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Des délégués des cantons pour dialoguer avec Berne

Présents sous la coupole fédérale, les cantons agissent également de plus en plus en coulisses pour faire valoir leurs intérêts.

(Keystone)

Face aux voies toujours plus complexes du fédéralisme suisse, un nombre grandissant de cantons s’assurent les services d’un délégué pour faciliter leur dialogue avec la Berne fédérale. Dans quelques jours, le Tessin désignera à son tour un «ambassadeur». Enquête.

Aplanir les contentieux, favoriser le dialogue, voire agir de manière proactive pour promouvoir ou combattre l’acceptation d’un dossier politique; les tâches des lobbyistes, délégués et autres ambassadeurs des cantons auprès de la Confédération sont aussi variées que nombreuses et diffèrent selon les besoins des cantons.

Ces dernières années, les sources de tensions entre la Berne fédérale et le Tessin se sont multipliées et même parfois franchement envenimées. L’éventail des pierres d’achoppement va de la pénurie de hauts fonctionnaires italophones dans l’administration fédérale aux problèmes qui frappent la troisième place financière suisse, Lugano, qui ne bénéficierait pas des mêmes attentions que Genève ou Zurich en cas de difficultés, estime-t-on au Sud des Alpes.

Le choix du gouvernement tessinois

A la question de la quasi absence de représentants de la Suisse italienne au sein des conseils d’administration et des ex-régies fédérales, s’ajoutent les rapports tendus qui caractérisent les relations entre le Tessin et l’Italie.

C’est la raison pour laquelle, dans le sillage d’autres cantons, le gouvernement tessinois doit désigner d’ici quelques jours celui qui deviendra en quelque sorte l’ «ambassadeur» du canton à Berne. Un mandat à durée limitée qui reviendra, sauf coup de théâtre, à un homme.

Des fuites dans la presse régionale ont révélé les noms et prénoms des trois aspirants «ambassadeurs» encore en lice. Il s’agit d’un journaliste, d’un porte-parole d’une Haute Cour fédérale et d’un fonctionnaire de l’administration fédérale. Les trois hommes ont été retenus sur un éventail de 32 candidates et candidats qui avaient répondu à la mise au concours publiée dans la Feuille officielle cantonale cet été.

Différences d’un canton à l’autre

Si le Tessin compte bien favoriser ses contacts dans la capitale grâce à son futur émissaire (qui entrera en fonction le 1er janvier 2011), tous les cantons n’entretiennent pas forcément des relations houleuses avec la Berne fédérale.

Il s’agit généralement davantage de défendre leurs intérêts ou de trouver des alliés dans des dossiers déterminés débattus sous la Coupole et dans les couloirs du pouvoir. Certains gouvernements cantonaux franchissent même un pas de plus en étendant l’activité de leurs lobbyistes aux contacts avec d’autres cantons et même avec l’étranger.

C’est le cas notamment des cantons de Berne et de Vaud. Roland Ecoffey, chef de l’Office des affaires extérieures du canton de Vaud, souligne l’importance des bons contacts avec les autres cantons. «Il arrive fréquemment qu’un dossier intéresse plusieurs, voire même tous les cantons à la fois, explique-t-il. C’est pourquoi il faut impérativement fédérer les intérêts pour donner du poids à la cause, plutôt que de partir seul au combat.»

Et le travail ne manque pas. La tâche des députés est de plus en plus lourde et les affaires de plus en plus pointues et techniques. «Pour être efficaces, nous devons connaître un dossier au moins aussi bien que celui chargé de le défendre au Parlement», précise encore le lobbyiste vaudois.

Un avis que partage le sénateur tessinois Filippo Lombardi. «Par définition, les véritables représentants des cantons restent encore et toujours les membres du Conseil des Etats (sénat), dont je fait partie», tient à préciser l’élu démocrate-chrétien. Il compte néanmoins sur le futur délégué de son canton pour alléger la tâche de la députation tessinoise à Berne.

Roland Eccofey précise encore que «l’essentiel du travail passe par la prise de contact bien en amont des sessions des Chambres fédérales. A ce moment-là, les dés sont déjà pratiquement jetés».

