Minder fait braquer les projecteurs sur la Suisse

Thomas Minder et quelques-uns de ses supporters, au soir d'une victoire qui a fait le tour du monde. AFP

Une fois n’est pas coutume: la Suisse fait largement la une de la presse internationale ce lundi. L’acceptation de l’initiative Minder contre les salaires abusifs est relayée et commentée dans les medias de nombreux pays.

Ce contenu a été publié le 04 mars 2013 - 14:38
Marc-André Miserez avec les agences, swissinfo.ch

La Suisse «va vivre une vraie révolution. Elle va devenir le champion du monde de la démocratie actionnariale», écrit sur son site internet le quotidien économique français Les Echos. D'autres journaux de l’Hexagone, comme Libération, Le Monde ou Le Figaro ont placé un temps le résultat du scrutin en tête de leurs sites respectifs. Via des dépêches d'agence, ils expliquent les grandes lignes de l'initiative, dont l'interdiction des parachutes dorés ou des primes de bienvenue.

Dans ses pages imprimées, Libération parle lundi d'un «raz-de-marée dans un pays peu soupçonné d'antipathie vis-à-vis du patronat et du libéralisme économique», et se demande «quelle mouche a piqué Daniel Vasella? [le patron démissionnaire de Novartis, qui s’était vu octroyer une prime de départ de 72 millions de francs avant d’y renoncer].

Le résultat du scrutin suscite également de très nombreux commentaires de lecteurs sur les sites des journaux français: plus de 730 par exemple sur le site de Libération, pour 120 sur celui du Figaro.

«Vive les Suisses!»

En France encore, Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, qui s’exprimait lundi sur la chaîne d’information en continu France Info, a déclaré qu’il fallait, selon lui, «lutter contre les rémunérations exorbitantes dans un temps de crise où l'on demande des sacrifices à tout le monde». Et de s’exclamer, à propos de l’acceptation de l’initiative Minder, «J'ai envie de dire: ‘Vive les Suisses!’»

 

«Maintenant, les citoyens sont en colère aussi en Suisse, écrit la Süddeutsche Zeitung dans son édition en ligne. Et là-bas ils n’ont pas uniquement le droit de protester, mais aussi de décider effectivement.» En acceptant cette initiative, les électeurs ont donné à leur pays ce qui pourrait être «un des droits des actionnaires les plus pointus au monde», écrit le quotidien.

«Il est probable qu’une votation populaire contre les ‘arnaques’ donnerait partout un résultat aussi net qu’en Suisse», juge de son côté la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Dans son édition en ligne, le journal avertit toutefois qu’il faut se garder d’être trop optimiste: il faudra du temps pour que l’initiative soit traduite dans la loi, «ce qui laisse une grande marge de manœuvre aux lobbyistes de tout poil».

En Autriche, le quotidien libéral viennois Der Standard espère que «l’exemple de la Confédération puisse faire école en Europe». Car «notre régime d’économie libérale en profiterait».

Ethique protestante

«La Suisse est un pays riche, qui soigne ses entreprises et se soucie du marché et des mouvements de capitaux, note Il Sole 24 Ore. Mais c’est également un pays traversé par une éthique protestante en matière de travail et de salaires, une éthique qui historiquement a aussi touché les cantons catholiques.»

Le quotidien économique milanais est bien conscient qu’il ne sera pas facile de traduire cette initiative dans la loi, au vu des divisions du parlement sur ces questions. Mais il estime néanmoins que «le message est fort». Et qu’il n’est finalement «pas si incroyable que ça qu’il soit venu d’un petit pays riche comme la Suisse».

Le Corriere della Sera met de son côté en évidence le fait que le vote suisse «ouvre une brèche dans un débat qui traverse désormais tout le Vieux Continent», puisque l’UE propose aussi des mesures pour freiner l’appétit des top managers «sur le modèle de ce que la Suisse vient d’accepter».

Colère

Outre-Manche, The Independent évoque le ras-le-bol des Suisses qui a fini par déborder face à des salaires qu'ils jugent indécents. La BBC et The Telegraph insistent eux aussi sur la colère des Helvètes, attisée par le fait que les salaires et les boni ont continué d’augmenter malgré la crise et les protestations.

La chaîne américaine CBS News titre «Les Suisses brident les salaires des patrons d'entreprise». Et dans son édition en ligne, le New York Times souligne qu'en votant massivement oui, les Suisses on fait fi des mises en gardes du lobby économique.

L’initiative Minder fait parler d’elle jusqu’au Japon, où le quotidien Mainichi Shinbun rappelle lui aussi que la victoire a été obtenue en dépit des avertissements de l’économie, qui prédisait une baisse de la compétitivité internationale du pays. Avertissements qui n’ont pas empêché «la colère des Suisses contre les rémunérations abusives d’exploser».

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