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Le Liban renoue avec l'espoir

L'opposition a démonté le campement qu'elle occupait depuis 18 mois pour réclamer la démission du gouvernement.

(swissinfo.ch)

Après 18 mois de blocage institutionnel et une offensive militaire du Hezbollah qui a fait craindre le pire, majorité pro-gouvernementale et opposition sont parvenues mercredi à un accord. Mais les problèmes fondamentaux du pays restent à résoudre.

Les Libanais n'osaient l'espérer. Moins d'une semaine après la fin de l'offensive du Hezbollah contre les paramilitaires pro-gouvernementaux, la médiation arabe présidée par le Qatar est parvenue à arracher mercredi un accord entre les protagonistes libanais, mettant ainsi un terme à 18 mois de blocage institutionnel.

L'opposition, emmenée principalement par le Hezbollah et le Courant Patriotique Libre (CPL) du général Michel Aoun, a obtenu son tiers de blocage au Gouvernement et la révision qu'elle exigeait d'une loi électorale héritée de l'occupation syrienne. Révision qui aboutit à une meilleure représentativité de l'opposition au Parlement, des chrétiens en particulier.

De son côté la majorité reste maîtresse du Gouvernement et garde la haute main sur Beyrouth-Ouest dans le redécoupage électoral de la capitale. Au final, le Liban va enfin pouvoir se doter du président qui lui fait défaut depuis 5 mois, en la personne du chef de l'armée le général Michel Sleiman, et d'un Parlement fonctionnel.

Campement de l'opposition démonté

«C'est un grand jour pour le Liban, commente l'ambassadeur suisse à Beyrouth, François Barras. L'accord obtenu par le Qatar est bon en cela qu'il offre quelque chose à chacune des parties et cela laisse augurer quelques mois de calme au moins.»

Est-ce à dire que l'ambassade suisse ne va plus recommander à la petite centaine de touristes encore présente dans le pays de quitter le Liban dès que possible ? «Je ne serai totalement rassuré que lorsque le président aura été élu et que les institutions fonctionneront normalement. Mais pour l'instant nous n'allons pas changer nos consignes.»

A Beyrouth, soulagement et optimisme prudent dominent. Premier signe de détente: le campement où l'opposition maintenait un sit-in depuis dix-huit mois au centre-ville pour réclamer la démission du gouvernement a été démonté en quelques heures dans une ambiance de liesse.

Venu assister à l'événement, Nabil Nicolas, député du CPL, estime que «cet accord est une victoire pour les Libanais et non pour les politiciens. Il n'y a ni vainqueur ni vaincu et nous allons pouvoir travailler à la construction d'un Etat de droit.»

Le pire évité

Quelques mois de trêve inespérée car il y a dix jours, c'est l'ombre du pire qui planait sur le Liban.

Petit retour en arrière: après dix-huit mois de blocage complet et 5 mois de vacance de la présidence, le gouvernement mettait le feu aux poudres, mardi 6 mai dernier, en déclarant illégal le système de télécommunication du Hezbollah et en mutant le chef de la sécurité de l'aéroport, accusé d'espionnage au profit du Parti de dieu.

Une « déclaration de guerre » pour le leader chiite Hassan Nasrallah, qui n'avait eu de cesse d'avertir que ce système faisait partie intégrante des moyens de défense de la milice contre l'Etat hébreu.

On connaît la suite. Le lendemain, les combattants du Hezbollah, épaulés par les «bandits» de Aamal, déclenchaient une offensive militaire à Beyrouth-Ouest et dans le Chouf, écrasant les paramilitaires proches du Courant du Futur de Saad Hariri, et forçant le chef druze Walid Joumblatt à une quasi reddition.

Le coup de force devait faire quelque 80 morts et raviver, dans le cœur des Libanais, les pires souvenirs d'une guerre civile que beaucoup ont craint de voir recommencer. Mais ce coup de force, extrêmement périlleux, aura-t-il finalement permis le déblocage d'aujourd'hui ?

«Techniquement c'est bien suite à cet affrontement que la situation a pu être débloquée, concède François Barras. Mais dans un pays comme le Liban, il est toujours très dangereux de jouer avec la question communautaire. Cette offensive a laissé des traces et il faudra du temps pour les effacer.»

Du pain sur la planche

Est-ce à dire que le Liban est sorti de l'ornière? «Cet accord a porté sur les problèmes locaux et immédiats, insiste l'ambassadeur suisse. C'est une base positive qui va permettre aux Libanais de s'attaquer aux problèmes fondamentaux du pays comme la participation des différentes communautés à l'exercice du pouvoir, la construction d'un Etat libanais fort ou, encore, la création d'une citoyenneté affranchie du clientélisme».

«De même, il faudra aussi trouver des solutions à la question des réfugiés palestiniens, à celle de l'armement du Hezbollah et aussi redéfinir les relations du Liban avec ses voisins. Tous ces problèmes vont devoir être abordés et c'est aux réponses apportées que l'on pourra juger si le Liban est vraiment tiré d'affaire», souligne François Barras.

Pour l'heure pourtant, les Libanais veulent y croire. «C'est fantastique, clame dans un éclat de rire Marie-Thérèse Yordanov, physiothérapeute à Beyrouth. Nous allons pouvoir vivre sans avoir peur pour nos enfants et nous pourrons même aller à la plage. L'été va être super!»

Il en faudra pourtant davantage pour qu'elle reprenne totalement confiance en l'avenir. «En tant que Libanaise, je sais que nous avons devant nous quelques mois de trêve. Ensuite...»

swissinfo, Pierre Vaudan à Beyrouth

Les principaux points de l'accord

Le président du Parlement convoquera une séance de la Chambre dans les 24 heures pour élire le chef de l'armée Michel Sleimane à la présidence de la République.

Un gouvernement d'union nationale de 30 membres sera formé: la majorité aura seize ministres et l'opposition onze. Les trois autres ministres seront nommés par le président élu.

Toutes les parties s'engagent à ne pas démissionner du gouvernement ou obstruer l'action du gouvernement.

La loi électorale de 1960 est adoptée pour les élections législatives de l'an prochain, avec des amendements concernant les trois circonscriptions électorales de la capitale, Beyrouth.

Le recours aux armes ou à la violence à des fins politiques est interdit.

Le dialogue reprendra pour étendre l'autorité de l'Etat sur toutes les régions du pays. Ce dialogue sera conduit par le nouveau président.

L'autorité sur les forces de sécurité et militaires sera concentrée dans les mains de l'Etat.

L'autorité de l'Etat s'étendra sur toutes les régions du pays de manière à ce que les hors-la-loi n'échappent pas à la justice.

Les dirigeants politiques libanais réitèrent leur engagement à s'abstenir immédiatement d'user d'un langage qui exacerbe les tensions politique ou confessionnelle, ou de s'accuser mutuellement de trahison.

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