Une vague de terreur liée aux tensions identitaires

Keystone

Après la série d'attaques qui a frappé Bombay (Mumbai) mercredi soir, le Pakistan est montré du doigt. Mais cette explosion de violence s'explique d'abord par des dynamiques internes à l'Inde, selon deux chercheurs suisses.

Ce contenu a été publié le 28 novembre 2008 - 18:43

Dix attaques ciblées et coordonnées, les grands hôtels de la capitale économique pris d'assaut par des commandos, des Occidentaux pris en otage, la gare centrale théâtre d'un carnage: les attentats de mercredi soir frappent par leur violence et leur sophistication.

Face à cette explosion d'horreur et de terreur, certains médias indiens et internationaux n'hésitent pas à parler de 11 septembre indien. Mais rien n'indique pour l'heure que les conséquences de ces actions terroristes seront comparables à celles qui ont suivi les attentats de 2001 à New York et Washington.

En premier lieu, Bombay comme le reste de l'Inde n'en sont pas à leur premier attentat. «Les éléments inédits sont les cibles et les attaques quasi militaires. Mais ces attentats s'inscrivent dans une dérive terroriste qui remonte à plusieurs années», rappelle le chercheur Gilbert Etienne, qui décrypte la complexe Asie du Sud depuis plusieurs dizaines d'années.

Terroristes aux capacités stratégiques élevées

De son coté, Jacques Baud, spécialiste du terrorisme, relève que l'ampleur même des attaques de mercredi soir n'est pas si nouvelle que ça. «Depuis plusieurs années, Bombay subit des attentats beaucoup plus sophistiqués qu'ailleurs en Inde. Cette région très développée engendre hélas aussi des terroristes aux capacités stratégiques élevées.»

Comme à chaque fois qu'il y a des attaques terroristes coordonnées, Al-Qaïda est montré du doigt. Pourtant, ces derniers temps, les commentateurs parlaient d'une «indianisation» du terrorisme islamiste dans la péninsule.

«Il y a probablement un peu des deux, estime Gilbert Etienne, qui se trouvait à Bombay 24 heures avant les attentats. De fait, il règne un certain flou sur les liens entre les différents groupes terroristes islamistes dans le monde et Al-Qaïda. Ces groupes sont de plus en plus durs. Ils cherchent à déstabiliser les gouvernements, sans pour autant avoir de programmes.»

L'impact du conflit afghan

Néanmoins, pour la première fois en Inde, des Occidentaux sont pris en otage, les assaillants ciblant tout particulièrement les ressortissants britanniques et américains présents dans les hôtels. «Cela montre que les terroristes veulent faire le lien avec l'Afghanistan et le Pakistan, des pays de plus en plus déstabilisés par la stratégie américaine dans la région», souligne Jacques Baud.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a d'ailleurs désigné l'étranger comme étant à l'origine de ces attaques. «La main étrangère est un thème récurant du gouvernement après ce genre d'attentat. C'est une manière de désigner sans le nommer le Pakistan», assène Gilbert Etienne.

Avant d'ajouter: «Il faut savoir que le fameux ISI – les services secrets pakistanais, qui ont trempé dans toutes sortes d'affaires louches – sont en train d'être repris en main. De plus le Pakistan est aussi aux prises avec toutes sortes d'organisations terroristes.»

Selon le chercheur, il faut distinguer dans cette affaire, les relations indo-pakistanaise qui vont dans le sens d'un rapprochement et les événements internes en Inde. «J'en parlais il y a peu avec de hauts-responsables indiens: l'idée d'un front commun indo-pakistanais contre les extrémistes islamistes et les Taliban fait des progrès», souligne encore Gibert Etienne.

De fait, le Pakistan a décidé vendredi de faire un geste fort et inédit en dépêchant son chef du renseignement pour aider à l'enquête, le général Ahmed Shuja Pasha, qui dirige le puissant Inter-Services Intelligence (ISI).

Mais samedi, les services du Premier ministre pakistanais ont fait savoir qu'un représentant des services renseignements militaires (ISI) sera finalement envoyé en Inde, non le général Ahmed Shujaa Pasha. Une volte-face qui ne manquera pas de raviver les interrogations au sujet de l'ISI et de son éventuelle implication dans les attaques de mercredi.

