Votation: Quoi de neuf dans la loi sur la chasse?

Non à une loi sur la chasse pour faire «feu à volonté»

La révision de la loi sur la chasse «va trop loin» en autorisant la mise à mort de plusieurs espèces d’animaux sauvages simplement «pour le plaisir», alors que la biodiversité devrait être préservée, estime la conseillère nationale Isabelle Chevalley. La Verte libérale explique pourquoi elle invite le peuple à rejeter cette modification législative le 27 septembre.

Ce contenu a été publié le 31 juillet 2020 - 15:19
Isabelle Chevalley, conseillère nationale, co-présidente du comité «Non à la révision inacceptable de la loi sur la chasse»

Nous recevons des signaux alarmants des scientifiques concernant la perte de notre biodiversité. Toutes les études montrent que nos espèces disparaissent et rapidement. La Suisse a une liste rouge des espèces en voie de disparition.

Nous devrions tout mettre en œuvre pour préserver ces espèces. Pourtant plusieurs d’entre elles peuvent être chassées. On peut penser par exemple à la bécasse des bois que cette nouvelle loi n’a pas su protéger alors qu’elle est inscrite sur liste rouge.

La question que l’on peut se poser c’est pourquoi continuer de tuer cet oiseau? Est-ce qu’il fait des dégâts à l’agriculture? Non. Est-ce qu’il fait des dégâts aux infrastructures humaines? Non. Est-ce qu’on le tue pour nourrir notre famille? Non. Est-ce que la revente de cet oiseau permet un gain financier substantiel qui est vital pour une catégorie de la population? Non. Alors pourquoi? Pour le plaisir. Cela nous ferait presque sourire si ce n’était pas si absurde. On critique les Africains qui tuent les éléphants mais en réalité, on ne fait pas mieux.

Pas besoin de dégât

Dans la loi sur la chasse révisée, on pourra tuer une espèce alors qu’elle n’a pas encore fait de dégât. C’est vraiment quelque chose de très nouveau puisqu’auparavant, il fallait démontrer qu’il y avait eu des dégâts, et des dégâts importants, pour obtenir une autorisation de tir. Ça ne sera plus le cas. D’autre part, le Conseil fédéral pourra élargir la liste des animaux concernés sans en référer au Parlement. Ceci est un déni de démocratie important.

Si vous vous demandez quels animaux pourront être concernés, les débats au Parlement vous donnent quelques indications. On parle entre autres du lynx, du cygne et du castor. En quoi ces animaux nous dérangent? Le lynx mange certes du gibier qui ne pourra être abattu par les chasseurs, mais il est surtout un allié de poids pour les forestiers. En empêchant la prolifération des chevreuils et des cerfs qui se nourrissent de jeunes pousses, il contribue grandement à la santé de la forêt. Le cygne, qui défèque parfois dans des champs proches du lac, n’amène que des problèmes minimes à l’agriculture. Le castor, lui, peut créer des barrages et modifier localement le lit d’une rivière. En modelant son milieu, sa présence s’accompagne en général d’une augmentation de la biodiversité dans son secteur.

Encore une fois, dans un contexte de perte de la biodiversité, il est pour le moins curieux d’accepter de tuer ces animaux qui contribuent à un équilibre global pour quelques dégâts mineurs et je vous rappelle qu’ils pourront être abattus avant même qu’ils aient commis un seul dégât.

Perte de la vue d’ensemble

Enfin, la décision de tir sera entre les mains des cantons et plus de la Confédération. Cela pose le problème de la vue d’ensemble. Les animaux ne connaissent pas les frontières cantonales de notre petit pays: un animal pourrait être protégé la nuit dans un canton et abattu le lendemain dans le canton voisin. D’autre part, il sera plus facile pour les groupes d’intérêt de faire pression sur les autorités de leur canton pour obtenir ces décisions d’abattage. Il est évident que la Confédération a une approche plus globale qui prend en compte les intérêts de l’ensemble des acteurs.

Nous ne remettons pas en cause le fait de devoir, par exemple, réguler le loup lorsque certaines conditions bien spécifiques sont remplies. Mais nous ne pouvons pas avoir une loi qui donne le signal: Feu à volonté!

Nous devons apprendre à coexister avec la faune sauvage. L’homme ne peut pas éliminer tout ce qui le dérange. L’homme fait partie de la biodiversité et ne pas respecter cette biodiversité finira par mettre en danger la survie de l’homme lui-même.

Cette révision de la loi sur la chasse va beaucoup trop loin, nous devons protéger notre biodiversité. Non à une loi d’un autre temps.
 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas la position de swissinfo.ch.

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