

L'objet du litige concerne une opération qu'a effectuée Madame Hildebrand le 15 août dernier, sans que son mari soit mis immédiatement au courant. «Je regrette profondément que mes actes aient pu remettre en question l'intégrité de mon mari», a écrit lundi Mme Hildenbrand dans une brève prise de position.

Profitant de la faiblesse du billet vert face au franc suisse, elle a acheté 504'000 dollars. Le 6 septembre, la BNS a fixé un taux plancher au franc suisse, faisant grimper le dollar. Les dollars ont été revendus en octobre avec un bénéfice de plus de 60'000 francs suisses.

«Un écart moral excusable»

Côté réactions, le Conseil fédéral (gouvernement) veut tirer les leçons de cette démission et espère qu’elle permettra à la Banque nationale de se consacrer à nouveau entièrement à sa tâche au service de la politique monétaire de la Suisse. Il affirme «respecter cette décision et regretter les développements de la situation qui y ont conduit ».

A la tête de la direction de la BNS, M. Hildebrand a apporté la preuve de «ses hautes compétences en matière de politique monétaire, tout particulièrement en cette période de crise», souligne le Conseil fédéral. Et de le remercier vivement pour son grand engagement.

Les conséquences d'une démission dans le contexte actuel seraient graves, avait pourtant affirmé la présidente de la Confédération et ministre des Finances vendredi dans l'émission de télévision alémanique "Arena". Pour Eveline Widmer-Schlumpf, Philippe Hildebrand a certes commis un écart moral, mais une telle erreur est «excusable si on se rend compte qu'on ne doit pas faire cela et qu'il faut changer la réglementation en conséquence».

La présidente avait en outre exigé une enquête serrée sur les circonstances qui ont mené à la publication des données bancaires du président de la BNS.

«Un excellent banquier»

La BNS qui de son côté regrette la démission de son président. Elle prend note de cette décision et des circonstances qui y ont conduit avec regret.

«M. Hildebrand a pris cette décision pour protéger l'institution», indique le Conseil de banque lundi dans un communiqué. «La Suisse perd un excellent banquier central avec de très bonnes connections internationales qui pouvait apporter beaucoup au pays», ajoute-t-il.

La politique monétaire de la BNS, avec un taux de change minimum de 1,20 franc pour 1 euro, reste inchangée, indique le directoire de la Banque nationale dans un communiqué. Cette stratégie sera poursuivie «avec détermination».

De son coté, l'Association suisse des banquiers (ASB) regrette la démission de Philipp Hildebrand. Elle estime cependant que cette décision permet de sauvegarder et même de renforcer la crédibilité de l'institution d'émission monétaire.

Economiesuisse, elle, espère que cette démission apportera le calme au sein de la banque centrale suisse. L'association faîtière loue le travail du Philipp Hildebrand, mais demande aussi un renforcement des règles concernant les transactions des dirigeants de la BNS.

Réactions des partis

Dans un communiqué, l’UDC (conservateur) estime que la démission du président de la BNS était à la fois inévitable et la seule façon de rétablir la confiance en Suisse et à l'étranger.

L'UDC demande que tout soit tiré au clair par une commission parlementaire et une session extraordinaire des Chambres.

Le Parti socialiste considère qu'il est indispensable que la BNS puisse poursuivre son action et qu’elle retrouve rapidement sérénité, transparence et confiance.

Le président du groupe PDC (démocrate-chrétien) aux Chambres fédérales Urs Schwaller  dit «regretter mais comprendre » la décision.

Urs Schwaller réclame également que «toute la lumière » soit faite sur la rupture du secret bancaire par la transmission de données de la banque Sarasin. Des informations à l’origine de l’affaire.

Pour les Verts, la démission était la suite logique des événements.

Le parti bourgeois démocratique (PBD) y voit  «un jour noir » et se dit effrayé par la campagne menée depuis plusieurs semaines contre Hildebrand et l'institution de la BNS.

Thomas Jordan prend l’intérim

Le vice-président de la BNS reprend la présidence de la Banque ad intérim. Philipp Hildebrand l'a déclaré lundi devant la presse. Le futur président devra être nommé par le Conseil fédéral (gouvernement).

Pour l'heure, Philipp Hildebrand entend passer davantage de temps avec sa famille. «Nous avons vécu des jours très difficiles», a-t-il affirmé devant la presse. Il va ensuite étudier la question d'éventuelles plaintes. «Je n'exclus rien pour l'heure».

swissinfo.ch et les agences


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