Avec Michaëlle Jean, un nouveau départ pour la Francophonie

C'est en janvier 2015 que Michaëlle Jean prendra ses fonctions à la tête de l'OIF. AFP


Ce contenu a été publié le 01 décembre 2014 - 16:45
Frédéric Burnand avec Antoine Kowalski à Dakar, swissinfo.ch

Faute de consensus des Etats africains sur une candidature unique, la Canadienne d’origine haïtienne Michaëlle Jean a été nommée à Dakar au poste de secrétaire générale de la Francophonie (OIF). Pour la Suisse, l’organisation entre ainsi dans une nouvelle ère.

 «Les deux thèmes du sommet de la francophonie étaient les jeunes et les femmes. La décision des chefs d’Etat de choisir Michaëlle Jean est en ligne avec ces thématiques», déclare à swissinfo.ch Jean-Frédéric Jauslin. Et l’ambassadeur de la Suisse auprès de l’Unesco et de la Francophonie d’ajouter depuis Dakar: «J’ai été frappé par son enthousiasme, sa motivation. Avec Michaëlle Jean, nous allons changer de monde. Mais la succession d’Abdou Diouf (79 ans, 12 ans à la tête de l’OIF, NDLR) sera très difficile, car il a fortement marqué l’OIF.»

Lors de sa première conférence de presse comme secrétaire générale, Michaëlle Jean a d’ailleurs déclaré s’inscrire dans la continuité de l’action menée par l’ancien président sénégalais.

Pourtant, sa nomination marque bien une rupture d’avec la règle officieuse qui veut qu’un tel poste échoie à une personnalité du continent africain. Depuis la création du poste de secrétaire général lors du sommet de l’OIF à Hanoï en 1997, la Francophonie a été dirigé par l’Egyptien Boutros Boutros Ghali, puis Abdou Diouf.

«C'est l'incapacité des pays africains à s'entendre sur une candidature unique parmi les quatre prétendants du continent qui a permis à l'ex-gouverneure générale du Canada, d'origine haïtienne, âgée de 57 ans, de s'imposer à la tête de l'OIF, selon les présidents sénégalais, Macky Sall, et français, François Hollande », relève le site d’information SlateAfrique.

Une défaite africaine

De quoi susciter une certaine frustration, comme le pointe l’hebdomadaire Jeune Afrique sur son site: «Mais si Michaëlle Jean a "l'âme africaine", une poignée d'Africains, eux, ont du vague-à-l ‘âme lorsqu'ils pensent à elle, malgré leur respect revendiqué pour sa personne.» Et l’hebdomadaire de citer les réactions des candidats africains en lice, comme le Mauricien Jean-Claude de l’Estrac: «Au-delà du candidat, c'est une indiscutable défaite africaine. Au Sénégal, pays de Senghor, l'Afrique laisse échapper la seule organisation internationale d'importance qu'elle contrôlait.»

Dans le même article, Jean-Claude de l’Estrac montre du doigt Paris: «Je trouve surprenant que la France ait laissé ce poste échapper à l'Afrique. Et je ne suis pas sûr que cela soit dans son intérêt.»

Dans la foulée, l’hebdomadaire cite les récriminations du ministre congolais des Affaires étrangères, Basile Ikouebé: «Michaëlle Jean est une bonne candidate, qui a les compétences requises. Mais nous déplorons qu'aujourd'hui, on s'oriente vers une Francophonie politique où l'on vient donner des leçons aux Africains sur leur sol, tout en menaçant les États qui ne respecteraient pas les règles constitutionnelles qu'ils feront face à des insurrections soutenues de l'extérieur.» Une allusion au discours du président François Hollande dans la capitale sénégalaise.

«Le peuple burkinabé a fait une belle démonstration, a lancé le chef de l’Elysée. Ce qu'a fait le peuple burkinabé doit faire réfléchir ceux qui veulent se maintenir au pouvoir en violant l'ordre constitutionnel.» Rappelons qu’avant sa chute suite à un soulèvement populaire, le président Blaise Compaoré était pressenti, par la France notamment, comme un excellent successeur d’Abdou Diouf.

