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Avec deux présidents, la Côte d’Ivoire risque le pire

Les partisans d'Alassane Ouattara ont montré leur mécontentement un peu partout dans le pays.

(Keystone)

A l’issue des élections ivoiriennes, les risques d’affrontement ressurgissent dans un pays qui compte depuis ce week-end... deux présidents. Chacun a en effet prêté serment, à sa manière. Analyse avec le diplomate suisse Gérard Stoudmann.

Le candidat de l’opposition Alassane Ouattara qui nomme son gouvernement, le président sortant Laurent Gbagbo qui désigne son Premier ministre: la Côte d'Ivoire, dont les deux rivaux se revendiquent présidents, était plus que jamais dans la crise dimanche, malgré la médiation de l'ex-chef d'Etat sud-africain Thabo Mbeki, dépêché en urgence en Côte d'Ivoire par l'Union africaine (UA).

Après avoir reconduit comme Premier ministre Guillaume Soro, Alassane Ouattara a formé dimanche son gouvernement. Son rival à la présidentielle du 28 novembre, Laurent Gbagbo, n'a pas tardé à répliquer, annonçant dans la soirée la nomination de l'universitaire Gilbert Marie N'gbo Aké au poste de Premier ministre.

Le diplomate suisse Gérard Stoudmann, ex-Haut représentant de l'ONU pour les élections en Côte d'Ivoire de 2006 à 2007, livre son analyse de la situation.

swissinfo.ch : Le président Laurent Gbagbo a menacé de demander le départ immédiat du Haut représentant des Nations unies en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, après la proclamation de la victoire du candidat de l’opposition. Ça doit réveiller des souvenirs en vous.

Gérard Stoudmann: Effectivement, ça me rappelle des souvenirs… Je crois que dès 2006, Laurent Gbagbo avait des doutes sur sa réélection. Ce résultat était prévisible pour des élections crédibles et libres, car Alassane Ouattara est originaire du Nord, où la population est majoritaire. A cela s’ajoute les voix au Sud de tous les déçus du régime actuel, qu’ils jugent responsable de la détérioration de la situation économique et l’appauvrissement des gens.

Gbagbo le savait et c’est pourquoi il a évité ces élections comme la peste et les a renvoyées aussi longtemps que possible. En dernier recours, il avait prévu, dès 2006, de mettre sous son contrôle le Conseil constitutionnel, responsable de valider le scrutin. De cette façon, il contrôlait le processus électoral. Toutes les tentatives d’empêcher la Commission électorale indépendante de publier les résultats à temps vont dans ce sens. C’était le «worst case» scénario, une gestion de crise préparée depuis longtemps.

swissinfo.ch : Comment le rôle de l’ONU a-t-il évolué depuis votre départ de la Côte d’Ivoire, suite à des pressions de Laurent Gbagbo?

G.S. : L’ONU a joué un rôle essentiel dans la préparation et le bon déroulement des élections, ainsi que dans la certification des résultats proclamés par la Commission électorale indépendante. Monsieur Choi était très clair quand il a déclaré Alassane Ouattara vainqueur des élections.

Le rôle de l’ONU était extrêmement important. L’ONU est un acteur neutre. Aux yeux de la communauté internationale, c’est Ouattara qui a été élu président de la Côte d’Ivoire. Et c’est grâce à la présence des casques bleus des Nations unies que les débordements de violence n’ont pas été plus graves.

swissinfo.ch: Vous êtes très critique à l’égard du Conseil constitutionnel. Que dites vous de la Commission électorale indépendante (CEI)?

G.S. : Il faut rendre hommage au courage, ainsi qu’au travail accompli par la CEI, dont l’Afrique peut être fière. La CEI a réussi la performance d’organiser des élections libres et crédibles dans des conditions extrêmement difficiles.

swissinfo.ch: Que va-t-il se passer maintenant? Pensez-vous qu’Alassane Ouattara va se laisser voler sa victoire?

G.S. : Les supporters d'Ouattara ne vont pas se laisser voler leur victoire. Ouattara a une légitimité derrière lui. On risque d’avoir deux gouvernements en parallèle. Ce qui nous ramène dix ans en arrière. Dans les faits, Gbagbo ne contrôle pas le Nord du pays. Avant tout, il faut éviter la violence. Le président Gbagbo doit respecter le vœu du peuple ivoirien et éviter de prendre la responsabilité d’un retour à la violence et la guerre.

swissinfo.ch: Mais Gbagbo a le soutien de l’armée ivoirienne.