Seulement deux bureaux permanents

Un travail auquel sont également attachées les Genevoises Florence Schürch et Sacra Tomisawa-Schumacher. Les deux déléguées, qui avaient été nommées en décembre 2008, ont elles aussi pour mandat de rapprocher le canton de Genève de la Confédération.

Les deux femmes ont une mission bien précise. «Nous sommes très proactives dans l’administration fédérale, mais aussi auprès de députés d’autres cantons membres de commissions qui comptent pour Genève, mais dans lesquelles notre députation est absente», indique Sacra Tomisawa-Schumacher, basée à Berne.

A cela s’ajoute qu’après l’affaire Kadhafi et divers épisodes qualifiés de «Genferereien» (genevoiseries), le canton du bout du lac, soupçonné d’être trop tourné vers la France et les organisations internationales, a lui aussi ressenti le besoin de renforcer ses liens avec la Confédération. Pour l’heure, Genève, à l’exception de Berne, est d’ailleurs le seul canton à s’être doté un bureau permanent dans la capitale fédérale.

Pas de fossé linguistique

«Aujourd’hui, nous ne nous trouvons plus uniquement face à un fédéralisme vertical, avec la Confédération, les cantons et les communes. La structure est désormais aussi horizontale, avec les conférences des cantons et des organisations supra cantonales notamment, qui enrichissent mais aussi qui compliquent le réseau qui forge le fédéralisme suissse», explique le politologue et enseignant à l’université de Genève Oscar Mazzoleni.

Face à la lourdeur de la tâche et à la multiplication des institutions, les petits cantons ou ceux qui se situent dans les régions périphériques ressentent le besoin de s’affirmer et de défendre leurs intérêts auprès de l’administration fédérale et dans les couloirs du pouvoir. Indépendamment de quel côté de la Sarine (ou du Gothard) ils se trouvent.

«Bien sûr, la langue est parfois une barrière, mais la géographie aussi. De petits cantons situés dans des régions reculées de Suisse alémanique peuvent tout aussi bien éprouver le besoin de mieux se faire entendre», précise le politologue.

De fait, même des poids lourds du fédéralisme et de l’économie suisse, comme Zurich, Berne et Argovie ont aussi leurs délégués aux affaires extérieures. Et Sacra Tomisawa-Schumacher en est convaincue: «D’autres cantons pourraient bientôt venir grossir les rangs».

Bientôt un canton sur deux

A ce jour, une dizaine de cantons se sont dotés d’un/e ou plusieurs délégué/e(s) aux affaires fédérales.

La tâche de ces «lobbyistes» varie selon les besoins et la situation des cantons.

Elle va de l’élaboration de dossiers ponctuels au suivi des activités de l’administration fédérale et la facilitation des contacts que les ministres cantonaux peuvent entretenir avec l’administration fédérale.

Certains cantons, qui ne comptent pas de représentants au sein de certaines commissions fédérales importantes, doivent gagner la confiance d’édiles d’autres cantons pour espérer voir leurs intérêts défendus ou tout au moins représentés au sein de ces groupes de travail. C’est notamment le cas de Genève.

A Zurich, canton qui peut s’appuyer sur une forte présence dans l’administration fédérale, le délégué est surtout sollicité afin de débriefer les dossiers importants pour le compte de la députation zurichoise aux Chambres.

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Le profil idéal

Pour le gouvernement tessinois, le ou la délégué/e doit être au bénéfice d’une formation académique, connaître parfaitement les langues nationales de même que l’anglais.

Le ou la candidat/e idéal/e doit aussi maîtriser les mécanismes de l’administration fédérale et cantonale, avoir exercé une activité professionnelle dans le secteur privé, être doté d’un sens particulièrement aigu de l’initiative et savoir travailler de manière autonome.

Ce profil correspond largement aux exigences d’autres cantons.

Roland Ecoffey ajoute que la tâche requiert aussi la «capacité de travailler dans l’ombre, afin de servir au mieux les meilleurs ambassadeurs des cantons que sont les sénateurs».

Un mandat délicat et qui risque aussi, selon les cantons, d’être politisé, prévient Oscar Mazzoleni «Dans certains cas, au-delà des critères juridiques et objectifs, les résultats engrangés par un délégué risquent aussi d’être appréciés à la lumière des sensibilités politiques.»

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