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Politique étrangère suisse Diplomatie et aide au développement sous le même toit



Le ministre suisse des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, veut accélérer le rapprochement entre les ambassades et les bureaux de l'aide au développement dans près de 40 pays.

Le ministre suisse des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, veut accélérer le rapprochement entre les ambassades et les bureaux de l'aide au développement dans près de 40 pays.

(Keystone)

Le ministère suisse des affaires étrangères (DFAE) veut fusionner les bureaux de la coopération au développement (DDC) avec ses ambassades. Un pas important vers une meilleure cohérence de la politique extérieure suisse, jugent certains experts. Mais les ONG craignent un affaiblissement de l’aide au développement.

«Le but est d’avoir une seule représentation dans chaque pays. Cela passera soit par une intégration des bureaux de la DDC dans les ambassades, soit, s’il n’y a qu’un bureau de la DDC, par la transformation de celui-ci en représentation de la Suisse», a indiqué mardi le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Yves Rossier à la Radio Télévision suisse (RTS).

Révélé en marge de la conférence annuelle des ambassadeurs, ce projet de réorganisation du réseau des représentations suisses, dont la mise en oeuvre se fera progressivement d'ici 2017, vise à mieux coordonner les activités de la Suisse à l’étranger. Et d’ainsi éviter les contradictions qui se présentent parfois entre la promotion économique et la défense des droits de l’homme ou l’aide au développement.

«Imaginons que nous soutenions dans le même pays une entreprise minière suisse et un programme visant à mieux définir les conditions d’exploitation des mines. Si ces deux activités ne sont pas coordonnées, on pourrait nous reprocher d’annuler avec la main gauche ce que nous faisons de la main droite», a ainsi illustré Yves Rossier.

«Bon pour l’image de la Suisse»

Directeur d’Alliance Sud, l’organisation faîtière de six grandes organisations non gouvernementales (ONG) suisses, Peter Niggli se montre «très sceptique» face à cette annonce et dit craindre un affaiblissement de la politique suisse d’aide au développement. «Lorsqu’il y aura des divergences, comme dans l’exemple cité par Monsieur Rossier, on peut craindre que les intérêts économiques et géostratégiques de la Suisse ne l’emportent sur toutes les autres considérations», indique-t-il. Jusqu’ici, la Suisse faisait partie du groupe des pays qui menaient une politique d’aide au développement indépendante de grands intérêts nationaux et qui se concentrait sur les besoins des pays en développement, relève Peter Niggli. «Cette politique est aujourd’hui en danger».

Pour le président du Forum de politique étrangère suisse (foraus), Nicola Forster, il ne faut pas peindre le diable sur la muraille: «De tels conflits d’intérêts ne sont pas fréquents dans la politique extérieure helvétique. Et ils existaient déjà auparavant, on n’assistera pas à un véritable changement de paradigme». Pour l’ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Franz von Däniken, ce projet va également dans le bon sens: «C’est une bonne chose pour l’unité d’action, la coordination et l’image de la Suisse à l’étranger».

«Une seule Suisse»

Dans une réponse écrite adressée à swissinfo.ch, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) précise que l’intégration des ambassades et des bureaux de la coopération suisse (DDC) répond à la volonté d’apparaître à l’étranger comme «une seule Suisse».

«Une politique étrangère bien coordonnée et intégrée est la clé de la préservation efficace des intérêts de la Suisse. Elle permet d’assurer la meilleure visibilité possible de notre pays sur la scène internationale», affirme le DFAE.

L’ensemble des activités de politique étrangère dans un pays donné sera ainsi assuré en un seul endroit, sous la responsabilité générale du chef de mission. Le mandat de la DDC, clairement défini par le Parlement, ne sera toutefois pas affecté par ces mesures d’intégration, indique le DFAE. «Il s’agit d’atteindre une plus grande efficacité dans la coopération internationale, un élément important de la politique extérieure suisse».

En raison notamment des impératifs budgétaires, le réseau des représentations suisses à l’étranger fait par ailleurs «l’objet d’une évaluation permanente», selon le DFAE, qui tient à préciser que ce projet d’intégration n’est pas lié aux fermetures de consulats annoncées ces dernières années.

«Dans le domaine consulaire, les mesures - prises depuis 2011 - visaient à effectuer des économies en regroupant ces services au sein de centres régionaux. Ces regroupements ont été échelonnés sur plusieurs années et prendront fin en 2014.»

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Les craintes évoquées par les ONG ne sont pas justifiées aux yeux de Franz von Däniken: «La défense des intérêts économiques de la Suisse et les activités d’aide au développement sont tout à fait compatibles. A long terme, l’économie suisse a ainsi intérêt à ce que les pays du Sud se développent.» Et de citer l’exemple du Mali, où pour l’heure les activités d’aide au développement priment, mais qui pourrait également intéresser les entreprises suisses à l’avenir.

Changement de culture important

La volonté d’abattre le mur entre le DFAE et la DDC est toutefois antérieure à l’arrivée en 2011 de Didier Burkhalter à la tête du ministère des Affaires étrangères. Des rapprochements ont ainsi déjà eu lieu ces dernières années dans les domaines des ressources humaines ou de la communication.

Et en 2003 déjà, Micheline Calmy-Rey annonçait vouloir renforcer l’unité d’action de la Suisse à l’étranger. «La DDC a longtemps été un royaume autonome, ce qu’elle est encore partiellement en matière budgétaire», relève Nicola Forster. «Un changement de culture important est toutefois intervenu en 2008, lorsque Martin Dahinden a pris la succession de Walter Fust à la tête de la DDC. Didier Burkhalter et Yves Rossier veulent encore accélérer cette intégration et véritablement construire une politique extérieure plus cohérente».

Longtemps considérée comme un repère de tiers-mondistes, la DDC a fait sa mue ces dernières années, estime encore Nicola Forster:  «Le personnel de la DDC et du DFAE a désormais le sentiment de défendre les mêmes intérêts, et pas seulement ceux de leur service. La résistance au changement est certes encore présente, mais les avantages d’une meilleure coopération sont évidents».

Le président du foraus souligne que des projets d’intégration ont déjà été menés ces dernières années à l’étranger, sur lesquels il est possible de s’appuyer. Peter Niggli reconnaît que ces projets-pilotes n’ont jusqu’ici pas donné lieu à des expériences négatives: «Au Népal ou au Mozambique, cela s’est bien passé. Mais ces regroupements s’appliqueront désormais à des pays beaucoup plus intéressants d’un point de vue économique pour la Suisse et ses entreprises. Je pense notamment à la Birmanie, où cette intégration risque de poser des problèmes».

La Suisse et l’aide au développement

La Direction du développement et de la coopération (DDC) dépend du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Elle a été créée en 1961.
 
Elle réunitl’aide d’urgence et à la reconstruction ainsi que la coopération au développement, sur le long terme. Le Corps suisse d’aide humanitaire, qui intervient en cas de catastrophe, est partie intégrante de la DDC.
 
En 2012, la DDC a dépensé 1,85 milliard de francs pour ses actions. Elle emploie près de 1500 personnes en Suisse et dans le monde.

 
En plus de ses projets propres, elle appuie les programmes d’organisations multilatérales et contribue au financement de programmes conduits par des œuvres d’entraide suisses et internationales.
 
Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) est l’autre acteur étatique de l’aide au développement suisse.

En juin 2012, le Parlement suisse a décidé d’augmenter l’aide publique au développement à 0,5% du revenu national brut d’ici 2015. Avec ce taux, la Suisse se positionnerait au milieu du peloton des pays donateurs européens.

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swissinfo.ch


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