G.S. : Il a le soutien du général Philippe Mangou (chef d’état-major des armées), mais pas de toute l’armée. Il est connu qu’il y a plusieurs tendances au sein de l’armée. Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est l’affrontement. Après dix années de crise, le peuple ivoirien veut la paix. La Côte d’Ivoire est un pays qui a besoin de stabilité pour se reconstruire.

Si Gbagbo veut rendre service à la Côte d’Ivoire, et à l’Afrique, il doit respecter le résultat du scrutin et penser avant tout aux enjeux pour son pays et sa population. L’alternance doit devenir la normalité en Côte d’Ivoire, à l’image des pays voisins comme le Ghana et la Guinée.

swissinfo.ch: Comment sortir de la crise?

G.S. : Il faut un message très clair de la communauté internationale: qu’il n’y a pas d’alternative au respect de la volonté du peuple ivoirien. Je crois que la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et l’Union africaine (UA) ont un rôle important à jouer.

C’est avant tout aux organisations africaines de faire entendre raison aux parties, avec le soutien de la communauté internationale et du Conseil de sécurité des Nations unies. La communauté internationale peut obtenir beaucoup, à condition d’être unie. Gbagbo table sur les désunions au sein de la communauté internationale.

swissinfo.ch: Le Premier ministre Guillaume Soro, qui a organisé des élections libres et crédibles en Côte d’Ivoire, peut-il contribuer à débloquer la situation?

G.S. : Le Premier ministre est un homme d’une redoutable intelligence. Le rôle de Guillaume Soro se reflète dans son attachement aux valeurs démocratiques. Et il a reconnu Alassane Ouattara comme le vrai vainqueur des élections et président élu de la Côte d’Ivoire.

Un scrutin entre deux feux

Les résultats. Le 2 décembre, la Commission électorale indépendante (CEI) avait déclaré Alassane Ouattara, originaire du Nord du pays et ancien Premier ministre de 1990 à 1993, vainqueur du deuxième tour de la présidentielle du 28 novembre, avec 54,1% des suffrages, contre 45,9% pour Laurent Gbagbo. Chiffres qui ont été confirmés par le Haut représentant des Nations unies en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi.

Abrogé. Ce résultat a été invalidé par le Conseil constitutionnel, contrôlé par le président Gbagbo, sous prétexte que la CEI avait publié les résultats un jour après le délai légal. Donnant suite au recours déposé par le camp Gbagbo, le Conseil constitutionnel a annulé les suffrages de sept départements du Nord et déclaré le président sortant gagnant avec 51,45% des voix.

Soutien international. L'ONU, les Etats-Unis, la France, l'Union européenne, la Grande-Bretagne, la Francophonie mais aussi l'Union africaine et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont avalisé les résultats de la CEI et reconnu sa victoire. La Cédéao, dont la Côte d'Ivoire est membre, doit tenir un sommet mardi à Abuja consacré à cette crise.

La Suisse n'a pas aussi clairement pris parti, mais se range au scepticisme de la communauté internationale. David Vogelsanger, son ambassadeur en Côte d'Ivoire n'a donc pas participé à la prestation de serment de M. Gbagbo, selon le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

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La Suisse déconseille

La Suisse déconseille les voyages vers la Côte d'Ivoire, «jusqu'à ce que la situation soit clarifiée».

«Une soudaine détérioration de la situation sécuritaire est possible. Des troubles à caractère politique ou des manifestations accompagnées de violences sont susceptibles de se produire dans tout le pays», indique le DFAE.

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GÉRARD STOUDMANN

Suisse. Né le 23 novembre 1951, Gérard Stoudmann a étudié le droit à l’Université de Lausanne et les relations internationales à l’Institut des études internationales de Genève.

OSCE. En 1997, il est nommé Ambassadeur et élu directeur du Bureau de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), chargé des institutions démocratiques et des droits de l’homme à Varsovie. Dès 2003, il devient directeur du Centre de politique de sécurité à Genève.

ONU. De 2006 à 2007, il occupe le poste de Haut représentant de l’ONU pour les élections en Côte d’Ivoire. Son poste est supprimé en juillet 2007, suite à des pressions du président Laurent Gbagbo.

Conseil de l’Europe. Le 20 novembre 2009, il est nommé Représentant spécial pour le développement et la réforme du Conseil de l’Europe.

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