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Service civil à l’étranger Une affaire sérieuse, réservée aux spécialistes

L’année dernière, 15'000 jeunes Suisses aptes au service militaire ont choisi d’effectuer plutôt un service civil. Et 162 d’entre eux ont rempli leur engagement à l’étranger, option relativement peu connue et particulièrement exigeante. Et qui devrait le rester.

Service civil à l’étranger? Comme laborant pour l’Institut tropical suisse ou comme chauffeur pour Médecins sans Frontières en Afrique? Ou comme prof de maths au Brésil, expert en désinfection de l’eau ou en forage de puits dans un pays du Sud? 

Installé à Thoune, l’Organe d’exécution du service civil offre ce genre de possibilités, et d’autres encore, dans les domaines de la coopération ou de l’aide humanitaire. Mais pour les jeunes aptes au service militaire qui choisissent de s’engager hors des frontières suisses, les exigences sont élevées.

Le candidat doit justifier d’une formation professionnelle complète, d’au moins deux ans d’études supérieures ou d’une expérience jugée équivalente de plusieurs années. Il doit également faire preuve de connaissances de la langue officielle du pays dans lequel il veut s’engager et avoir déjà une expérience à l’étranger.

«Et par expérience à l’étranger, on n’entend pas des vacances au Brésil, mais une connaissance de la langue et des conditions locales, précise Samuel Werenfels, chef de l’Organe d’exécution du service civil. Si le jeune homme ne connaît pas les risques d’un tel engagement et ne peut pas évaluer concrètement ce qu’est la vie là-bas, nous ne l’enverrons pas à l’étranger».

Beaucoup d’appelés, peu d’élus

«En fait, nous sommes en plein dilemme, poursuit ce juriste de formation. Les jeunes s’imaginent très volontiers partir à l’étranger, la demande est grande. Mais les exigences sont si élevées que la plupart ne les remplissent pas».

Samuel Werenfels est à l’origine du service civil en Suisse. C’est lui qui a élaboré les dispositions légales de l’article constitutionnel adopté en votation en 1992. Dès le départ, le service civil inclut la possibilité de s’engager à l’étranger. D’abord modeste, le nombre d’engagements n’a fait que croître au fil des ans. Mais même si leur nombre a plus que doublé dans les quatre dernières années, les civilistes qui partent à l’étranger ne sont toujours qu’un peu plus d’un sur cent parmi les 15'000 jeunes Suisses qui ont choisi le service civil en 2012.

Un taux confidentiel donc, qui s’explique, outre les exigences élevées, par le peu de publicité fait autour de cette possibilité. «Nous restons volontairement discrets, explique Samuel Werenfels. Parce que depuis que l’examen de conscience a été supprimé en 2009, nous faisons face à une augmentation massive des demandes».

Thomas Anderegg regrette cette retenue. En 2011 à la Session parlementaire des jeunes, cet employé de commerce de 22 ans, qui accomplit aujourd’hui son école d’officier, avait co-signé une pétition appelant à l’extension du service civil dans le domaine de la coopération au développement.

Pour ce jeune membre du parti radical (centre droit), on devrait informer les appelés sur cette possibilité lors du recrutement pour l’armée et on devrait assouplir les conditions d’admission, «parce qu’il vaut mieux envoyer des gens que de l’argent dans ces pays. Et cela serait bon pour l’image de la Suisse».

A la Direction du développement et de la coopération (DDC), on constate également cette popularité du service civil à l’étranger. «Ce sont des jeunes gens qui s’intéressent aux autres pays et aux autres cultures et qui sont prêts à s’engager même dans un environnement difficile», indique le service d’informations du ministère des Affaires étrangères (DFAE).

Pas d’armée pour raisons de conscience

Qui est astreint au service militaire mais ne veut pas le faire pour raisons de conscience a depuis 1996 la possibilité d’accomplir un service civil de remplacement. Celui-ci dure une fois et demi plus longtemps que le service militaire, soit en tout 390 jours.

Au départ, les hommes qui voulaient faire un service civil devaient se soumettre à un examen de conscience. Mais depuis 2009, il leur suffit de déclarer qu’il ne veulent pas servir dans l’armée pour des raisons de conscience. L’obligation d’accomplir un service 50% plus long est considérée comme preuve par l’acte. Face à l’augmentation massive des demandes, le gouvernement a toutefois durci les conditions d’admission.

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On demande des spécialistes

Pour pouvoir engager des civilistes à l’étranger, une institution doit être reconnue tant par le service civil que par la DDC. Elle doit également avoir son siège en Suisse. Les volontaires trouveront ainsi des places chez des œuvres d’entraide comme Helvetas, Caritas ou Terre des Hommes, dans les bureaux locaux de la DDC ou auprès des ONG avec lesquelles la coopération suisse travaille.

«Notre credo, c’est d’envoyer des spécialistes, et pas seulement des bras ou des jambes. Des gens qui peuvent travailler, il y en a suffisamment dans ces pays. Mais ce qui manque en général, c’est un certain savoir-faire», insiste Samuel Werenfels.

Bien sûr, les zones d’engagement peuvent aussi se révéler problématiques ou dangereuses. Si un pays est classé comme critique, les civilistes devront suivre le cours de «gestion non violente des conflits» et un cours sur la sécurité. «Nous consultons aussi systématiquement les conseils aux voyageurs du DFAE et en cas de doute, nous vérifions la situation sécuritaire avec notre ambassade sur place. Si le danger est trop élevé, nous renonçons aux engagements», précise Samuel Werenfels.

Service civil

En 2012, 162 engagements ont été menés à l’étranger, soit environ 1% de tous les engagements du service civil. Les chiffres étaient de 171 en 2011, 131 en 2010, 97 en 2009 et 73 en 2008. Les engagements de civilistes à l’étranger ont lieu dans le cadre de la coopération au développement ou de l’aide humanitaire. Ils sont généralement menés dans les pays prioritaires de la DDC, l’agence publique suisse de coopération au développement.

En tout, 15'000 astreints au service militaire ont préféré faire un service civil en 2012. Ils ont accompli ensemble 1,2 millions de jours de service dans 3527 opérations différentes. C’est un peu plus qu’en 2011, où 14'349 appelés avaient effectué 1,1 million de jours de service civil dans 3078 opérations. Dans les 10 dernières années, le nombre global de jours de service civil effectués par des Suisses a plus que quadruplé.

Les civilistes sont engagés avant tout dans des hôpitaux, des homes pour personnes âgées, des institutions pour les enfants, les jeunes ou les handicapés, ou au service de la protection de l’environnement et de la nature.

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Options à repenser

La situation sécuritaire qui se dégrade dans différents pays est un des facteurs qui amènent aujourd’hui les promoteurs du service civil à l’étranger à en repenser le rôle et l’importance. Doit-on y inclure des missions de promotion de la paix? Ou dans le domaine de la compréhension entre les peuples, comme le font déjà d’autres pays? Ou alors des missions de surveillance des élections, pour des civilistes plus âgés? Ou encore une collaboration avec les corps spécialisés du DFAE? «Toutes ces questions sont sur la table», confirme Samuel Werenfels.

«Nous ne sommes qu’au tout début de ce processus d’évaluation, précise le chef du service civil. Nous devons d’une part analyser clairement les risques, mais aussi définir les objectifs spécifiques du service civil. Il y a différentes options pour ces missions à l’étranger, et il faudra décider lesquelles ont un sens et lesquelles ne feraient que de poser de nouveaux problèmes».


(Traduction de l’allemand: Marc-André Miserez), swissinfo.ch


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