L’UE doit continuer à jouer un rôle dans la crise libyenne

Pour l'heure Max Göldi est toujours retenu à Tripoli. Keystone

Quelques jours après que l'Union européenne a fait échouer le plan visant à faire pression sur Tripoli, Berne compte toujours sur Bruxelles pour sortir de la crise. Des responsables européens se disent engagés à obtenir la libération de l’homme d’affaires suisse Max Göldi.

Ce contenu a été publié le 31 mars 2010 - 14:40

Cecilia Malmström, commissaire européenne aux Affaires intérieures, a indiqué que «beaucoup de gens sont impliqués» dans cette opération. De son côté, le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle déclarait dimanche dans la presse suisse que «la Libye doit relâcher l’otage Göldi immédiatement».

«L’UE soutient la Suisse dans la recherche d’une solution diplomatique avec la Libye», affirme le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) à swissinfo.ch. Nous considérons que le rôle de médiateur de l’UE est capital pour atteindre notre objectif principal: le retour en Suisse de Max Göldi».

L’avocat de ce dernier, Saleh Zahaf, a affirmé mardi qu’il n’avait pas de nouvelles de son client. De son côté, le DFAE a relevé que l’otage suisse reçoit chaque jour la visite du consulat, excepté le vendredi.

Max Göldi doit encore purger douze semaines, sur sa peine de quatre mois, infligée pour violation des lois sur l’immigration. Mais les diplomates suisses et européens espèrent qu’il sera autorisé à sortir plus rapidement.

Jeudi dernier, les autorités suisses ont supprimé la liste noire interdisant aux dignitaires libyens, les Kadhafi y compris, de voyager dans les 25 Etats de l’espace Schengen. De leur côté, les responsables européens doivent en discuter le 5 avril.

«Un coup dur pour la Suisse»

«Cela a été un coup dur pour la Suisse», a commenté Annabelle Littoz-Monnet, professeur à l’Institut international et des études du développement à Genève et experte en affaires européennes.

La crise, qui a débuté suite à l’arrestation et à la garde à vue de l’un des fils de Muammar Kadhafi dans un hôtel genevois, a été marquée jusqu’ici par beaucoup de diplomatie et de minces espoirs.

Le week-end dernier, la Libye a, de son côté, levé l’interdiction de visas pour les ressortissants de l’UE, marquant sa victoire après les excuses de la Suisse et de l’Europe. Astrid Epinay, professeure de droit international à l’Université de Fribourg, estime que l’UE et la Suisse n’ont plus une grande marge de manoeuvre.

Elle relève que les acteurs les plus importants, hormis la Suisse et la Libye, sont l’Espagne et l’Allemagne. La première parce qu’elle occupe actuellement la présidence tournante de l’UE, la seconde parce qu’elle est un important partenaire économique des deux pays.

Astrid Epinay ne voit pas très bien comment, mis à part les talents des diplomates européens ou, peut-être, l’empathie du régime libyen, Max Göldi pourrait être libéré,. «Je pense qu’ils n’ont pas beaucoup de moyens à disposition», précise-t-elle.

La Libye a obtenu coup sur coup les excuses de deux importants partenaires. Avant que l’UE n’ait déploré «les désagréments» causés par la Suisse aux Libyens, le Département d’Etat américain avait présenté ses excuses pour avoir laissé entendre que Kadhafi ne savait pas ce qu’il faisait. Rappelons que ces excuses ont été présentées après que la Libye eut lancé un appel à la guerre sainte contre la Suisse.

Enjeux économiques

Il y a aussi des enjeux économiques dans la balance: l’UE négocie depuis 2008 un accord de partenariat avec la Libye, le dernier pays du sud de la Méditerranée à ne pas l’avoir encore signé, précise Annabelle Littoz-Monnet. «Je crois qu’il est très important pour l’UE de négocier et de signer ce partenariat au plus vite.»

Cet accord permettrait d’intensifier les échanges commerciaux et les investissements et serait lié à des clauses sur les droits humains et la démocratie. Tripoli pourrait aussi s’avérer être un partenaire précieux dans la lutte européenne contre le terrorisme.

Et il ne faut pas oublier que la Libye dispose des plus grandes réserves de pétrole d’Afrique, les neuvièmes du monde en importance. «L’UE n’a pas apporté un grand soutien à la Suisse», estime Annabelle Littoz-Monnet. Mais elle considère que nombre de ses initiatives, dont ses excuses à Tripoli, ont été d’ordre stratégique.

La spécialiste pense que le reste de l’Europe est sincèrement préoccupé par le sort de Max Göldi. «Mais je ne crois pas qu’il y ait de grandes inquiétudes, puisque la détention a été réduite à quatre mois et qu’elle va donc s’achever d’une manière ou d’une autre.»

Justine Häne, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Isabelle Eichenberger)

Chronologie de la crise

15 juillet 2008: Soupçonnés d’avoir maltraité leurs deux domestiques, Hannibal Kadhafi et sa femme Aline sont arrêtés à Genève. Ils sont inculpés le 17, après deux nuits en détention préventive. Le couple est remis en liberté contre une caution de 500’000 francs.

19 juillet 2008: Deux ressortissants suisses, Max Göldi et Rachid Hamdani, sont arrêtés en Libye. Tripoli leur reproche notamment des infractions aux lois sur l’immigration et le séjour.

26 juillet 2008: La Libye exige des excuses de la Suisse. Berne rejette ces exigences.

20 août 2009: En visite à Tripoli, le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz présente ses excuses au premier ministre libyen Al Baghdadi A. El-Mahmudi pour l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et conclut un accord.

4 novembre 2009: Le Conseil fédéral suspend l’accord passé avec la Libye. Il entend également poursuivre jusqu’à nouvel ordre sa politique de visa restrictive vis-à-vis des ressortissants libyens.

9 novembre 2009: Berne estime que les deux Suisses ont été «kidnappés».

Décembre 2009-début février 2010: Plusieurs procès contre les deux Suisses.

15 février: Tripoli, mettant ses menaces à exécution, affirme que la Libye ne délivre plus de visas d’entrée aux Européens, à l’exception des Britanniques. L’Italie accuse la Suisse d’avoir pris les autres membres de l’espace Schengen en otages.

18 février: Médiation espagnole.

22 février: Max Göldi se rend aux autorités libyennes pour être incarcéré. Rachid Hamdani quitte le pays. Il arrive en Suisse le 23.

25 mars: la Suisse supprime (ou réduit drastiquement) sa «liste noire» de ressortissants libyens.

28 mars: La Libye et l'Union européenne annoncent la levée des restrictions à l'octroi de visas des deux parties.

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