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«Nous avons plus que jamais besoin de l’ONU»



Ancien ministre suisse des Affaires étrangères, Joseph Deiss présidera durant une année les débats de l'Assemblée générale de l'ONU.

Ancien ministre suisse des Affaires étrangères, Joseph Deiss présidera durant une année les débats de l'Assemblée générale de l'ONU.

(Keystone)

En tant que ministre des Affaires étrangères, Joseph Deiss s’est battu pour que la Suisse adhère à l’ONU en 2002. Huit ans plus tard, il se retrouve à la tête de l’Assemblée générale d’une organisation qu’il estime plus indispensable que jamais. Interview.

Le 14 septembre prochain, Joseph Deiss présidera pour la première fois les débats de l’Assemblée générale de l’ONU. Elu le 14 juin par acclamation pour succéder au Libyen Ali Treki, l’ancien ministre suisse jouera notamment un rôle important dans le cadre du processus de réforme du Conseil de sécurité.

A un peu plus d’un mois de son entrée en fonction, le Fribourgeois évoque avec swissinfo.ch les missions et les défis qui l’attendent durant son année de présidence à New York.

swissinfo.ch: Lors de votre discours d’intronisation, vous avez cité une phrase qui se trouve dans le préambule de la Constitution suisse: «La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres». Un leitmotiv pour votre présidence?
Joseph Deiss: Dès la création de notre pays, la solidarité y a toujours joué un grand rôle. Je pense que cela peut aussi être une recette à succès pour la communauté internationale. J’ai d’ailleurs reçu beaucoup de commentaires positifs par rapport à cette citation.

swissinfo.ch: L’organisation dans son ensemble se trouve face à de grands défis. L’ONU peut-elle encore s’imposer dans des domaines d’importance globale?
J.D.: Nous avons plus que jamais besoin de l’ONU. C’est la seule organisation qui peut revendiquer l’universalité. Les grandes questions que se posent l’humanité sont des questions globales. Celles-ci doivent être débattues dans un lieu où le monde entier est présent. Je ne connais aucun autre endroit où cela soit le cas.

swissinfo.ch: Votre première grande échéance en tant que président de l’Assemblée générale sera le sommet sur les objectifs du Millénaire de l’ONU. Qu’attendez-vous de cette conférence?
J.D.: J’espère naturellement que cette conférence sera couronnée de succès. Par succès, j’entends une atmosphère de renouveau, qui permette non seulement d’affirmer que ces objectifs seront atteints en 2015, mais qu’on puisse dégager un véritable plan d’action pour cela et que chacun sache ce qui lui reste à accomplir.

C’est important de montrer que l’on peut accomplir de grandes choses. Les objectifs du Millénaire et les projets qui y sont liés font dans cette optique figure d’exemple.

Ce projet, on peut l’affirmer, est la plus grande entreprise jamais mise sur pied par l’homme pour enfin lutter à bras le corps contre la pauvreté. Mon message sera le suivant: beaucoup de choses ont été faites, mais il reste énormément à accomplir. Et nous avons les moyens d’y parvenir. Il faut juste le vouloir. Si nous y parvenons, les citoyens du monde entier prendront l’ONU au sérieux et l’estimeront à sa juste valeur.

swissinfo.ch: L’Assemblée générale de l’ONU, qui n’a pas de pouvoir législatif, est parfois perçue comme un lieu où l’on ne fait que bavarder. Que répondez-vous à cette critique?
J.D.: C’est une opinion souvent exprimée. Ma réponse est la suivante: l’Assemblée générale de l’ONU a davantage de compétences et de pouvoir que ce que l’on croit généralement. Pour ne citer que deux exemples, l’Assemblée générale est compétente pour voter le budget de l’organisation et pour élire le Secrétaire général.

Il est également important de rappeler que l’Assemblée générale protège et développe la charte des Nations unies. Ce n’est pas tout à fait juste de dire qu’elle n’a aucune compétence législative. L’assemblée générale a des pouvoirs à caractère quasi législatif, comme le formulent les spécialistes. Autrement dit, elle peut poser les bases d’un développement des lois.

Mais la meilleure manière de répondre à ce reproche est de formuler cette question: oui, et alors? Je constate qu’il n’y a aucun autre endroit au monde où les 192 Etats se réunissent et où chacun peut prendre la parole pour exprimer ses désirs. Et où chacun doit également écouter l’autre. Je considère cela comme un énorme acquis de la communauté internationale.

swissinfo.ch: Dans quels domaines voulez-vous personnellement axer vos priorités?
J.D.: Il est un domaine où je veux réaliser un effort particulier, c’est celui de l’économie verte. Lorsque nous parlons de développement économique, nous devons faire le lien avec l’environnement car le monde a besoin d’un développement durable.