Contenu externe

Du côté du Canada – 2e contributeur de la Francophonie après la France – c’est bien sûr la joie. «J'ai hâte de travailler avec la nouvelle secrétaire générale et tous les membres de la Francophonie sur les engagements pris lors du sommet de Dakar, notamment en ce qui concerne les femmes et les jeunes, et plusieurs autres dossiers d'importance pour l'organisation, dont les questions de développement, de démocratie et de paix », assure le Premier ministre canadien Stephen Harper, comme le rapporte le site canadien d’information La Presse.

Une femme aux facettes multiples

Un vaste chantier dans lequel la nouvelle patronne de l’OIF peut apporter une nouvelle sensibilité aiguisée tout au long d’un parcours de vie marqué par le déchirement de l’exil d’Haïti, la force de l’engagement en faveur des femmes victimes de violence, son action en faveur de son ile d’origine comme représentante de l’UNESCO en Haïti et l’étendue de son réseau international constitué notamment lorsqu’elle était gouverneure générale du Canada, l’équivalent d’un poste de chef d’Etat.Femme multiculturelle et plurilingue, représentante d’un pays riche, le Canada, tout en étant attachée à l’un des pays les plus pauvres de la planète, Haïti, Michaëlle Jean incarne aussi un nouveau ton au sein de la Francophonie. «Au sein de l'OIF, certains ont peu goûté le ton clivant de sa campagne. Michaëlle Jean le dit elle-même: Je n’ai pas de rapport de complaisance avec les chefs d’État », relèvent les envoyés spéciaux de Radio France Internationale

Un franc parler que relève également le site Rue89, en la citant: «Il faut se souvenir de la raison d’être de l’OIF. Il s’agit de devenir partenaires. La francophonie est née d’une histoire difficile, d’un passé terrible qui a connu la traite sur des siècles, d’une histoire coloniale abominable. La langue française nous a été enfoncée dans la gorge. Elle est ensuite devenue une conquête, une alliance.»

Ce ton nouveau a de quoi séduire une jeunesse en quête d’avenir aussi bien au Sud qu’au Nord de l’espace francophone, une jeunesse au centre du sommet de Dakar.

C’est ce que relève pour swissinfo.ch le président de la Confédération suisse Didier Burkhalter : «J’ai constaté un engagement et une passion pour la jeunesse. Et ce non seulement dans les discours, mais aussi dans les actes, en particulier notre proposition en faveur des jeunes, mais aussi tous les projets pour la formation, l’académie en ligne, la formation professionnelle duale, etc... Si l‘on veut que le monde aille mieux, qu’il s’inscrive davantage dans la paix, il faut construire des perspectives pour les jeunes. Il ne faut pas les laisser partir dans les extrémismes, leur donner des perspectives de travail et d’emploi. Une tâche difficile dans beaucoup d’endroits.»

Frédéric Burnand avec Antoine Kovalski à Dakar

 

Engagement suisse à Dakar

Lors du sommet de la francophonie à Dakar, la Suisse s’est engagée à promouvoir la formation professionnelle dans l’espace francophone et à soutenir une éducation de base de qualité adaptée aux modes de vie de la population, en français et dans les langues maternelles des pays concernés.

La Suisse soutient également la formation supérieure, en particulier à travers les cours académiques en ligne (CMELL/MOOC) mis sur pied par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) avec l’appui de la Confédération.

Ces cours permettent à des étudiants de se former en ligne, même s’ils habitent loin de toute offre universitaire, et de se spécialiser dans les technologies de l’urbanisme, de l’eau, de la nutrition, de l’énergie ou de la santé.

A l’occasion du Sommet, un partenariat a été établi entre l’EPFL et l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) pour la certification de ces cours. La Suisse a proposé une résolution spécifique sur l’éducation à l’ère du numérique.

Source: DFAE

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