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Mines antipersonnel La guerre en temps de paix



Des enfants jouent près d’un mausolée bouddhiste, à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Héritage des Khmères Rouges, le pays est encore truffé de mines 30 ans après la chute de leur dictature.

Des enfants jouent près d’un mausolée bouddhiste, à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Héritage des Khmères Rouges, le pays est encore truffé de mines 30 ans après la chute de leur dictature.

(Keystone)

Malgré les progrès de ces dernières années, les mines antipersonnel sont encore un fléau dans plus de 70 pays. A Genève, le Centre international pour le déminage humanitaire coordonne la lutte pour éliminer ces résidus explosifs que laissent les guerres.

«Il y a une grande différence entre les armes nucléaires et les mines antipersonnel. Les premières sont les armes des riches, les secondes les armes des pauvres. Mais elles ont quelque chose en commun: la faculté de jeter l’ombre de la guerre sur les périodes de paix».

Terrible vérité, rappelée en 1997 à la remise du Prix Nobel de la Paix à la Campagne internationale pour l’interdiction des mines. Quinze ans plus tard, ces «armes des lâches», invisibles et bon marché, continuent à causer souffrance et exclusion.

«On enregistre en moyenne une victime toutes les deux heures», affirme Jacqueline Raemy Bessa, porte-parole de la section suisse de Handicap International, une des organisations actives dans le déminage. On estime que depuis 1975, les mines antipersonnel ont tué ou blessé plus d’un million de personnes. Des civils pour la plupart.

Et les mines ne sont pas qu’un risque pour la sécurité des personnes. Elles rendent inutilisables de vastes surfaces qui pourraient être vouées à l’agriculture, entravant le développement économique et social. Elles empêchent aussi le retour des personnes déplacées et compliquent les opérations d’assistance et de reconstruction.

Plus d’un tiers des pays du globe voient une partie de leur territoire truffé de mines antipersonnel, de bombes à sous-munitions et d’autres engins explosifs, relève Pascal Rapillard, vice-directeur du Centre international de déminage humanitaire de Genève (CIDHG). «Au Laos, un des pays les plus touchés, on n’a assaini en 2010 que 0,2% des surfaces contaminées estimées. Il faudra un siècle pour éliminer toutes les mines», affirme-t-il.

Non sans souligner que les dernières années ont vu d’énormes progrès, au point que les mines désormais «ne sont plus un problème sans fin».

Bombes à sous-munitions en Syrie

Créé en 1998, le CIDHG réunit des dizaines d’experts indépendants. «L’objectif est l’élimination des mines, des bombe non explosées et des stocks de munitions dangereuses», explique Pascal Rapillard.

Organisation de référence en matière d’information et de conseil, le centre genevois est un des partenaires des Nations unies pour la réalisation des programmes nationaux de déminage. «Nous élaborons les normes internationales et nous aidons les pays à définir une stratégie», précise son vice-directeur.

Le CIDHG est né à l’initiative de la Suisse au moment des négociations sur la Convention d’Ottawa, qui interdit l’usage, le stockage, la production et le commerce des mines antipersonnel. Les pays qui l’ont ratifiée (160 à ce jour) s’engagent en outre à détruire leurs stocks et à assainir les terrains minés. La Suisse, qui a fait partie des premiers signataires, a éliminé ses propres mines en 1999, année d’entrée en vigueur de la Convention.

La tâche du CIDHG est de soutenir les Etats signataires à s’acquitter de leurs obligations. «Nous répondons aussi à des demandes spécifiques, explique Pascal Rapillard. Récemment, l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch a demandé notre avis sur une vidéo tournée en Syrie qui montrait l’utilisation de présumées bombes à sous-munitions. Après que nous ayons confirmé, la nouvelle a été diffusée à tous les médias».

Moins de victimes

Pour les ONG, les sociétés privées ou les militaires actifs sur le terrain, les difficultés rencontrées lors des opérations de déminage sont énormes. De vastes régions sont difficilement accessibles et, souvent, il n’existe pas de cartes des champs de mines (par exemple en Afghanistan). De plus, les gouvernements ne manifestent pas toujours la volonté politique d’assainir leur territoire, note Handicap International.

Malgré cela, les progrès réalisés ces vingt dernières années sont exceptionnels, souligne le vice-directeur du CIDHG. «Les décisions prises au niveaux diplomatique et politique se sont traduites par des opérations concrètes sur le terrain. C’est une évolution assez inhabituelle, surtout dans le domaine du désarmement», observe Pascal Rapillard.

Grâce à la Convention d’Ottawa, on a déminé des milliers de km2 de terrain, 45 millions de mines ont été éliminées et le commerce en a été pratiquement interrompu. «En deux décennies, le nombre de victimes estimées est passé de 20'000 à 5000 par année. Des pays comme le Burundi ou la Jordanie ont été pratiquement décontaminés», se réjouit-t-il.