Cela dit, Jacques Baud estime que le gouvernement indien sait pertinemment que le Pakistan est miné par le terrorisme islamiste. «Il n'a donc aucun intérêt à déstabiliser davantage Islamabad. Ce qui ne pourrait que favoriser les mouvements islamistes pakistanais.»

Des tensions identitaires croissantes

Il faut donc chercher ailleurs les causes profondes de cette violence armée. C'est en tout cas le point de vue de Gilbert Etienne: «Les attentats de Bombay obéissent d'abord à une dynamique interne à l'Inde. Les tensions entre hindous et musulmans se sont fortement accrues depuis la destruction de la mosquée Babri d'Ayodhya en 1992 par des militants hindous.»

Durant les années 90, les musulmans ont été victimes de plusieurs massacres, comme à Bombay en 1993. Des tueries qui ont culminés en 2002 dans l'Etat du Gujarat. «2000 Musulmans ont été massacrés avec la complicité des autorités de cet Etat. Et ce, alors que son gouvernement passe pour être l'un des mieux gouverné de la fédération», rappelle Gibert Etienne.

Le chercheur souligne aussi l'émergence et la montée en puissance d'un terrorisme hindouiste. «Cette année, ils ont commis une attaque contre une mosquée qui a débouché sur l'arrestation du lieutenant-colonel de l'armée indienne impliqué dans l'attaque. C'est du jamais vu.»

De fait, comme ailleurs dans le monde, l'Inde se retrouve confrontée à des phénomènes d'intégrisme et d'affirmation identitaire qui peuvent déboucher sur des actions violentes. «J'étais frappé en arrivant à Bombay par les signes extérieurs d'appartenance religieuse portés par les musulmans. Ces manifestations identitaires agacent de plus en plus les Hindous.»

swissinfo, Frédéric Burnand à Genève

Un bilan encore provisoire

Selon un bilan publié samedi, les attaques coordonnées contre plusieurs cibles de la capitale économique indienne Bombay ont fait au moins 195 morts et 295 blessés.

Parmis les victimes, 22 ressortissants occidentaux dont 5 otages retenus dans un centre communautaire juif de Bombay.

Samedi, des commandos indiens ont mené l'assaut final visant à reprendre le contrôle de l'hôtel Taj Mahal, mettant un terme aux attaques lancées mercredi soir.

Le ministère suisse des affaires étrangères indique qu'aucun Suisse ne figure parmi les blessés ou tués de Bombay.

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La Suisse condamne et déconseille

«En date du 26 novembre 2008, des attentats commis à plusieurs endroits de Mumbai (hôtels, restaurants, gare de Mumbai) ont fait de nombreux morts et blessés. Il faut compter avec le risque d'autres attentats dans tout le pays. La situation à Mumbai reste confuse.

En raison de la précarité des conditions générales actuelles et jusqu'à un éclaircissement de la situation, il est déconseillé de se rendre à Mumbai.

La Suisse condamne fermement ces actes terroristes que rien ne saurait justifier. Elle présente ses condoléances aux autorités indiennes ainsi qu'à tous les proches des victimes de ces attentats et les assure, dans ces circonstances, de son plein soutien et de sa solidarité. »

Ministère suisse des affaires étrangères

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Un partenaire important de la Suisse

La Suisse a reconnu l'Inde dès son indépendance en 1947 et a établi immédiatement des relations diplomatiques.

Les relations économiques et commerciales se sont développées rapidement. Les premiers investissements importants d'entreprises suisses datent du milieu des années 1950. La coopération suisse au développement a commencé au début des années 1960.

Pendant le conflit du Bangladesh (1971-1976), la Suisse représentait les intérêts de l'Inde au Pakistan et ceux du Pakistan en Inde. Jusque dans les années 1980, l'Inde était le plus important bénéficiaire au monde de l'aide suisse au développement .

Aujourd'hui, l'Inde est l'un des principaux partenaires asiatiques de la Suisse. Les contacts bilatéraux et politiques se développent constamment. Les échanges économiques augmentent, tout comme la collaboration scientifique. La coopération économique, scientifique et culturelle remplace peu à peu l'aide au développement.

Ministère suisse des affaires étrangères

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