Franco-suisses et déçus du sarkozysme

A Marseille, on prépare la documentation... Reuters

Les binationaux participeront massivement aux élections régionales. Toujours soucieux de l’intérêt de leur région, mais parfois attirés par le vote sanction. Etat des lieux, à deux jours du scrutin.

Ce contenu a été publié le 12 mars 2010 - 16:12

Y a-t-il en France un «vote suisse», comme on parlerait d'un vote ouvrier, voire d'un vote breton? «Chez les Franco-suisses, c'est le bon sens paysan qui s'exprime lors des élections, estime Serge Lemeslif, président de l'Union des Associations suisses de France. C’est-à-dire le souci de la bonne gestion locale, plutôt que l'attachement à telle ou telle idéologie». Vrai? Les Suisses de France sont à la fois trop peu nombreux et trop dispersés pour former un véritable corps électoral. Seule chose certaine: ils se montrent de plus en plus critiques à l'égard du président Sarkozy.

Officiellement, l'Hexagone compte 180.000 Helvètes. En réalité, ils seraient plutôt 250.000, dont 80 à 90% de Franco-suisses. Soit l'équivalent d'une ville moyenne, type Reims ou Le Havre. Sauf que les Suisses, on s'en doute, se fondent assez bien dans le paysage français. Et s'ils gardent souvent des vestiges de la tradition helvétique - esprit de milice, sens du travail bien fait - ils affichent rarement leur sensibilité politique. Les élus franco-suisses sont une espèce rarissime. Le temps de Jean-Paul Marat - né à Boudry, dans le canton de Neuchâtel - est décidément révolu.

Ebauche de ras-le-bol

On placerait volontiers les Suisses au centre, voire au centre-droit. «Aux dernières élections, j'ai placardé des affiches pour l'UMP, témoigne Cathy Minck, une enseignante franco-suisse vivant dans le Val-d'Oise, à la retraite depuis peu. Aujourd'hui, j'hésite. Je suis une déçue du sarkozysme. Le désir du Président de placer à tout prix son fils, son côté autocrate, me heurtent. Je ne sais pas encore si je voterai pour l'UMP ou pour le parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République.»

Les prises de position de Nicolas Sarkozy à l'égard de la Suisse, la politique peu aimable de son ministre du budget Éric Woerth n'ont pas aidé. «Le pouvoir a tellement tapé sur la Suisse, il en reste forcément des traces», résume Serge Lemeslif.

En cela, les Suisses votent à la française: les enjeux nationaux comptent aussi, même dans les élections régionales. «Placées au milieu du quinquennat, ces élections régionales font désormais figure de scrutin à mi-mandat, un peu comme aux États-Unis», constate Serge Lemeslif, breton d'origine devenu suisse par mariage.

La notion de région

Difficile donc de s'extraire de ces considérations nationales pour voter exclusivement «régional». D'autant que la région n'a rien à voir avec notre canton. Question d'histoire. «La région souffre d'un déficit d'image, note Jean-Philippe Ottou, président de l'Amicale suisse du Var. Les gens se réfèrent plus facilement au département qu'à la région. Et pourtant, celle-ci a des pouvoirs importants, en matière de transports, d'éducation et de formation professionnelle notamment. » Or, dès qu'on s'éloigne des grands centres urbains, des problèmes se posent, poursuit Jean-Philippe Ottou, qui travaille à Electricité de France à Hyères. Problèmes de transports et d'administration.

Les enjeux nationaux dominent trop souvent le choix des candidats. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, pour tenter d'attirer les (nombreux) électeurs du Front national et reprendre la région à la gauche, l'UMP a choisi le très droitier Thierry Mariani, proche de Sarkozy. «En France, les politiciens ont souvent du mal à se retrousser les manches et à coller au terrain », déplore Cathy Minck.

Si, depuis peu, les politiciens d'envergure nationale s'intéressent à la région, «c'est que les enjeux sont devenus considérables», remarque Jean-Michel Voirol, président de l'Amicale suisse de la région de Toulouse. «Voyez la région Midi-Pyrénées, aussi vaste que la Suisse, et qui forme avec la Catalogne une euro-région aux potentiel énorme.»

Une sociologie des Franco-Suisses?

Difficile de parler d'un «vote franco-suisse» quand on fait face à mille histoires singulières. Avec son sens de la formule et du raccourci, Serge Lemeslif divise la «communauté» suisse en trois. D'abord les descendants des gardes suisses du Roi. Ensuite les immigrés et fils d'immigrés. Enfin «ceux pour qui la Suisse était trop petite et qui ‘disparaissent’ dans l'Hexagone».

Valaisan, le grand-père de Jean-Philippe Ottou travaillait l'hiver dans les hôtels suisses d’Hyères. Il a fini par s'y installer. Dans la région Midi-Pyrénées, notamment dans le Gers, de nombreux Suisses ont émigré après la première guerre mondiale, pour renforcer l'agriculture locale. Jean-Michel Voirol les connaît bien. Son cas est un peu différent, lui qui a émigré de son Valais natal. Un drapeau suisse est planté dans sa maison du Tarn-et-Garonne.

Etablir une sociologie politique des Franco-Suisses ? Pas simple. «Il y a ceux pour qui l'attachement à la Suisse, notamment par le vote, reste fondamental. Et puis, il y a ceux qui se sont perdus, si l'on peut dire, dans l'immensité française.»

Pour ces derniers, majoritaires dans le sud-ouest, le réflexe «suisse» ne compte guère. «Ils sont assez déconnectés des réalités helvétiques et des bisbilles franco-suisses.»

Mathieu van Berchem, Paris, swissinfo.ch

LA GAUCHE NETTEMENT EN TÊTE

En 2004, la gauche a remporté 20 des 22 régions de France métropolitaine. La droite préside les régions Corse et Alsace.

D'après les derniers sondages, le parti socialiste et ses alliés d'Europe Ecologie devraient conserver les régions gagnées il y a six ans, plus la Corse. L'Alsace pourrait rester à droite.

Au second tour, le bloc de gauche pourrait rassembler entre 51 et 52 % des voix, contre 28 % à l’UMP et à ses alliés.

Dans plusieurs régions, notamment en région parisienne, le parti écologiste représente désormais un allié de poids, presque menaçant, pour le PS. En Alsace, si jamais la gauche prend la région, c'est un candidat vert qui la présidera.

End of insertion

PAS DE CHANGEMENT EN VUE

Nicolas Sarkozy a assuré que, quel que soit le résultat des élections régionales, il ne changerait ni de premier ministre ni de politique.

«C'est un grand problème français que de confondre les échéances. Elections régionales, conséquences régionales, élections nationales, conséquences nationales», a assuré le président.

Ce dernier s'est pourtant impliqué dans la campagne, en venant soutenir les candidats UMP dans les régions incertaines, notamment son ministre Alain Joyandet en Franche-Comté.

D'après un sondage, 73% des Français estiment que le gouvernement devra entendre le message des urnes. 59% des sondés sont mécontents de l'action de Nicolas Sarkozy.

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article