Au niveau des mentalité également, le changement est visible, poursuit Pascal Rapillard. «Dans les années 80, les mines antipersonnel étaient considérées comme des armes absolument légitimes. Proposer de les éliminer aurait paru absurde. Aujourd’hui, à part pour une poignée de pays, l’utilisation des mines est stigmatisée. Un Etat n’ose plus dire qu’il a recours à de telles armes.»

Et même s’il n’ont pas adhéré à la Convention d’Ottawa, les Etats-Unis n’utilisent plus de mines depuis plus de dix ans, note le vice-directeur du CIDHG. Qui compte bien que la Convention d’Oslo sur les bombes à sous-munitions aura le même effet stigmatisant. «Même les gouvernements qui ne la signeront pas renonceront à les utiliser pour éviter les condamnations internationales.»

Un acte barbare

Pour gagner en efficacité, le CIDHG a fixé deux priorités dans sa stratégie future: améliorer les compétences des autorités nationales et mieux sonder la dimension du problème. «Nous savons qu’un pays est touché, mais nous ne savons pas avec exactitude combien de mines il y a ni où elles sont», explique Pascal Rapillard.

Par le passé, quand les méthodes d’investigation étaient encore moins précises, on avait tendance à surestimer l’étendue des zones minées. En 2004, une étude menée sur 15 différents programmes de déminage a montré que, sur 292 km2 de surface passée au peigne fin, 2% seulement contenait effectivement des mines et d’autres résidus de la guerre.

Selon Pascal Rapillard, il est nécessaire de mieux définir les différentes approches afin de réduire l’étendue des zones suspectes. Ce qui évitera de gaspiller des fonds et des ressources. Tous les acteurs impliqués dans le déminage sont ainsi appelés à adopter des pratiques communes. «L’information doit être mieux gérée», insiste le vice-directeur du CIDHG.

L’espoir du Centre, c’est de voir un jour un accord global qui porte sur tous les engins explosifs. Par exemple sur la base du Réseau international sur les armes explosives (INEW), un collectifs d’ONG qui demande des règles plus sévères pour l’utilisation des bombes en zones habitées.

«Nous nous dirigeons vers un mouvement où la guerre va se discipliner de plus en plus, prédit Pascal Rapillard. Un jour, partir en guerre sera considéré comme un acte barbare».

Mines antipersonnel

Utilisées pour la première fois à large échelle durant la Seconde Guerre mondiale, leur but était de protéger les zones stratégiques (frontières, ponts, bases militaires) et de limiter les mouvements des forces armées ennemies.

La particularité de ces armes est qu’elles sont conçues pour mutiler, non pour tuer. Avec le temps, leur usage s’est étendu aux populations civiles, pour terroriser des communautés entières et leur interdire l’accès aux terres agricoles.

On estime que depuis les années 1960, quelque 110 millions de mines ont été placées dans la nature. Les pays concernés ou présumés tels sont au nombre de 72. Parmi les plus touchés, on trouve l’Afghanistan, le Cambodge, le Laos, l’Angola, l’Iran, l’Irak et la Croatie.

Malgré les conventions qui en interdisent la fabrication et l’usage, il resterait quelque 170 millions de mines dans les arsenaux du monde, indique l’ONG Handicap International.

Douze pays qui n’ont pas adhéré à la Convention d’Ottawa se réservent le droit de produire des mines: Chine, Cuba, Inde, Iran, Myanmar, Corée du Nord, Corée du Sud, Pakistan, Russie, Singapour, Etats-Unis et Vietnam. Trois de ces pays (Inde, Pakistan et Myanmar) en fabriquent effectivement.

Selon Handicap International, quatre pays ont utilisé des mines en 2012: Israël, Myanmar, Syrie et Lybie.

En 2010, les mines ont fait 4191 victimes (5502 en 2008). En 2010 également, les démineurs ont procédé à l’assainissement de 200 km2 de terrain (160 km2 en 2008).

(sources: Landmine Monitor, Nations unies)

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Engagement suisse

En 1997, la Suisse a été parmi les premiers pays à signer la Convention d’Ottawa sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du commerce des mines antipersonnel. Le parlement helvétique a ratifié le texte l’année suivante, en 1998.

En 2008, Berne a également signé la Convention d’Oslo, qui interdit la production, le commerce, le stockage et l’emploi des bombes à sous-munitions. Le processus de ratification est en cours.

Dans le cadre de sa stratégie antimines 2012-2015, la Suisse consacre 16 millions de francs par année à l’envoi d’experts et à la mise en œuvre de projets de lutte contre les mines antipersonnel, les bombes à sous-munitions et autres munitions non explosées. Environ la moitié de ces fonds vont au Centre international de déminage humanitaire de Genève.

La Direction du développement et de la coopération (DDC) est également engagée dans des activités de déminage humanitaire, parmi lesquelles l’information sur les dangers des mines et l’aide aux victimes.

L’armée suisse fournit quant à elle des systèmes spéciaux de désamorçage (dits systèmes SM EOD), produits en Suisse, qui permettent un désamorçage sans contact avec l'objet dangereux.

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(Traduction de l’italien: Marc-André Miserez), swissinfo.ch


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