Un autre thème important est celui de la gouvernance globale. Comment pouvons-nous trouver des réponses à des questions qui ne peuvent être résolues qu’au-delà des frontières nationales? Ce sont des thématiques qui occupent des plus petits groupes de pays comme le G20. La question est de savoir comment nous voulons renforcer le rôle de l’Assemblée générale dans la gouvernance globale.

swissinfo.ch: Votre fonction a avant tout un caractère de coordination. Votre mission n’est pas d’émettre des prises de position politiques de fond. Pouvez-vous tout de même faire bouger les choses?
J.D.: Je veux et je dois être le président de tous les 192 Etats membres. C’est mon leitmotiv principal. Si je parviens à bien exercer mon rôle de président, qui est plus important que ce qui est généralement reconnu, je pourrai certainement atteindre certains objectifs.

swissinfo.ch: Un sujet qui revient sans cesse est celui de la réforme du Conseil de sécurité. En tant que président de l’Assemblée générale, avez-vous les moyens de faire évoluer les choses?
J.D.: C’est en effet l’une des questions les plus ardues que l’Assemblée générale devra résoudre. J’ai déjà commencé à travailler sur le sujet et rencontré le facilitateur. J’espère que nous apporterons une nouvelle impulsion dans la discussion, même si nous n’arriverons certainement pas à clore le sujet en une année.

Une réforme est indispensable, ce n’est aujourd’hui plus contesté. Mais il y a toujours des discussions pour savoir quels changements sont nécessaires. Il s’agit maintenant de savoir si les travaux importants des derniers mois ont porté leurs fruits.

Nous sommes actuellement à une étape durant laquelle les Etats-membres sont appelés à prendre position sur les propositions du facilitateur. Nous attendons donc cette prise de position, puis seulement nous pourrons voir plus loin.

swissinfo.ch: Comme président de l’Assemblée générale, vous ne représentez pas la Suisse. Pourrez-vous tout de même appliquer certaines valeurs suisses dans votre fonction?
J.D.: Mon expérience de la neutralité, qui est toujours mentionnée par les gens autour de moi, est un élément important. Je pense également que notre capacité à dégager des consensus réveille de grands espoirs. Tout comme peut-être cette manière pragmatique de procéder, c’est-à-dire tenter de trouver des solutions aux problèmes plutôt que simplement émettre des théories.

Rita Emch, swissinfo.ch, New York
(Traduction de l’allemand: Samuel Jaberg)

Joseph Deiss

CV. Le politicien démocrate-chrétien (PDC) Joseph Deiss est né en 1946 à Fribourg. Il est marié et père de trois enfants aujourd’hui adultes.

Elu. Il est entré au Conseil national (Chambre basse) en 1991 avant d’être élu au Conseil fédéral en 1999. D’abord ministre des Affaires étrangères, il est devenu ministre de l’Economie en 2003, avant de se retirer du gouvernement en 2006.

Prof. De 1984 à son élection au gouvernement, Joseph Deiss était professeur d’économie politique à l’Université de Fribourg. Entre 1993 et 1996, il a été surveillant des prix.

Succès. L’aval du peuple aux accords bilatéraux avec l’Union européenne en mai 2000 et à l’adhésion à l’ONU en 2002 figurent à son palmarès aux Affaires étrangères.

Re-succès. Autre succès, en tant que ministre de l’Economie cette fois: le «oui» du peuple à l’extension de la libre circulation des personnes en 2005.

ONU. Le 11 juin dernier, il a été élu par acclamation à la présidence de l’Assemblée générale de l’ONU. Il succèdera au Libyen Ali Treki le 14 septembre. Son mandat durera une année.

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assemblée générale de l'ONU

L’Assemblée générale est le plénum de l’organisation, où les 192 Etats-membres disposent du même droit de vote, indépendamment de leur taille ou leur puissance.

Sa présidence change chaque année selon un processus de rotation entre les cinq groupes régionaux de l’organisation. Au tour cette année du Groupe des États d'Europe occidentale et autres États (WEOG), ce qui a permis à la Suisse de présenter la candidature de Joseph Deiss.

Le groupe régional se retrouve autour d’un nom et le propose à l’Assemblée générale. La proposition n’est pas combattue en règle générale et le candidat est élu par acclamation.

Dans ce groupe qui comprend, outre les pays d’Europe occidentale, Israël, la Turquie, les Etats-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, Joseph Deiss était opposé à l’ex-ministre des Affaires étrangères belge Louis Michel.

Parmi les attributions du président figurent l’organisation de l’agenda annuel, ensuite concrétisé en collaboration avec un bureau de la présidence.

Le président conduit le débat général de deux semaines et les sessions extraordinaires réunies durant l’année. En cas d’empêchement, il peut être remplacé par un de ses 21 vice-présidents.

Avec les Etats-membres, le Secrétaire général et les présidents des six commissions de l’Assemblée générale, il participe à l’élaboration des projets de résolutions consensuels qui sont présentés à l’assemblée.

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